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07/02/2007

Liberté ou conformisme d’expression ?

medium_images-2.9.jpgEt dire que nous critiquons les Américains pour leur «politiquement correct»…. En France, on va parfois beaucoup plus loin dans le conformisme. Le procès actuellement en cours contre Charlie Hebdo confirme une chose: dans notre pays, la liberté d’expression est de plus en plus concurrencée, depuis quelques années, par un conformisme d’expression envahissant. Plus moyen de dire un mot de travers, de désapprouver haut et fort l’option, l’orientation ou la religion d’un adversaire, sans risquer de se retrouver devant les tribunaux.

Il est grand temps de dire «STOP»! Pour ma part, je campe sur mes positions: la liberté d’expression est pour tous, ou elle n’est pas. L’affaire Charlie Hebdo, qui succède à l’affaire Vanneste et tant d’autres, confirme que le combat pour la restauration d’une large liberté d’expression n’est pas gagné.


medium_images.32.jpgAffaire Charlie Hebdo

Actuellement jugée, sur quoi se base l’affaire Charlie Hebdo? Sur des caricatures, jugées offensantes par des musulmans français, y compris le CFCM qui est considéré comme leur représentant. Sur la couverture du-dit hebdomadaire (voir ci-contre), on montre un dessin sensé représenter Mahomet, qui titre : «c’est dur d’être aimé par des cons». J’avais moi-même acheté, à l’époque, ce journal, par solidarité pour la liberté d’expression.

Sans avaliser tout ce qu’écrit Charlie Hebdo, dont la verve caustique n’épargne personne (les chrétiens ne sont pas plus ménagés que les musulmans!), je considère ce journal comme une preuve vivante que notre société reste une société de liberté! Autant on peut parfaitement comprendre que les musulmans se sentent outragés par ces dessins, et c’est leur droit de le dire, autant il est regrettable qu’on traîne pour cette raison devant les tribunaux un organe de presse.

On doit pouvoir critiquer vertement une orientation religieuse (en l’occurrence ici, l’intégrisme musulman), ou répondre à cette critique, sans passer devant le juge!

 

medium_images-1.10.jpgAffaire Vanneste

Une autre affaire assez proche m’invite aux mêmes conclusions. Il s’agit de l’affaire Vanneste. Jugée en appel à la Cour d’appel de Douai, elle a confirmé la condamnation du député du Nord Christian Vanneste pour homophobie, sur la base de ses propos selon lesquels l’homosexualité serait moralement inférieure à l’hétérosexualité dans la mesure où (raisonnement kantien) si on l’universalisait, la survie de l’humanité serait en danger.

Tout comme des musulmans peuvent se sentir offensés par Charlie Hebdo, on comprend très bien que des homosexuels peuvent aussi se sentir offensé par de tels propos (d’ailleurs répétés à 2 ou 3 reprises). Mais est-il anodin qu’en démocratie, on puisse condamner quelqu’un d’une amende de 3000 euros pour ces commentaires?

On doit pouvoir critiquer vertement une orientation sexuelle (en l’occurrence ici, l’homosexualité), ou répondre à cette critique, sans passer au tribunal!


Sans juger sur le fond des attaques, je me tiens sur le terrain de la liberté d’expression, et ne je peux que constater que celle-ci est de plus en plus malmenée par des entrepreneurs communautaires, dont le métier semble se réduire à la pêche aux occasions de procès. Cette dérive est encouragée par une définition de plus en plus extensive de la notion d’«injure».

Ainsi, la caricature de première page de Charlie Hebdo serait, d'après Dalil Boubakeur, une «injure aux musulmans», tout comme le propos de Vanneste sur l’infériorité morale de l’homosexualité serait, selon le tribunal de Douai, une «injure homophobe». Si les caricatures où les jugements d’infériorité morale deviennent des injures, on n’a plus qu’à mettre à l’index Saint-Augustin et Dante, Daumier et Victor Hugo, Coluche et le cardinal Lustiger! C’est dommage.

Je suis hostile, comme l’immense majorité de nos concitoyens, à l’incitation à la haine, qu’elle soit anti-religieuse ou anti-homosexuelle. Mais nombre de débats, même vifs, sur les questions de sexualité ou de religion ne versent pas dans la «haine» ou «l’insulte». Cessons l’amalgame et la paranoïa!

Et même lorsqu’on s’approche des registres de la haine, de la «phobie», on devrait tout faire (hormis dans le cas des appels directs à la violence) pour résoudre les choses par la société civile plutôt que par les tribunaux. Par exemple, en excluant une brebis galeuse, ce que le PS a su faire avec Georges Frêche. L’accumulation de lois anti-phobes bromure la pensée, stérilise le débat, déssèche la sève démocratique…. Et engraisse les lobbies communautaires de tous poils.

medium_images-3.9.jpgEst-ce vraiment cette société que nous voulons construire? Dans un tel monde, Voltaire serait promptement embastillé, lui qui n’a pas écrit que du «droit-de-l’hommisme», mais aussi moult choses très peu «politiquement correctes» sur les hérétiques, les juifs et autres «minorités».

Pour en revenir aux affaires Charlie Hebdo et Vanneste, je termine par une observation: beaucoup de ceux qui soutiennent Charlie Hebdo au nom de la liberté d’expression ne se sont pas précipités pour soutenir, sur la même base, Christian Vanneste. Inversement, beaucoup de ceux qui soutiennent Christian Vanneste au nom de la liberté d’expression ne se sont pas précipités pour soutenir, au nom des mêmes principes, Charlie Hebdo. Comme si, d’un côté, la liberté d’expression vaut en priorité pour ceux qui défendent les idées libertaires et anticléricales, tandis que de l’autre, la liberté d’expression vaut en priorité pour ceux défendent les idées conservatrices et religieuses. D’un côté comme de l’autre, il y a incohérence.


Je soutiens pour ma part que la liberté d’expression ne se divise pas. Elle doit notamment jouer pour les tenants d’une pensée religieuse étiquetée conservatrice ET pour les tenants d’une pensée anti-religieuse étiquetée progressiste (et vice-et-versa).

Je salue de ce point de vue la position courageuse, intelligente et salubre de l’Observatoire du Communautarisme. Contrairement à beaucoup de beaux esprits, cet Observatoire défend ce pour quoi je plaide, à savoir une large liberté d’expression pour tous, qui ne soit l’apanage d’aucune caste. Je dis large, et non pas sans limites, car il y quand même a des freins (que je situerais au niveau de l'appel à la violence). Je vous invite à lire et relire les analyses qui sont développées par cet Observatoire. Je ne suis pas toujours d’accord à 100% avec tout ce qui s’y écrit, mais la ligne générale est à l’honneur de la République et de la laïcité que j’aime et je défends.

En guise de mise en bouche, voici pour finir un extrait issu du site de cet Observatoire (en lien permanent sur mon blog depuis l’origine). Ce texte nous vient d’Anne-Marie Le Pouriet, professeur de Droit public à l’université de Rennes I. Je lui laisse le soin de conclure cette note, avec l’extrait suivant (complété par un lien qui vous renvoie vers le reste de l’article):

medium_552259-674480.jpg«La manie du législateur français d'assortir toutes ses nouvelles incriminations pénales de la possibilité pour les associations qui se proposent par leur statuts de «combattre» ou de «lutter contre» une phobie quelconque, d'exercer les droits reconnus à la partie civile, c'est-à-dire de déclencher les poursuites pénales, est la principale cause du terrorisme judiciaire qui se répand en France. A l'auto-censure que provoque la menace militante permanente, il faut ajouter la multiplication des actions manifestement mal fondées (contre Max Gallo ou Olivier Pétré-Grenouilleau, par exemple) que les associations ont sans doute les moyens de s'offrir, en partie grâce aux subventions publiques dont elles bénéficient, mais qui causent à la personne poursuivie puis relaxée un tracas judiciaire et financier très grave mal indemnisé par la justice qui hésite toujours à sanctionner les procédures abusives. N'importe quelle association composée de militants parfois incultes et souvent hystériques, simplement déclarée depuis cinq ans, détient ainsi le pouvoir exorbitant de menacer de procès pénal aussi bien les citoyens ordinaires que les intellectuels, journalistes, universitaires ou même les élus de la Nation. Le danger est d'autant plus réel que la formation juridique et la rigueur intellectuelle de certains magistrats siégeant en correctionnelle laissent à désirer, de telle sorte qu'il faut souvent envisager de faire appel pour tenter de se libérer des «groupes d'oppression». A la violation de la liberté s'ajoute aussi celle du principe d'égalité puisque des catégories d'individus sont ainsi munies de véritables privilèges, au sens étymologique de lois privées, tandis que la sélection qu'opèrent les associations entre les personnes qu'elles décident de poursuivre et celles qu'elles préfèrent ignorer crée une rupture manifeste de l'égalité des citoyens devant la loi.»

(cliquer ICI pour l'intégralité de l'article d'Anne-Marie Le Pourhiet)

Commentaires

Il semblerait que bien souvent des lois ne sont que pour raison de clientélisme.... Et quand vous écrivez du pauvre Vanneste.... Nous constatons qu'une fois de plus nos juges sont de bien minables fonctionnaires....

Écrit par : Weber | 08/02/2007

Votre rapprochement entre les deux affaires est très intéressant mais je suis moins convaincu par votre optimisme sur un point Frèche a été exclu du PS mais le PS n'a pas fait tomber sa présidence (il aurait fallu que le groupe socialiste au conseil régional tire les conséquences de l'exclusion, que les vice-présidents le lachent...) or il n'en a rien été. Dans son cas, les sanctions pénales sont inadaptées mais la sanction politique est insignifiante !

Sur les délits d'opinion, Alain Finkielkraut, que vous aviez épinglé dans une note sportive, a bataillé ferme sur Inter, hier matin pour rétablir son propos contre les caricatures qui en ont été faite. Par ailleurs, il s'en explique longuement dans une interview vidéo donnée au site d'actualité afro-antillais Grioo.com. ça vaut le coup.

Écrit par : David Dupré | 08/02/2007

J'ai la plus grande peine à envoyer un rétrolien (trackback). Si vous le voulez bien, j'inscrirai donc un lien manuellement comme ceci :

http://ludovic.hautetfort.com/archive/2007/02/10/liberte-d-expression.html

Écrit par : Ludovic | 10/02/2007

Annah Arendt qui avait connu la montée du nazisme disait que "le mal nait un jour dans l'absence de la pensée", entendre un "communiquant"n proposer, par inadvertance certainement, par erreur ou accident, des hiérarchisation entre être humains pose un problème réel et éveille des souvenirs douloureux.
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Dans nos pays il y a des souvenirs de wagons, de camps, de mort qui sont en relation étroite avec des hiérarchisations faites entre les êtres humains, certains étant catalogués comme moins humains que d'autre..

Refuser de reconnaitre que même le pire des fanatiques religieux n'est pas un être humain, c'est se comporter comme lui au fonds comme dans un effet miroir..

Dans l'approche chétienne l'Imago Dei renvoie à la notion de "libre arbitre" et de "responsabilité", qui sont les composantes essentielles de l'être humain..

Responsabilité des croyances, responsabilité des choix, responsabilité de l'expression..

Tout le monde n'est pas Gandhi, ni Martin Luther King..dommage...

Écrit par : christianc | 14/02/2007

Merci pour cette info toujours parfaitement documentée.
Cdlt.

Écrit par : luc-et-christiane | 14/02/2007

Une fois de plus, c'est l'Islam qui est à la source de cette intolérance, et pas seulement l'Islam radical cette fois-ci. L'argument "c'est pas le vrai Islam", très pervers, ne marche pas ce coup-ci.
Quand est-ce que l'on va enfin reconnaitre que l'Islam porte les germes de l'intolérance ? Je possède plus de la moitié des Charlie Hebdo depuis sa (re)naissance. Le pape, Jésus-Christ, Bouddha, les "sectes", Bush, Chirac, y ont été systématiquement malmenés, parfois jusqu'à la limite de l'insulte ouverte (je pense au pape, bien que je sois protestant réformé) sans qu'il n'y est un tolé pareil. OUVRONS les yeux et arrêtons de faire l'autruche. L'islam est un danger car l'islam radical aura toujours sur l'Islam "passif" une influence extraordinaire. L'Islam porte en lui les racines de son propre mal. Il est en tant que tel un véritable danger pour notre démocratie. Récapitulons : Ni Charlie Hebdo (anarchiste), ni Le figaro de droite (affaire Rédéckert), n'osera plus directement attaquer l'Islam. Il nous reste le ventre mou du pro-arabe "Le Monde" et Libération, dont l'objectivité est légendaire !!
Pauvre France !

Écrit par : Greg | 15/02/2007

Vous dites que vous situeriez les limites de liberté d'expression au niveau de l'appel à la violence.

J'aimerai avoir votre votre avis sur le révisionnisme, source de condamnations, entre autres pour l'extrême droite française.

Écrit par : Eric | 15/02/2007

Réponse à Eric:

Je plaide en effet pour une liberté d'expression qui ne s'arrête que s'il y a appel à la violence. En république, on devrait avoir le droit de dire des énormités scandaleuses, à partir du moment où on n'appelle pas l'action brutale (terrorisme, assassinat, pogroms, abus sexuels etc.).

Le ou les révisionnismes sont détestables, mais c'est aux acteurs sociaux de les déjouer par l'information, la dénonciation, la mise à l'écart.
Recourir à une loi pour les faire taire ne règle rien, restreint la liberté d'expression en instaurant une police de la pensée, et donne aux révisionnistes une bonne raison de jouer les martyrs. Le Pen a été condamné plusieurs fois en justice pour tels ou tels propos éhontés, cela lui a-t-il causé du tort ? C'est tout le contraire.

Écrit par : SF | 23/02/2007

Je vous approuve totalement, monsieur Fath. Les Américains ont peut-être inventé le "politiquement correct", mais ils ont aussi un garde-fou efficace contre la censure avec le premier amendement de leur constitution, qui interdit au législateur de pondre des lois restreignant la liberté d'expression des citoyens des Etats-Unis. La seule restriction à ce droit est l'appel à la violence ou au meurtre.
La France n'a pas la culture libérale des pays anglo-saxons, malheureusement. Elle a oublié les paroles du grand Voltaire : "Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire ".

Écrit par : Pierre de Paris | 24/02/2007

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