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Condamnée à mort pour blasphème

asia bibi,pakistan,liberté religieuse,le monde,anne-isabelle tollet,blasphème,jean boulègueTraité à plusieurs reprises dans ce blog, le thème du blasphème, cher à feu Jean Boulègue qui l'avait si bien étudié, revient sur le devant de la scène avec un copieux article du quotidien français Le Monde, en ce 1er juin 2011.

Il revient sur une affaire déjà évoquée (aussi) dans ce blog, à savoir la terrifiante histoire d'Asia Bibi, jeune mère de famille chrétienne pakistanaise condamnée à mort pour blasphème.

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01.06.2011 | Lien permanent

Blasphème à Paris: rendez-vous le 6 janvier 2011

plantu_42.jpgLes habitués de ce blog connaissent déjà les travaux de l'historien Jean Boulègue au sujet de la question du blasphème.

Cet enjeu, qui permet d'analyser les reconfigurations de la laïcité, sera évoqué lors de la troisième réunion de l'année 2010-2011 du programme GSRL Dieu Change à Paris.

La rencontre, ouverte à tous, aura lieu le 6 janvier 2011: cliquer ici pour avoir plus ample information. VENEZ NOMBREUX!

Le sujet est passionnant, et sera brillamment traité par l'auteur, qu'on se le dise!

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06.12.2010 | Lien permanent

Liberté ou conformisme d’expression ?

medium_images-2.9.jpgEt dire que nous critiquons les Américains pour leur «politiquement correct»…. En France, on va parfois beaucoup plus loin dans le conformisme. Le procès actuellement en cours contre Charlie Hebdo confirme une chose: dans notre pays, la liberté d’expression est de plus en plus concurrencée, depuis quelques années, par un conformisme d’expression envahissant. Plus moyen de dire un mot de travers, de désapprouver haut et fort l’option, l’orientation ou la religion d’un adversaire, sans risquer de se retrouver devant les tribunaux.

Il est grand temps de dire «STOP»! Pour ma part, je campe sur mes positions: la liberté d’expression est pour tous, ou elle n’est pas. L’affaire Charlie Hebdo, qui succède à l’affaire Vanneste et tant d’autres, confirme que le combat pour la restauration d’une large liberté d’expression n’est pas gagné.

medium_images.32.jpgAffaire Charlie Hebdo

Actuellement jugée, sur quoi se base l’affaire Charlie Hebdo? Sur des caricatures, jugées offensantes par des musulmans français, y compris le CFCM qui est considéré comme leur représentant. Sur la couverture du-dit hebdomadaire (voir ci-contre), on montre un dessin sensé représenter Mahomet, qui titre : «c’est dur d’être aimé par des cons». J’avais moi-même acheté, à l’époque, ce journal, par solidarité pour la liberté d’expression.

Sans avaliser tout ce qu’écrit Charlie Hebdo, dont la verve caustique n’épargne personne (les chrétiens ne sont pas plus ménagés que les musulmans!), je considère ce journal comme une preuve vivante que notre société reste une société de liberté! Autant on peut parfaitement comprendre que les musulmans se sentent outragés par ces dessins, et c’est leur droit de le dire, autant il est regrettable qu’on traîne pour cette raison devant les tribunaux un organe de presse.

On doit pouvoir critiquer vertement une orientation religieuse (en l’occurrence ici, l’intégrisme musulman), ou répondre à cette critique, sans passer devant le juge!

 

medium_images-1.10.jpgAffaire Vanneste

Une autre affaire assez proche m’invite aux mêmes conclusions. Il s’agit de l’affaire Vanneste. Jugée en appel à la Cour d’appel de Douai, elle a confirmé la condamnation du député du Nord Christian Vanneste pour homophobie, sur la base de ses propos selon lesquels l’homosexualité serait moralement inférieure à l’hétérosexualité dans la mesure où (raisonnement kantien) si on l’universalisait, la survie de l’humanité serait en danger.

Tout comme des musulmans peuvent se sentir offensés par Charlie Hebdo, on comprend très bien que des homosexuels peuvent aussi se sentir offensé par de tels propos (d’ailleurs répétés à 2 ou 3 reprises). Mais est-il anodin qu’en démocratie, on puisse condamner quelqu’un d’une amende de 3000 euros pour ces commentaires?

On doit pouvoir critiquer vertement une orientation sexuelle (en l’occurrence ici, l’homosexualité), ou répondre à cette critique, sans passer au tribunal!


Sans juger sur le fond des attaques, je me tiens sur le terrain de la liberté d’expression, et ne je peux que constater que celle-ci est de plus en plus malmenée par des entrepreneurs communautaires, dont le métier semble se réduire à la pêche aux occasions de procès. Cette dérive est encouragée par une définition de plus en plus extensive de la notion d’«injure».

Ainsi, la caricature de première page de Charlie Hebdo serait, d'après Dalil Boubakeur, une «injure aux musulmans», tout comme le propos de Vanneste sur l’infériorité morale de l’homosexualité serait, selon le tribunal de Douai, une «injure homophobe». Si les caricatures où les jugements d’infériorité morale deviennent des injures, on n’a plus qu’à mettre à l’index Saint-Augustin et Dante, Daumier et Victor Hugo, Coluche et le cardinal Lustiger! C’est dommage.

Je suis hostile, comme l’immense majorité de nos concitoyens, à l’incitation à la haine, qu’elle soit anti-religieuse ou anti-homosexuelle. Mais nombre de débats, même vifs, sur les questions de sexualité ou de religion ne versent pas dans la «haine» ou «l’insulte». Cessons l’amalgame et la paranoïa!

Et même lorsqu’on s’approche des registres de la haine, de la «phobie», on devrait tout faire (hormis dans le cas des appels directs à la violence) pour résoudre les choses par la société civile plutôt que par les tribunaux. Par exemple, en excluant une brebis galeuse, ce que le PS a su faire avec Georges Frêche. L’accumulation de lois anti-phobes bromure la pensée, stérilise le débat, déssèche la sève démocratique…. Et engraisse les lobbies communautaires de tous poils.

medium_images-3.9.jpgEst-ce vraiment cette société que nous voulons construire? Dans un tel monde, Voltaire serait promptement embastillé, lui qui n’a pas écrit que du «droit-de-l’hommisme», mais aussi moult choses très peu «politiquement correctes» sur les hérétiques, les juifs et autres «minorités».

Pour en revenir aux affaires Charlie Hebdo et Vanneste, je termine par une observation: beaucoup de ceux qui soutiennent Charlie Hebdo au nom de la liberté d’expression ne se sont pas précipités pour soutenir, sur la même base, Christian Vanneste. Inversement, beaucoup de ceux qui soutiennent Christian Vanneste au nom de la liberté d’expression ne se sont pas précipités pour soutenir, au nom des mêmes principes, Charlie Hebdo. Comme si, d’un côté, la liberté d’expression vaut en priorité pour ceux qui défendent les idées libertaires et anticléricales, tandis que de l’autre, la liberté d’expression vaut en priorité pour ceux défendent les idées conservatrices et religieuses. D’un côté comme de l’autre, il y a incohérence.


Je soutiens pour ma part que la liberté d’expression ne se divise pas. Elle doit notamment jouer pour les tenants d’une pensée religieuse étiquetée conservatrice ET pour les tenants d’une pensée anti-religieuse étiquetée progressiste (et vice-et-versa).

Je salue de ce point de vue la position courageuse, intelligente et salubre de l’Observatoire du Communautarisme. Contrairement à beaucoup de beaux esprits, cet Observatoire défend ce pour quoi je plaide, à savoir une large liberté d’expression pour tous, qui ne soit l’apanage d’aucune caste. Je dis large, et non pas sans limites, car il y quand même a des freins (que je situerais au niveau de l'appel à la violence). Je vous invite à lire et relire les analyses qui sont développées par cet Observatoire. Je ne suis pas toujours d’accord à 100% avec tout ce qui s’y écrit, mais la ligne générale est à l’honneur de la République et de la laïcité que j’aime et je défends.

En guise de mise en bouche, voici pour finir un extrait issu du site de cet Observatoire (en lien permanent sur mon blog depuis l’origine). Ce texte nous vient d’Anne-Marie Le Pouriet, professeur de Droit public à l’université de Rennes I. Je lui laisse le soin de conclure cette note, avec l’extrait suivant (complété par un lien qui vous renvoie vers le reste de l’article):

medium_552259-674480.jpg«La manie du législateur français d'assortir toutes ses nouvelles incriminations pénales de la possibilité pour les associations qui se proposent par leur statuts de «combattre» ou de «lutter contre» une phobie quelconque, d'exercer les droits reconnus à la partie civile, c'est-à-dire de déclencher les poursuites pénales, est la principale cause du terrorisme judiciaire qui se répand en France. A l'auto-censure que provoque la menace militante permanente, il faut ajouter la multiplication des actions manifestement mal fondées (contre Max Gallo ou Olivier Pétré-Grenouilleau, par exemple) que les associations ont sans doute les moyens de s'offrir, en partie grâce aux subventions publiques dont elles bénéficient, mais qui causent à la personne poursuivie puis relaxée un tracas judiciaire et financier très grave mal indemnisé par la justice qui hésite toujours à sanctionner les procédures abusives. N'importe quelle association composée de militants parfois incultes et souvent hystériques, simplement déclarée depuis cinq ans, détient ainsi le pouvoir exorbitant de menacer de procès pénal aussi bien les citoyens ordinaires que les intellectuels, journalistes, universitaires ou même les élus de la Nation. Le danger est d'autant plus réel que la formation juridique et la rigueur intellectuelle de certains magistrats siégeant en correctionnelle laissent à désirer, de telle sorte qu'il faut souvent envisager de faire appel pour tenter de se libérer des «groupes d'oppression». A la violation de la liberté s'ajoute aussi celle du principe d'égalité puisque des catégories d'individus sont ainsi munies de véritables privilèges, au sens étymologique de lois privées, tandis que la sélection qu'opèrent les associations entre les personnes qu'elles décident de poursuivre et celles qu'elles préfèrent ignorer crée une rupture manifeste de l'égalité des citoyens devant la loi.»

(cliquer ICI pour l'intégralité de l'article d'Anne-Marie Le Pourhiet)

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Pour la liberté d’expression (affaire Redeker)

medium_redeker_robert.2.jpg«Le droit de l'intolérance est donc absurde et barbare: c'est le droit des tigres, et il est bien horrible, car les tigres ne déchirent que pour manger, et nous nous sommes exterminés pour des paragraphes.»

(Voltaire, Traité sur la Tolérance)

Jamais je ne pourrais signer un brûlot comme celui qu’a publié Robert Redeker sur l’islam dans Le Figaro du 19 septembre 2006. Et il est normal qu’on lui réponde et qu’on le réfute là où il dérape, comme on en a le droit pour tout texte polémique.

 

Jamais non plus je ne pourrais signer les charges virulentes (et souvent d’une navrante imbécilité) de Michel Onfray contre les monothéismes.

 

Petit rappel, Onfray écrivait, dans son Traité d’athéologie (2005), que «les trois monothéismes, animés par une même pulsion de mort généalogique, partagent une série de mépris identiques : haine de la raison et de l'intelligence; haine de la liberté; haine de tous les livres au nom d'un seul; haine de la vie; haine de la sexualité, des femmes et du plaisir; haine du féminin; haine des corps, des désirs, des pulsions».

 

A lire cette litanie, une chose est sûre, l’athéisme à la façon d’Onfray ne génère ni la nuance, ni la sérénité, ni la bienveillance pour les milliards de monothéistes qui ne pensent pas comme lui…

 

 

Droit d'expression des mécréants et des imprécateurs


 

Pourtant, il est de notre devoir à tous de défendre avec la dernière énergie le droit d’expression des mécréants et des imprécateurs.

C’est pourquoi il faut s’inquiéter aujourd’hui de ce qui arrive à Redeker, obligé de se cacher par peur d’un coup de couteau ou de fusil, comme il fallait s’inquiéter hier des manifestations violentes contre les caricatures de Mohamet, ou avant-hier des pressions injustifiées de la conférence des évêques de France pour faire interdire il y a un an et demi par le Tribunal de Grande Instance de Paris une publicité qui détournait le tableau La Cène de Léonard de Vinci (en remplaçant Jésus et ses disciples par des femmes).

 

On doit avoir le droit de critiquer ou parodier Jésus, Mahomet ou Bouddha, quitte même à aller jusqu’à cette «pointe extrême de la liberté d’expression», qui consiste à blasphémer.

 

Si Redeker juge le Coran intrinsèquement violent ou si Madonna choisit de se crucifier sur scène pour mieux vendre ses disques, eh bien qu’ils ou elles le fassent et l’assument, car leur liberté est la garante de la liberté des autres, y compris des croyants. Leur irrespect fera mal, réjouira certains et décevra beaucoup d’autres, il fera du débat sur la tolérance une plaie vive, mais ce sont là les risques de la liberté.

 

La liberté d’expression est pour tous,

ou bien elle n’est pas!

 

Les menaces de mort contre Robert Redeker sont inadmissibles.

Elles menacent de mort non seulement Redeker, mais notre République. En République, les idées, débats, critiques ont vocation à s’entrechoquer sans censure, dans la limite des lois communes. Le délit de blasphème a été définitivement (?) aboli en France avec les lois sur la liberté de la presse du 29 juillet 1881. Certains, apeurés peut-être par le raffut des menaces de mort, parlent de le rétablir.

 

Un député UMP, Jean-Marc Roubaud, a même déposé en mars 2006 une proposition de loi dans ce sens (n°2895), qui vise à "interdire les propos et les actes injurieux contre toutes les religions".

Le MRAP, entend-on ici et là, ne serait pas contre….

Au Royaume-Uni, Tony Blair a tenté il y a moins d’un an une opération similaire, contrée de justesse suite à une mobilisation d’artistes et d’intellectuels, dont le magnifique Mr Bean, l’acteur Rowan Atkinson.

 

Il faut tenir ferme, ne rien céder faces aux "tigres" de l'intolérance meurtrière, refuser de céder à l'intimidation. Si les Redeker, Onfray et consors scandalisent, qu’on leur réponde avec des idées, pas avec des couteaux ou des baillons législatifs. Après avoir commencé par Voltaire, je lui laisse encore le mot de la fin, comme viatique républicain et laïque:

 

"Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites,
mais je me battrai jusqu'à la mort
pour que vous ayez le droit de le dire."

 

 

Le contraire des fanatiques prêt à tuer, et se tuer, pour éteindre ce droit.

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25 ans de débats sur le blasphème passés au crible

arton1163-90a5e.jpgLe livre de l'année sur la laïcité et la liberté d'expression?

Fort possible!

 

Son titre est: Le Blasphème en procès. L'Église et la Mosquée contre les libertés (1984-2009) Paris, ed. Nova, 2010 (210p)

 

Cet ouvrage qui vient de paraître est à lire de toute urgence. Il s'agit d'une magistrale synthèse sur 25 ans de débats autour du blasphème en France.

 

Synthèse magistrale

 

Signé par Jean Boulègue, ancien professeur à l'Université de Paris I (dont j'avais eu le privilège, il y a 20 ans, de suivre les cours), il apporte des éléments factuels et analytiques qui combinent rigueur irréprochable et force d'exposition, pour le plus grand bonheur de tous les lecteurs attachés à approfondir leur compréhension et leur analyse de la laïcité.

Sur le sujet, désormais, c'est LA somme de référence, le tout sans lourdeur, dans une clarté limpide qui honore Boileau ("ce qui se conçoit bien s'énonce clairement").

 

4dntvuhh2yeo4npyb3igdet73odaolf$82r6g7e6gyckg003z3dexauj3k5v9cx.jpegNous en reparlerons plus longuement dans ce blog (j'espère poster une note de lecture). En attendant, histoire d'effleurer le sujet avant d'acheter l'ouvrage, on peut jeter un oeil à deux entretiens de l'auteur, accordés aux quotidiens Métro et Sud-Ouest.

Entretien avec Jean Boulègue, Sud Ouest (dimanche 31 janvier 2010)

Entretien avec Jean Boulègue, Métro (29 janvier 2010)

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La persécution des chrétiens : fiche de lecture

AsiaBibi1.jpgCe week-end, d'importantes manifestations se sont déroulées au Pakistan... pour défendre la loi sur le blasphème (contre l'islam) et protester contre les demandes d'abrogation du pape Benoit XVI.

Au nom de cette loi, des chrétiens sont périodiquement incarcérés, voire lynchés (donc sans procès).

A l'automne dernier (une première), une mère de famille chrétienne (protestante) d'une quarantaine d'années (5 enfants), Asia Bibi (photo ci-contre), avait même été condamnée à mort pour blasphème.

Pour avoir cherché à défendre cette femme (emprisonnée depuis plus d'un an après avoir été battue et violée), le gouverneur du Penjab a été assassiné par son garde du corps en ce début d'année 2011. On ne plaisante pas avec le blasphème...

Depuis, Asia Bibi a été provisoirement grâciée mais est toujours incarcérée.

 

_50323206_family_466-1.jpgDes radicaux musulmans ont déjà promis de la "finir" (de l'exécuter) quand elle sort de prison, et sa famille (ci-contre) vit dans l'angoisse après avoir reçu de nombreuses menaces de mort (pour les anglophones, cf. cet excellent dossier de la BBC).

 

Ces événements nous rappellent combien la liberté des chrétiens est encore souvent mise en cause, au point de commencer à émouvoir désormais sérieusement certains grands médias français (y compris Elle et Libération) et plusieurs intellectuels (dernier en date, Bernard Henri Lévy).

Les chrétiens ne sont évidemment pas les seuls à être persécutés ici et là pour leur foi. Mais est-ce une raison pour fermer les yeux, surtout lorsque le phénomène, de mieux en mieux documenté (merci la Révolution numérique), apparaît particulièrement massif?

 

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Survenu moins de deux mois après le carnage de Bagdad contre des chrétiens syriaques (46 morts), le carnage d'Alexandrie, le 1er janvier 2011, tuant 22 coptes égyptiens (et 80 blessés), a suscité une prise de conscience inédite, d'autant que ces deux massacres ne s'inscrivent pas dans un contexte de guerre civile (chiites-sunnites en Irak), et ont été perpétrés dans des lieux de culte.

Dans ces deux drames, on ne saurait certes parler de persécution: il s'agit dans les deux cas d'attentats terroristes, nullement cautionnés, ni par la majorité de la population, ni par l'Etat (irakien ou égyptien). Ajoutons que de nombreuses autorités morales musulmanes (à commencer par l'université Al Azhar) ont très énergiquement condamné ces horreurs.

 

Mais dans d'autres cas (Arabie saoudite, Erythrée, Corée du Nord), la persécution est bien là, tandis que dans de très nombreux autres contextes, des situations de discrimination instituée permettent, localement, des persécutions officieuses (c'est le cas dans certaines régions du Pakistan).

 

Fiche de lecture

dyn004_original_400_613_pjpeg__788eb390f2e74d9fb43860ec2f90fbc8.jpgPour faciliter une vue d'ensemble de la question, je vous propose, comme promis, une fiche de lecture.

Le journaliste Raphaël Delpard a signé en 2009 un ouvrage intitulé La persécution des chrétiens aujourd'hui dans le monde: en voici une petite fiche, qui ne dispense évidemment pas de plus ample lecture!

 

Fiche La persécution des chrétiens.pdf

 

Asia-Bibi.jpgFocus statistique (update) : Asia Bibi (ci-contre) est la première femme condamnée à mort pour blasphème au Pakistan. Mais 131 personnes sont actuellement en prison, dans le seul Etat du Penjab, pour raison de blasphème. 11 d'entre-eux ont été condamnés à mort. Par ailleurs, depuis 1990, au moins 35 personnes (sans compter plusieurs cas douteux) ont été assassinées pour raison de blasphème au Penjab. Source: agence PTI, Islamamad.

 

Nota bene : à une échelle (heureusement!) bien plus réduite, notons que la question du blasphème, et des limitations éventuelles à lui apporter, a été récemment au coeur de plusieurs affaires judiciaires, minutieusement retracées par l'historien Jean Boulègue dans un ouvrage très instructif.

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Laïcité inch'Allah, ou blasphémateurs au pilori?

blasphème,jean boulègue,nadia el fani,dalaï lama,laïcité,liberté dexpression,tunisie,islamismeFeu Jean Boulègue, dans la magistrale étude qu'il a consacrée au débat juridique et social autour du blasphème dans la France laïque, l'avait prévu: en dépit d'une jurisprudence finalement favorable au respect intangible de la liberté d'expression (même si celle-ci salit et profane la religion), le débat n'est pas clôt, et les chasseurs de blasphémateurs ne désarment pas.

Ce débat a encore rebondi très récemment autour de plusieurs affaires.

Dans l'édition numérique de L'Express de cette semaine, on lira par exemple l'interview de Nadia El Fani, auteure d'un documentaire intitulé Laïcité Inch'Allah.

 

"Je suis accusée de blasphème"

Le sujet "sensible" de son documentaire, et la manière dont elle le traite, lui valent aujourd'hui des menaces de mort de la part d'islamistes tunisiens, tandis que son père a été averti publiquement qu'il pourrait bien être égorgé. A la question de savoir si elle retournera dans la Tunisie nouvelle, post-Ben Ali, elle répond:

"Je suis accusée de blasphème, d'atteinte aux bonnes moeurs et d'atteinte à un rituel religieux. Donc on peut très bien me confisquer mon passeport à mon arrivée sur place".

 

blasphème,jean boulègue,nadia el fani,dalaï lama,laïcité,liberté dexpression,tunisie,islamismeSur un autre front, notons par ailleurs qu'un site internet catholique conservateur (qui ne représente pas tous ces derniers) a publié ce mois-ci une dénonciation au vitriol de deux oeuvres blasphématoires contre le christianisme.

Le titre de ce libelle: "Blasphèmes publics, la responsabilité de l'Etat". Après avoir dénoncé l'offense faite, estime-t-on, aux chrétiens, on demande ni plus ni moins à l'Etat d'intervenir.... contre les blasphémateurs, appelant par ailleurs "d'autres chrétiens de sensibilités spirituelles différentes" à réagir, en-dehors des cercles catholiques.

Cette invitation musclée à sévir contre le "blasphème public" irait-elle jusqu'à tendre la main, par exemple, aux islamistes qui veulent la peau de cette autre "blasphématrice" (sic) que serait Nadia El Fani? Ou nos amis catholiques conservateurs souhaitent-ils seulement faire punir, par l'Etat, le blasphème anti-chrétien?

Il serait intéressant d'en savoir plus...

La question n'est pas de dire si les oeuvres en question sont offensantes, répugnantes, nulles... ou subversives. L'objectif est d'interdire le blasphème, soi-disant pour respecter les chrétiens (à qui on ne demande pas toujours leur avis).... sans se rendre compte que l'interdiction générale du blasphème a une portée liberticide qui va bien plus loin, risquant d'empêcher, à l'avenir, non seulement les provocations gratuites et pitoyables, mais aussi des oeuvres fortes, des discours structurés, des opinions controversées, des critiques essentielles, des documentaires engagés....

 

Interdiction du blasphème, nouveau Droit de l'Homme?

images.jpegA l'échelle internationale, on notera enfin qu'un congrès religieux mondial à Montréal a carrément demandé, le 17 septembre 2011, que l'interdiction du blasphème soit inscrite parmi les Droits de l'Homme.

Ce qui correspond à une stratégie déployée, depuis des années, par plusieurs grandes religions, à commencer par des représentants musulmans... et catholiques.

Le refus du blasphème, un Droit de l'Homme... Rien de moins! Nadia El Fani, prend garde à toi... Et le Dalaï Lama, présent à la conférence, n'a pas été le dernier à en faire la demande, s'attirant la sympathie de l'internationale des anti-blasphémateurs.

 

Alors, haro sur les blasphémateurs au nom d'une laïcité à l'aspartame, une laïcité dalaï-lamocompatible?

Ou laïcité qui laisse s'exprimer et vivre ensemble le mystique, le prêcheur,  l'athée et le blasphémateur?

Nul doute que le débat national et international sur le blasphème constitue aujourd'hui un analyseur crucial des enjeux laïques de demain, c'est pourquoi on lira et relira l'ouvrage essentiel ci-dessous, qui décrypte le débat franco-français:

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Un Religious Freedom Day mis en place aux Etats-Unis

Clinton Obama.jpgL'info est passée inaperçue: elle est pourtant significative.

Le 16 janvier 2010, le président américain Barack Obama a déclaré un Jour de la Liberté Religieuse (Religious Freedom Day).

 

Cette décision fait équilibre avec les déclarations fermes de la secrétaire d'Etat Hillary Clinton le 26 octobre 2009 sur le refus américain de sanctionner les discours diffamatoires contre les religions.

 

Elle confirme une ligne cohérente et libérale: liberté pour les religions et les blasphémateurs.

 

Pour plus d'informations sur la décision de Barack Obama (qui confirme la ligne de son prédécesseur concernant la défense de la liberté religieuse), voir notamment cet article du Christian Post.

 

On peut y lire des extraits de l'argumentation de Barack Obama, qui rappelle la spécificité de l'héritage religieux américain, forgé par d'anciens persécutés, et le droit à la fois de pratiquer une religion ou de ne pas en pratiquer.

 

Il souligne aussi qu'il continuera à défendre la liberté religieuse dans le monde entier, "face aux tendances croissantes" à restreindre cette liberté.

 

 

images.jpegPour un éclairage sur le rappel argumenté effectué par Hillary Clinton, le 26 octobre dernier, concernant le refus de cautionner une législation qui limiterait la critique à l'égard des religions, voir ce compte-rendu, sur un site officiel américain.

 

Voilà une ligne qui a le mérite d'être claire: liberté d'expression pour tous!

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Débat sur le blasphème: une double page du Monde

obobineau_nb_110x130.jpgA noter, dans l'édition datée du vendredi du quotidien Le Monde, un intéressant dossier consacré à la question du blasphème.

On regrettera que l'excellente synthèse de Jean Boulègue, intitulée Le blasphème en procès, n'y soit toujours pas citée. En revanche, on appréciera notamment la plume efficace, pédagogique et convainquante de mon collègue et ami Olivier Bobineau, récent titulaire (haut la main) de son HDR (Habilitation à Diriger des Recherches). Il signe un billet remarquable conclu par ces mots auxquels je m'associe pleinement: "Combien de prophètes ont-ils été accusés d'avoir blasphémé? Ainsi Jésus, traité de blasphémateur, n'est-il pas condamné parce qu'il se revendique de nature divine en se déclarant Messie, siégeant à la droite du Tout-Puissant, venant avec "les nuées du ciel" (Marc 14, 62-65)? A bon entendeur, salut."

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L'historien Jean Boulègue nous a quittés

jean boulègue,liberté dexpression,laïcité,catherine coroller,dieu change à paris,afriqueIl est des nouvelles qu'on refuse d'entendre, des pertes qu'on n'envisage pas d'accepter. Le décès soudain de l'historien Jean Boulègue est de celles-là.

 

Historien africaniste, professeur émérite à l'Université de Panthéon Sorbonne (Paris I), Jean Boulègue s'en est allé sans crier gare le 14 mars 2011 et je ne m'en remets pas.

 

Africaniste

Spécialiste d'histoire de l'Afrique, en particulier de l'histoire médiévale et moderne des grands empires africains de l'ouest (cf. ses ouvrages, Les anciens royaumes wolof (Sénégal), Le Grand Jolof (XIIIe - XVIe siècle), Jean Boulègue m'avait beaucoup marqué par son enseignement, lorsque j'effectuais ma Licence d'histoire en 1989-90.

Doué d'une érudition considérable et d'un très grand souci de l'administration de la preuve, il savait conjuguer rigueur, minutie patiente et curiosité intellectuelle, suscitant sans tapage (l'homme était discret) l'admiration de plusieurs de ses étudiants, dont, avec d'autres, je faisais partie.

 

jean boulègue,liberté dexpression,laïcité,catherine coroller,dieu change à paris,afriqueLaïcité et liberté d'expression

Nous avions repris contact il y a plus de deux ans sur d'autres thématiques. Car Jean Boulègue était aussi un citoyen épris de laïcité et de liberté d'expression. Son livre Le blasphème en procès (Paris, Nova édition, 2009), notamment bien recensé dans Libération par Catherine Coroller, avait fait l'objet, dans le programme GSRL Dieu change à Paris, d'une séance passionnante, où Jean Boulègue avait démontré, une fois de plus, son intégrité intellectuelle et son art de "faire l'Histoire".

Pour diverses raisons, liées tantôt à de petites lâchetés, tantôt aux contraintes de temps de plus en plus irrespirables sur les chercheurs (qui ne trouvent plus le moyen de lire les travaux des autres, surtout si ces travaux ne "payent" pas en matière de carrière), tantôt au brouillage croissant du débat intellectuel sur la laïcité, son livre, pourtant remarquable et salué comme tel par plusieurs, n'avait pas suscité beaucoup d'écho parmi certains spécialistes dont il attendait la réaction.

Cela l'avait affecté, il me m'avait dit, mais il ne s'en formalisait pas, attendant avec sagesse et patience l'oeuvre du temps (qui finit toujours par valoriser les vrais bons livres).

 

Projets inachevés

Il espérait continuer à s'investir dans les futurs débats sur la laïcité, et préparait une étude minutieuse (comme à son habitude), sur l'enjeu de la conversion et de la liberté religieuse au Maghreb, dont le résultat aurait été sans nul doute passionnant.

Nous avions prévu d'en parler, d'échanger des textes. Depuis le début de cette année 2011, suite à la réunion "Dieu change à Paris", nous avions poursuivi un dialogue régulier, dîné ensemble... Il ne lui aura pas été permis de conduire jusqu'au bout ces projets, qui lui tenaient tant à coeur.

 

Je n'ai pas pu pas me rendre aux obsèques (18 mars 2011), mais j'adresse à son épouse et sa famille toutes mes condoléances.

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20.03.2011 | Lien permanent

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