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20/03/2006

L’Iran et de Gaulle: chronique d’un rêve inachevé

medium_iran.jpgSébastien Fath (Paris, ed. Eurorient collection UniversCités, 1999, 150p)



Ce livre est issu d’une maîtrise d’Histoire contemporaine, conduite en 1990-1991 à l’Université de Paris IV Sorbonne sous la direction de Dominique Chevallier. Il traite d’un sujet oublié, celui des relations franco-iraniennes à l’époque du Général de Gaulle. Il se focalise particulièrement sur l’événement majeur qui avait couronné, à l’époque, ces échanges : le voyage du Général de Gaulle en Iran (16-20 octobre 1963). Il commence par brosser le tableau du contexte politique, culturel, socio-économique de l’Iran du Chah au début des années 1960, sans négliger le contexte diplomatique français, puis il détaille les étapes de ce voyage riche en événements. Enfin, il s’interroge sur la portée de cette visite largement commentée dans la presse internationale.


De Gaulle en Iran (1963) : rampe de lancement du thème de la ‘coopération’

Salué à l’époque comme un haut fait diplomatique, ce voyage a été étudié sous toutes les coutures à partir d’archives inédites aimablement mises à disposition pour cette recherche par l’Institut Charles de Gaulle, complétées par un dépouillement exhaustif de la presse française et américaine. Face aux deux Blocs (Etats-Unis, Union Soviétique), l’homme de la France Libre incarne alors une “troisième voie” possible, nationale, démocratique, indépendante. C’est comme tel qu’il a reçu en Iran un accueil extraordinaire. En 1963, enfin débarrassée de l’écharde algérienne, la France pouvait enfin développer une diplomatie plus inventive et offensive. C’est dans ce contexte, et précisément à l’occasion du périple iranien, que le Général de Gaulle a testé pour la première fois à l’étranger la thématique de la “coopération”, voie originale d’affirmation d’une indépendance nationale qui évite aussi bien l’écueil de la tutelle servile que de l’autarcie suicidaire. Il reprendra ensuite ce thème, en le développant et en l’affinant, lors de sa grande tournée latino-américaine de 1964, mais c’est bien dans l’Iran d’octobre 1963 que de Gaulle ouvre véritablement ce chapitre diplomatique.


Un accueil iranien extraordinaire

On ne peut que regretter que ce voyage soit largement ignoré aujourd’hui (y compris dans la belle somme de Jean Lacouture). Il y a diverses raisons à cela. Ce périple iranien a pourtant connu, en son temps, un retentissement considérable. Pour la population iranienne et une part de ses intellectuels, le modèle gaullien d’une “troisième voie” fit rêver, au grand dam du département d’Etat américain qui suit de près l’événement. En l’espace de quelques jours, du 16 au 20 octobre 1963, de Gaulle déchaîna les enthousiasmes populaires aussi bien à Chiraz qu’à Téhéran, sans oublier Ispahan pavoisée. Le président français rassembla sur son passage des foules encore plus nombreuses que ne l’avait fait l’âyatollâh Khomeini en juin de la même année. La France gaullienne cristallisait alors les attentes et les espoirs de la population iranienne autour d’un rêve d’indépendance nationale et progressiste. Hafez, Saadi (fameux poètes iraniens) et Victor Hugo, même combat?

Un point d’orgue révélateur, plus qu’un tremplin

Accompagné de multiples échanges économiques bilatéraux, le voyage officiel du Général de Gaulle en Iran a eu cette double vertu d’annoncer une réorientation de la diplomatie française vis-à-vis de l’Orient et des pays en voie de développement, et de révéler les attentes immenses de la population iranienne. A ce double titre, Maurice Couve de Murville avait raison de situer ce périple comme “deuxième dans la hiérarchie des voyages accomplis par le Général de Gaulle” à dater de 1963 (La Voix du Nord, 22 octobre 1963). Mais au lieu de servir de tremplin vers un renforcement des rapports, il a plutôt fonctionné comme un point d’orgue, succédé par un lent recul de l’influence française, au grand dam des espoirs portés par beaucoup d’Iraniens. Pourquoi ? Parmi les raisons, on peut citer les limites géopolitiques d’une puissance désormais moyenne comme la France, la marge de manoeuvre iranienne limitée vis-à-vis des Etats-Unis, mais aussi la cécité gaullienne et française face aux mutations sociales de l’Iran (y compris sa dimension musulmane, outrageusement sous-estimée par de Gaulle). Il reste qu’en deçà du tournant anti-Occidental de la Révolution iranienne de 1979, il ne faut pas oublier d’indéniables affinités électives entre la France et l’Iran. Semences pour l’avenir ? L’historien ne prévoit que le passé… Mais l’accueil réservé à de Gaulle par la rue iranienne mérite mieux que l’oubli. Témoin de la richesse des relations franco-iraniennes des années 1960, dont l’ombre portée se projette sur l’essentiel de la décennie 1970, il se fait l’écho d’un rêve inachevé dont ce livre est la chronique.
 

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