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07/10/2007

Renouveau religieux au Vietnam

c27e417de43d1101b5eff8e9a715f6b8.jpgL'ultra-modernité, que nous étudions dans le cadre du GSRL, c'est une phase désenchantée, un peu désabusée, de la modernité. Avec comme mot d'ordre: "moins d'idéologie, plus de pragmatisme", ou "moins de dogmes, plus d'incertitudes".

 

Sous cet angle, le Vietnam partage certains traits de l'ultramodernité. Cap sur le pragmatisme! Et sur l'ouverture (progressive). L'idéologie recule. En revanche, force est de constater que la religion, elle ne recule pas. Bien au contraire.


Je passe actuellement quelques jours au Nord du Vietnam, dans la capitale du pays, Hanoï, où je participe à un colloque franco-vietnamien dont vous trouvez un écho dans l'album photo d'octobre 2007 (colonne ci-contre). Mon travail était de présenter l'histoire des relations Etat-protestants évangéliques en France du XIXe siècle à aujourd'hui, montrant notamment que le pluralisme religieux et la pleine liberté religieuse ne se sont pas faits en un jour dans notre pays.

 

En marge de ce colloque, c'est aussi l'occasion de découvrir cette magnifique capitale vietnamienne, bruissante d'activité, pleine de jeunesse et de couples paisibles, assis sur les bancs qui bordent les lacs de la ville, témoignant combien ce grand peuple qui a tant souffert se tourne aujourd'hui résolument vers l'avenir.

 

692fa69c6590ae6ae6025fd5924da17d.jpgLors de ce séjour à Hanoï, j'aurais bien voulu visiter un lieu de culte protestant vietnamien en ce dimanche 7 octobre (église CMA). Cela n'a hélas pas pu se faire. Il aurait fallu que je demande une autorisation longtemps à l'avance...

Sans commentaires.

 

L'accès étant en revanche possible du côté catholique, je me suis donc plutôt rendu à la cathédrale catholique de Hanoï, en compagnie de mon collègue de l'EPHE Philippe Portier (successeur de Jean Baubérot à la chaire d'histoire et sociologie de la laïcité).

 

Vous verrez deux vues de cette cathédrale dans l'album photo d'octobre de ce blog. Je ne décrirai pas ici par le menu la messe (en langue française) à laquelle nous avons assisté.

 

J'observerai juste une chose: en dépit du nombre plus réduit de pratiquants vietnamiens à cette messe francophone (ils sont beaucoup plus nombreux aux messes vietnamophones), la ferveur était manifeste. Nous avons vu, assises devant nous, des dizaines de postulantes vietnamiennes en chemisier blanc, dont l'espoir est de devenir religieuses (voir ci-dessous).

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Messe dominicale dans la cathédrale catholique de Hanoï (Vietnam)

Une discussion, à la sortie de l'office, avec la jeune femme qui dirigeait les chants nous a confirmé dans l'idée que les vocations religieuses vietnamiennes sont nombreuses, et venant de jeunes! (la même réflexion vaut pour le protestantisme, en particulier de type évangélique, qui a augmenté ses effectifs de 600% ces dernières années).

 

 

Une cathédrale trop petite pour accueillir les fidèles

 

Ceci m'inspire la réflexion suivante: dans le vaste débat sur l'avenir de la religion, il est tout sauf sûr de prédire sa disparition dans les sociétés sécularisées.

 

Le Vietnam est très sécularisé. Sous un régime communiste qui ne badine pas avec l'autorité, la pratique religieuse n'y a pas été encouragée, c'est le moins que l'on puisse dire, et une large majorité de la population n'a pas connu de socialisation religieuse structurée.

Et pourtant, voici qu'à Hanoï, coeur politique du Vietnam communiste, la cathédrale est trop petite, le dimanche, pour accueillir les fidèles (1), mais SURTOUT, les vocations sacerdotales sont infiniment plus nombreuses que dans un pays comme la France.

 

On observe des phénomènes similaires dans des pays comme l'Ukraine, pays lui aussi très sécularisé, mais où les implantations religieuses nouvelles bourgeonnent.

95f2a5b813197aaad1d5137a9e7af6e5.jpgBien-sûr, on ne peut exclure l'hypothèse d'un feu de paille. D'un phénomène transitoire. Mais je ne me risquerais pas trop vite, comme le fait mon collègue écossais Steve Bruce, à affirmer qu'une société sécularisée contemporaine ne peut plus connaître de retour à la religion, seuls les individus déjà socialisés religieusement étant en mesure de poursuivre sur cette voie.

 

Dans ses nombreux ouvrages, Bruce développe certes une argumentation solide et souvent assez convainquante, notamment dans le cas britannique. Mais un cas d'espèce ne fait pas une généralité.

A l'évidence, le terrain vietnamien, entre autres, semble suggérer que même en terre très sécularisée, des acteurs religieux comme les églises chrétiennes sont capables d'élargir leur assise, gagnant sur les jeunes et des populations nouvelles.

 

Resterait à savoir précisément dans quelle proportion, mais cela nous entraînerait trop loin pour cette note. Débat à suivre...

 

(1) Cet élément n'est, pas, en soi, un indicateur sûr pour évaluer la ferveur et la popularité d'une religion dans un pays comme le Vietnam, car il y a manque de lieux de culte, donc ceux qui sont accessibles sont évidemment très remplis.

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