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22/07/2011

La saga TROPICANA (1)

tropicana,anthony rossi,évangéliques,etats-unis,entrepriseEté tropical? Pas vraiment!

En France et dans une partie de l'Europe, cet été 2011 se décline  sous le signe de la "mousson", voire d'un mois de novembre anticipé (pluie et fraicheur).

Il reste que chaque halte estivale appelle détente et lectures délassantes. Histoire de faire monter la température et nous persuader que l'été est là malgré tout, ce blog apporte ENFIN sa contribution, avec aujourd'hui le premier volet d'une série de 4 épisodes, consacrés.... à la saga TROPICANA!

Top départ ci-dessous.


S'il fallait résumer la sociologie évangélique à un seul "type", ce serait le "self made saint", mélange entre le self made man (homme qui s'est fait tout seul) du modèle capitaliste et démocratique occidental et le "saint" moderne, ascétique et rationnel, promu par la Réforme protestante.

Et s'il fallait condenser le "self made saint" dans un seul individu, ce serait Anthony Rossi (1900-1993), à l'origine de la saga Tropicana dont nous présentons ici le premier volet.

 

Tropicana est une multinationale agro-alimentaire fondée aux Etats-Unis, aujourd'hui rattachée au groupe PepsiCo.  Spécialisée dans le domaine des jus de fruit sans sucre ajouté, elle est principalement basée à Bradenton (Floride), et emploie plus de 8000 personnes, dans ce qui constitue le plus gros distributeur mondial de jus de fruits.  Tout ceci est connu.

Mais ce qui l'est moins, c'est que cette entreprise emblématique, au taux de notoriété spectaculaire, a été fondée, puis portée à bout de bras, par un entrepreneur évangélique. Voici son histoire.   

 

tropicana,anthony rossi,évangéliques,etats-unis,entrepriseAnthony T. Rossi (1900-1993), un catholique sicilien devenu born again baptiste

Anthony Talamo Rossi, né le 13 septembre 1900 en Sicile, est présenté sur Wikipedia, à dater de juillet 2011, comme un homme d'une "grande piété", effectuant annuellement des pèlerinages en sa Sicile natale." On nous précise même qu'il a "établi la Aurora Foundation, qui soutient de nombreux programmes catholiques". Un lecteur distrait concluera qu'il s'agit d'un entrepreneur sicilien catholique de plus. Et pourtant ! Wikipedia se trompe lourdement. Anthony Rossi  n'a rien d'un "bon catholique" type, et tout d'un self made saint  évangélique.

 

Né à Messine dans une famille de 10 enfants, fils d'un administrateur d'hôpital, il grandit pourtant dans une société sicilienne profondément catholique. Sicilien et catholique sont ses parents, sicilien et catholique il sera aussi!

tropicana,anthony rossi,évangéliques,etats-unis,entrepriseMais il étouffe rapidement dans un climat insulaire, traditionnel et méditerranéen où les seuls horizons qui l'attirent soufflent vers le large. Gibraltar, puis l'Amérique! Âgé de 21 ans, incapable d'aligner trois phrases en anglais, le voilà qui s'embarque pour New York, avec pour viatique un rêve, ses lectures de jeunesse de Buffalo Bill et 25 dollars en poche.

Son premier rêve de bohème, qui le pousse à devenir photographe animalier en Afrique, s'éteint rapidement.  En revanche, il investit ses 25 dollars. D'abord dans de petits boulots: chauffeur de taxi, ouvrier du bâtiment à Coney Island, serveur..., puis dans l'achat d'un petit restaurant, d'une compagnie de taxis, et d'une épicerie de gros.

Energique, audacieux et sportif, le jeune Rossi à de la ressource et de l'inventivité. Et surtout, il a le sens du changement et de l'entreprenariat autodidacte. Rien n'est fixé, tout est à faire, et tout peut s'apprendre! Et ce sens du changement, il l'applique aussi dans ses choix personnels et ses valeurs.

 

Bible et Conversion

C'est sur ce terrain qu'il va progressivement glisser vers le protestantisme de type évangélique.

tropicana,anthony rossi,évangéliques,etats-unis,entrepriseLe déclic? Il vient de séances de lecture dans la New York Public Library, où il se rend pour étudier l'agriculture. Dans une salle de lecture poussiéreuse, mû par la curiosité, il commence à lire une Vie de Jésus, qui le pousse à ouvrir une Bible.

"J'avais été un bon catholique, racontera-t-il plus tard. J'avais lu et écouté la messe en latin lorsque j'étais gamin. Je ne la comprenais pas, mais je voulais faire la volonté de Dieu. A l'époque (en Sicile), nous n'étions jamais autorisés à lire la Bible. Ce que nous devions faire à la place, c'était aller voir le prêtre"[1]. Il rapporte aussi qu'on lui aurait dit en Sicile qu'en "récitant 12 prières, on va au ciel".

Il poursuit : "Je n'ai pas pris de risques. J'ai commencé à réciter les 12 prières, deux fois par jour, pour être sûr ! J'ai fait cela durant sept ans, pour être certain (de mon salut)"[2]. Mais comme le jeune moine Luther bien avant lui, l'exercice répétif de prières codifiées ne le satisfait pas.

 

tropicana,anthony rossi,évangéliques,etats-unis,entrepriseA New York, suite à sa lecture de la Vie de Jésus, voilà le jeune Rossi qui se met alors à parcourir la Bible, dans la traduction protestante King James, la traduction emblématique des puritains protestants qui ont peuplé le Nouveau Monde. C'est une révélation.

Au fur et à mesure de sa découverte de l'histoire du Salut chrétien, il s'interroge, puis s'illumine, et "donne son coeur à Jésus-Christ", dans la pure tradition des Réveils évangéliques.

Pécheur il se reconnaît, pardonné il se découvre, dans le geste binaire des born again qui voient en Jésus-Christ crucifié et ressuscité le tournant de leur vie. "Avant", c'était le péché et la mort. "Après", c'est la grâce et la vie. Fort de cette expérience mystique, le jeune Rossi rejoint sans tarder une communauté évangélique, de type baptiste (la confession évangélique dominante aux Etats-Unis).

Et bien que très occupé par ses affaires, il ne ratera jamais le rendez-vous dominical à l'église, où il retrouve ses "frères et soeurs" évangéliques et partage, avec eux, une foi zélée et contagieuse.

(suite au prochain épisode)



[1] Cité par Dan Denton, "Anthony Rossi Doesn't Want to be Remembered", The Evening Independant, 12 novembre 1977.

[2] Tony Rossi, cité dans Jeanne Pugh, "Financial Wizard turns his expertise to Christian Philanthropy", St Petersburg Times, 25 juin 1983.

 

 

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