15/04/2012

Drame de Stains: "préjugés et normes de sécurité" (hebdo Réforme)

églises haïtiennes,stains,seine saint-denis,réforme,protestantisme,évangéliques,francophonie évangélique,montreuil,frédéric casadesusA noter, sous le titre "Préjugés et normes de sécurité", la belle enquête de Frédéric Casadesus, fine plume de l'hebdomadaire protestant français Réforme, au sujet du drame de Stains, dans le Réforme n°3460 (12 avril 2012, p.8).

Sans taire les défauts de mise aux normes, l'enquête souligne aussi les obstacles rencontrés dans l'exercice cu culte. On y apprend ainsi qu'à Montreuil-sous-bois, les riverains auraient "multiplié les procédures judiciaires" jusqu'à demander que les fidèles afrocaribéens cessent de chanter. Pour consulter l'article, cliquer ici.

Commentaires

Bonjour,

À propos de ces histoires de voisinage, de fric, de local...

J'ai toujours été intrigué de voir les églises, et notamment les évangéliques, attacher tant d'importance à la possession du local. Une explication que je me suis faite est que le rêve d''un local à soi fait partie de la séduction qu'opèrent les évangéliques.

J'ai un copain qui est en train de créer "son" église. Il a commencé dans son salon, puis avec le "succès" il a dû aller chez un ami dans un salon plus grand, puis il est allé dans un restaurant avec une salle plus grande, puis il a fait affaire avec une église soeur qui avait un local encore plus grand, et maintenant comme il a encore plus de fidèles il cherche à louer un truc encore plus grand.

Je lui ai posé la question : pourquoi fait-il ça ? pourquoi ne s'assemble-t-il pas avec une autre église, au moins dans le partage d'un local, et plus puisqu'il y a normalement affinité entre chrétiens ?

Il m'a répondu qu'il voulait créer un grand centre culturel chrétien, avec une grande salle de culte, pour rendre un hommage super grand au Seigneur.

Avec de pareilles idées, il n'est pas étonnant que les protestants glissent petit à petit vers la droite. Ce n'est certes pas interdit, ni même mauvais, mais ça n'est biblique ni d'Ève ni d'Adam, et ça n'a rien à voir avec le message du Christ.

Pour ceux qui ont trop de problèmes avec ce rêve, (je donne des conseils),je signale que, dans la société laïque, il existe l'approche du squat. Certes c'est l'horreur des bonnes gens, mais certains squatters (pas tous) développent une approche étonnement civique. Ils remplacent une démarche à la frontière de la légalité (il faut dire que le squat c'est en général du vol) (mais il parait que la propriété est aussi une forme de vol...), par une forte démarche de relationnel et d'aide en faveur du voisinage. Le voleur sympa, en quelque sorte.

À adapter, pour les églises en difficulté ?

Écrit par : ista | 17/04/2012

Bonjour Ista, très, très intéressant commentaire.

Le corps de Christ fonctionne sur le principe de la différence et de la complémentarité, ainsi que l’inter-dépendance, « dans la soumission réciproque » (1 Cor.12 et Eph.5v21)
Or, souvent (et c’est ce qui explique peut-être ces permanentes créations multiples et éphémères d’églises, avec des fondateurs « pasteurs auto-proclamés »), plutôt que de se mettre ensemble et faire vivre ce qui existe déjà, on décide de créer « son » église. L’on a donc droit à « une personne = un courant » et donc, à autant d’églises que de personnes de sensibilités différentes.

L’autre difficulté, c’est « le toujours plus grand », avec des locaux surpeuplés, composés de personnes habitant parfois à plus d’une heure de l’église qui n’est plus « locale » que de nom pour certains, et une dimension plus « consommatrice »(de « supermarché ») que vous semblez relever. Mais cette « volonté d’hommage super grand au Seigneur », n’est-ce pas là une résurgence moderne des cathédrales ?

En comparaison, si l’on analyse la première église des Actes (que l’on pourrait peut-être appeler « l’église en actes »), un article sur la croissance de l’Eglise dans la revue de réflexion biblique « Promesses » remarque que « la proclamation quotidienne de l’Evangile se fait dans la puissance du Saint-Esprit quand (…)les croyants sont au bon endroit, au bon moment (cf Actes 2v1). Souvent, les croyants sont émotionnellement attachés à un local. C’est souvent le lieu où ils se sont convertis; ou dans lequel ils ont investi beaucoup d’argent... Peut-être aussi est-ce un endroit géographiquement bien placé pour un grand nombre d’entre eux, alors qu’aucune personne résidant aux alentours n’y vient! Avons-nous demandé à Dieu : «Où veux-tu, Seigneur, que nous travaillions»? Aurions-nous le courage de changer de local ou d’essaimer une église soeur, si le Saint-Esprit nous l’indiquait? Quand une communauté locale devient si grande que l’on ne se connaît plus les uns les autres et qu’on ne peut plus prendre soin de chacun, je me demande si le moment n’est pas venu de préparer avec sagesse un essaimage. Il faudra tenir compte alors du nombre de personnes déjà engagées, des responsables doués et spirituellement forts, des objectifs clairs et détaillés et d’un endroit géographique adéquat… »

(http://www.promesses.org/arts/139p6-10f.html)

En comparaison de cette histoire de « local », il est intéressant de constater que les livres du Nouveau Testament, à l'exception de Jacq. 2v2, n'emploient jamais le terme de synagôgê pour décrire la communauté des chrétiens. Quand ce terme est présent, c'est pour désigner des bâtiments (Marc 1v21 ; 3v1 ; 12v39….) ou l'assemblée des Juifs (Act. 6v9 ; Luc 21v12 ; Apoc. 3v9).
De plus, l'histoire des débuts de l’Eglise racontée par Luc dans les Actes des Apôtres semble révéler que l'Église n'est pas une fin en soi, mais un moyen. Ce qui constitue une fin en soi, c'est la proclamation de l'Évangile et l'annonce du Christ Ressuscité. La première vie communautaire décrite dans ce livre, une vie de communion axée sur la crainte de Dieu, l’unité, le partage matériel, la joie et la simplicité, jointes à l’adoration, avait pour but de rendre témoignage de ce que Christ est.
Je ne reviens pas sur les fondements de la vie de cette première communauté, décrite dans Actes 2v42-47 ; 4v32-35 ; 5v12-16 : « Ils étaient assidus à l'enseignement des apôtres et à la communion, à la fraction du pain et aux prières ». Le terme grec employé pour évoquer l'assiduité est significatif d'une présence persévérante.
Nous apprenons qu’ « ils étaient chaque jour tous ensemble assidus au temple », mais qu’ « ils rompaient le pain dans les maisons[au pluriel : aujourd'hui, notamment en région parisienne, il manque cette dimension locale et de "quartier", de la vie de l'église], et prenaient leur nourriture avec joie et simplicité de cœur »(Actes 2v46)

Enfin, puisque vous parlez de "squat", l’on peut relever l’exemple de l’Hôtel de Vil(e)s, à Clermont Ferrand cf article « A Clermont-Ferrand, une drôle d’auberge espagnole » IN le mensuel « L’âge de faire »(décembre 2011, numéro 59) :
Expositions, concerts, accueil de personnes « à la rue »... Une quinzaine de squatters ont transformé l’ancienne auberge de jeunesse (rebaptisée l’Hôtel de Vil(e)s )en atelier d’artistes, et proposent au public un accès libre à la culture. Un lieu de vie fantasque, ouvert à tous les vents de la solidarité.
Il s’agit d’un « lieu alternatif de création et de diffusion artistique. Loin de vivre en vase clos, ses résidents font une offre culturelle gratuite ou à prix libre, qui se démarque de ce que l’on peut trouver dans les lieux officiels et plus légitimés de la culture clermontoise. Derrière ces murs, c’est finalement un laboratoire du « vivre ensemble » qui s’organise. Kito, un photographe en est convaincu : « il s’agit d’un lieu d’expérimentation sociale. Ca prouve aussi qu’avec peu de choses on peut faire beaucoup. »
Les « vilains », comme ils se nomment entre eux, essaient donc de réenchanter quelques mètres carrés d’une société qui ne les fait plus rêver. Avec à la clé, la défense d’une offre culturelle diversifiée pour laquelle l’argent ne constitue pas une condition d’accès.

http://www.lagedefaire-lejournal.fr/tout-savoir/dernier-sommaire/article/sommaire-numero-59

A l’heure des dérives consuméristes qui semblent toucher l’église, où sont « les utopies alternatives » des chrétiens, proposant un « vivre ensemble » et un idéal de partage, de solidarité, basés sur les enseignements de Jésus-Christ ?

Écrit par : Nic | 19/04/2012

Bonjour Nic,

Merci de donner des références bibliques à ce que je dis :-)

Oui, d'après les journaux, et d'après ce que je peux observer, il semble qu'il se fasse un lien obligatoire, légitime et même sentimental, entre église et local. Or, si rien ne l'interdit, rien non plus n'y oblige.

Le Monde vient de sortir "Evangéliques : la difficile quête de lieux de culte" http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/04/18/evangeliques-la-difficile-quete-de-lieux-de-culte_1687086_3224.html

À la lecture de cet article, on peut comprendre que chaque église veuille son local, et bien sûr et heureusement que les autorités protestantes les y aident. Mais certaines dérives me semblent inquiétantes.

Par exemple : "En outre, les mairies ne comprennent pas que les fidèles se réunissent par affinités et que plusieurs lieux de culte sont nécessaires dans une même ville"... oui, ça, c'est incompréhensible que cela devienne un principe... les chrétiens n'ont absolument pas à se réunir "par affinités" pour le culte c'est une quasi faute. Les maires ont donc raison de ne pas comprendre.

Surtout que le fonctionnement actuel des églises protestantes est des plus démocratiques... que des communautés haïtiennes de 150 personnes intègrent dans le respect de vieilles communautés réformées locales psalmiques bourgeois, et en deux ans ils ont prit le "pouvoir", donc que l'on ne vienne pas me faire pleurer.

Les recherches et actions autour du squat sont à prendre avec des pincettes, mais elles sont pleines d'enseignements je trouve. Les plus intéressantes d'entres elles posent la question du civisme par rapport au légalisme, recomposent le rapport au local et au voisinage. Il me semble que cela pourrait être une voie de réflexion pour les chrétiens, surtout vu la situation actuelle du logement. Beaucoup de ces idées pourraient aider les sdf, ou même aider les rooms à avoir des attitudes plus compatibles avec la société civique française je pense, à défaut de l'avoir avec la légalité.

Mais finalement j'en sais rien.

Cordiallement.

Écrit par : ista | 20/04/2012

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