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30/11/2013

Une église sud-soudanaise endogène à Juba: les frères pentecôtistes

soudan du sud,christianisme au soudan du sud,églises à juba,églises africaines,frères pentecôtistes,pentecostal brethren,south sudan council of churches,église catholique,église épiscopale,islamLe paysage ecclésial sud-soudanais en pleine diversification dont j'essaie d'appréhender les dynamiques au sein de Juba, la capitale du pays, est marqué par au moins quatre catégories d'acteurs:

1/ les deux très grandes églises installées depuis le XIXe siècle (Eglise Episcopale du Soudan et Eglise catholique, membres aussi du SSCC),

2/ les églises protestantes regroupées dans le South Sudan Council of Churches (Eglise Presbytérienne du Soudan, Sudan Interior Church, African Inland Church, South Sudan Pentecostal Church),

3/ Les nouvelles églises implantées à partir de branches extérieures (d'Ouganda, du Kenya, d'Afrique du Sud, du Nigéria, des Etats-Unis),

4/ Les nouvelles églises implantées sur la base d'une création endogène, par les Sud-Soudanais. 

C'est dans ce quatrième type d'église que je me suis rendu mardi dernier. On trouvera ci-dessous, pour la réflexion commune, de larges extraits du verbatim de l'entretien avec les pasteurs, sans commentaire. Une source brute à apprécier comme telle, fraîchement livrée depuis Juba!


L'église visitée, située entre Konyo Konyo (quartier à forte composante musulmane) et la cathédrale épiscopale All Saints, a été créée en 1993. Il s'agit de la Brethren Pentecostal Church, basée à Juba.

J'ai eu le privilège de pouvoir interviewer longuement deux de ses pasteurs, William Sebit et Jahim Buli Vincent, qui m'ont tout appris sur cette communauté qui n'a aucune présence internet ni "officielle". Voici un gros extrait du verbatim de l'entretien, traduit en français (la discussion s'est déroulée en anglais). 

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Le pasteur Sebit a été mon principal interlocuteur.
Il ne m'a pas pris de haut, malgré sa stature impressionnante (Juba, 27 novembre 2013)


-Sur l'origine de l'église

"Notre église est née après une séparation (split) au sein de l'église presbytérienne. Il y avait des désaccords de doctrine, un groupe est parti, et s'est réuni dans ce quartier (block). Nous avons mis l'accent sur la restauration des dons du Saint Esprit, pour nous c'est la Parole de Dieu. Nous avons créé par nos seuls moyens tout cela (bâtiments). Nous sommes une église endogène, sud-soudanaise (indigenous church).

C'était pendant la guerre. Notre église a été construite en 1993. C'était des temps très difficiles, notre pasteur principal (senior pastor) a été torturé, il est passé par toutes sortes de choses. Mais en même temps, c'était des temps de soif spirituelle, les gens venaient facilement. Aujourd'hui, c'est étrange, c'est peut-être moins facile. Les gens veulent tous faire du business, et ils n'appellent Dieu que quand ça va très mal."

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Réunion de dames devant l'église (Juba, 27 novembre 2013)


-Sur le développement de l'église et les relations locales (islam)

" Nous n'avons pas beaucoup d'argent, alors nous avons construit notre première église avec de la paille (chaume). Mais cette église a été brûlée (torched). Nous ne sommes pas certains de qui il s'agit, mais nous avons de gros soupçons en direction des musulmans. Nos voisins ici sont musulmans, et il y a une crainte par rapport à notre évangélisation. On se parle normalement dans la journée mais on sent qu'il y a une crainte. Ils ne veulent pas que certains musulmans ici se tournent vers Christ à cause de nous. Les musulmans sont très riches, ils possèdent la plupart des bons lots de terre par ici.

Il faut s'arranger avec eux, ce n'est pas facile, c'est un défi (challenging). Nous avons persévéré et nous avons pu construire en dur. Nous avons une communauté vivante (lively). Nous adorons Dieu, nous formons les frères et soeurs, nous évangélisons, et nous faisons du travail social, par exemple de l'alphabétisation, car beaucoup ne savent pas lire et écrire. Mais l'environnement n'est pas facile. Depuis quelques mois, on nous a obligés à changer notre entrée. Maintenant, l'entrée principale est l'entrée de derrière, c'est gênant.

C'est ici notre base, nous restons là, et nous avons maintenant aussi cinq branches, y compris une à Khartoum. Nous sommes là pour notre peuple, nous n'avons pas de relation instituée (institutionalized relationship) avec des Eglises à l'étranger. Nous sommes une église entièrement sud-soudanaise et nous voulons nous développer avec cette identité". 

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 Publicité pour l'Eglise Pentecostal Brethren, depuis la rue principale

 

-Sur les relations oecuméniques

"Les grandes églises (ECS, Eglise catholique) ont un peu oublié les besoins de la population. Pourquoi ils ne vont pas plus dans les bidonvilles (slums)? Parfois, elles ne sont même pas toujours dirigées par des chrétiens; il y a beaucoup de politique. Devant les caméras, ils disent "unité, unité", mais ensuite, ils nous posent des problèmes. Ils nous appellent les "églises champignon" (mushroom churches), et ils n'aiment pas que nous venions évangéliser et réveiller les gens, ils voudraient bien que nous disparaissions. Les membres du SCS (Soudan Council of Churches) préfèreraient être les seuls représentants chrétiens. Au milieu des années 1990, ils ont même écrit une lettre aux autorités pour leur demander de ne pas nous céder de terrain! Nous avons dû beaucoup prier, les choses ont été très difficiles pour nous.

De temps en temps, comme avec Franklin Graham (Hope for a New Nation Festival 2012), ils font appel à nous car nous amenons du monde et nous sommes dynamiques. Mais à plusieurs reprises, ils nous ont mis de côté. Une fois, il y avait un grand événement (outreach event) avec des Occidentaux (Westerners) et ces églises ont dit qu'ils allaient nous associer et ils ne l'ont pas fait.

Ils nous ont seulement informé la veille, beaucoup trop tard. Résultat, il y a eu 40 personnes présentes, c'était très décevant pour eux. Alors, les Occidentaux ont fait des reproches aux églises du SCS. Repentez-vous! Et ils leur ont demandé de mieux nous informer. La fois d'après, ils l'ont fait et il y avait 800 personnes. Avec ces églises, les contacts de personne à personne sont bons, et il y a beaucoup de bon dans ces églises. Mais quand elles se réunissent entre elles pour parler de nous, ça se gâte, et elles veulent faire leurs affaires avec le gouvernement en nous écartant. C'est pourquoi nous ressentons le besoin de créer quelque chose pour nous, les mushroom churches. Nous  devons nous organiser pour faciliter les choses". 

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Jahim Buli Vincent donne des cours d'alphabétisation gratuits aux fidèles


-Sur l'avenir du pays et des églises

"Nous voyons beaucoup de bonnes choses. Tout le monde était d'accord pour l'indépendance, c'était la seule solution pour que nous puissions nous développer car Khartoum ne voulait pas. Il y a plus d'espoir. La ville a grandi, il y a plus d'activité, et nous avons un peu plus de liberté, nous, en tant qu'église. Il y a aussi des défis. Il n'y a pas assez de travail. Beaucoup sont revenus de Khartoum après l'indépendance et il n'y a pas de qu'il faut pour eux. Aussi, la question de la terre est toujours difficile. C'est très dur d'avoir une autorisation et d'avoir la terre qu'il nous faut. Il y a des riches (welathy people) qui contrôlent beaucoup de terre, et nous, que pouvons nous faire?

Aussi, avec la richesse, certains se détournent de Dieu. Nous avons le cas de plusieurs pasteurs qui ont commencé un business. Ils ont d'abord continué à prêcher, puis plusieurs ont arrêté de prêcher et se sont concentrés sur leur business. Ce n'est pas très bon. Une chose très importante, nous avons besoin de formation. Nous avons une phrase qui dit que notre église fait un kilomètre de long, mais un centimètre de profondeur (one inch deep). Nous devons approfondir. Il y a des pasteurs qui prêchent, ils ne connaissent pas la Bible, il savent quelques formules et ils font leur affaire. ce n'est pas bon! Nous voulons développer la formation car il faut être solide dans la Parole de Dieu (grounded in the Word of God). Nous aurions aussi grand besoin d'une radio FM. On pourrait faire de grandes choses avec cette radio. Et cela servirait à former gratuitement beaucoup".

 

© Merci de ne pas reproduire cette source (rare) sans autorisation

Commentaires

bjr
A la lecture de ces interviews je retire ce que j'ai écrit en commentaire en réponse à Patrick B. Apparemment, la "diversification" religieuse est aussi une manière de cerner plus finement l'"autre" et de définir son espace.
Tant mieux.
gef

Écrit par : gef | 30/11/2013

Fabuleux article! Merci pour ce travail de terrain. N'héistez pas, quand ces Eglises sont francophones, à contacter le Défap et la Cevaa aussi pour l'aide et le soutien à la formation théologique. Bien à vous,

Écrit par : Joan Charras Sancho | 01/12/2013

It was a blessing to have you visiting our Church in South Sudan. You made it very well.

Écrit par : Jahim Buli | 06/01/2014

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