18/01/2010

Tragédie haïtienne: le rôle des Eglises

Haiti.jpgSur France Info, hier matin, un témoignage est passé en boucle: celui d'une rescapée du tremblement de terre d'Haiti du 12 janvier 2010, qui expliquait que c'est après avoir invoqué le nom de Jésus que les secours sont arrivés.

 

Hier soir, c'était au tour de l'équipe de France 2, présente sur place, de souligner l'importance de la foi religieuse chez les Haïtiens rescapés de la tragédie qui les a frappés.


C'est un fait: la religion, principalement le christianisme (catholique et protestant) joue un rôle essentiel dans la structuration de la société haïtienne.

 

Chrétiens haïtiens partagés entre catholicisme et protestantisme

Entre 50 et 70% de la population haïtienne resterait aujourd'hui catholique, contre un quart et un gros tiers qui serait devenue protestante (certaines évaluations avancent jusqu'à 45%), avec des taux de pratique religieuse bien supérieurs à ceux que l'on observe en Europe, particulièrement en France, mais aussi des phénomènes de double appartenance qui rendent les comptages très délicats.

 e530879_0.jpgDès le dimanche 17 janvier, les Haïtiens rescapés qui se rattachent au christianisme ont repris le chemin des églises encore debout, pour adresser à Dieu leur prière, leurs questions, leur cri.

 Le protestantisme, longtemps très minoritaire, aurait aujourd'hui presque rejoint les effectifs du catholicisme. En son sein, une robuste proportion de baptistes, qui constituent la première force protestante du pays.

 

Deux livres à lire

 Pour faire le point sur l'histoire et le rôle des églises en Haïti, deux livres récents au moins sont à lire:

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-Sur le catholicisme haïtien, en perte de vitesse après avoir dominé la scène, voir Philippe Delisle, Le catholicisme en Haïti au XIXe siècle. Le rêve d'une « Bretagne noire » (1860-1915), Paris, Karthala, 2003, 188 p.

 

 

Fontusjpg.jpg-Sur le protestantisme haïtien, qui selon certains serait en passe de devenir majoritaire, voir Fritz Fontus, Les Églises protestantes en Haïti. Communication et inculturation, Préface de Jean-Claude Margot. Paris, L'Harmattan, coll. « Religion et sciences humaines », 2001, 172 p.

-On lira enfin avec grand profit l'intéressante critique faite de ces deux livres par mon collègue Laennec Hurbon dans les Archives de Sciences Sociales des Religions, (2006, n°134).

 

 Qu'ils soient catholiques, protestants ou adeptes du Vaudou (dans la pratique, l'un n'exclut pas toujours l'autre), les Haïtiens s'appuient aujourd'hui sur toutes les ressources disponibles (et elles sont rares): la religion, à l'évidence, apparaît en première ligne, à la fois par son réseau de solidarité, ses lieux de refuge, mais aussi ses valeurs, qui soutiennent le moral d'une population traumatisée par la catastrophe.

 

Eglises françaises solidaires

 Grand pays francophone, Haïti est par ailleurs en lien avec la France et ses églises. Du côté catholique, le portail internet officiel de l'Eglise Catholique de France témoigne d'une mobilisation intense, partagée aussi, côté protestant, par la Fédération Protestante de France.

 

Claude BATY Haïti 2008.jpgUne FPF dont le président, Claude Baty, s'était rendu en Haïti en décembre 2008, pour "manifester la solidarité des protestants français au peuple haïtien, de secouer l'indifférence entourant le sort d'Haïti"...

Gageons que ce souci, préexistant au drame actuel, n'en sera que relancé dans les mois et les années qui viennent.

Commentaires

J'apprécie votre réserve, "serait", sur les statistiques. Je ne prétends pas remettre en cause les travaux faits sur le terrain mais de mes expériences de missionnaire, d'une part, et d'haïtien, d'autre part, je ne me souviens pas d'un poids allant jusqu'à 50% du catholicisme en Haïti. Ce que j'avais constaté c'est un puissant tissu religieux composé des Eglises pentécotistes (la glossolalie offre un parallèle étonnant avec le vaudou, donc ça attire), baptistes, et d'autres Eglises plus ou moins indépendantes, mais imitant les deux principales. L'adventisme et le mormonisme (ou les mormonismes, devrais-je dire pour ne pas froisser un doctorant de J.P Willaime) sont également représentés, mais leur rigidité (nature plutôt scolastique, hyper structurée du culte par exemple) ne permettent pas un recrutement aussi large que les Eglises qui permettent d'adorer sans être dans le formalisme.

Puisqu'on parle religiosité et la manière dont les différentes formes structurent la société haïtienne, je me permets de signaler sur votre blog une note dans laquelle je récuse l'idée qu'Haïti serait sous le coup d'une quelconque colère surnaturelle (Pat Robertson, Hillary Clinton, article du Monde, etc.): http://cartercharles.hautetfort.com/archive/2010/01/17/la-vraie-malediction-d-haiti.html.

Merci pour le lien vers les critiques de Laennec Hurbon. Je vais en prendre connaissance, faute de pouvoir lire dans l'immédiat les livres que vous recommandez.

Écrit par : CCharles | 18/01/2010

Merci à C.Charles pour ces précisions et ce panorama du "tissu religieux" haïtien.


J'ai pris connaissance avant-hier de ces propos de Pat Robertson... J'ai hésité à en parler dans ce blog et puis j'ai renoncé. Le vieux Pat ne sait plus quoi inventer comme horreur pour se faire de la publicité, même négative.... J'ai préféré porter l'accent ailleurs.

Je vous signale que le lien que vous proposez ne fonctionne pas. J'ai pu néanmoins accéder à votre blog en tapant l'adresse principale (terminée par .com).

Votre blog est fort intéressant pour se documenter sur le mormonisme, et je sais désormais où faire un tour pour suivre cette actualité de la recherche.

Écrit par : SF | 18/01/2010

Désolé pour le lien. Peut-être marchera-t-il maintenant, sans le point (.) après html:
http://cartercharles.hautetfort.com/archive/2010/01/17/la-vraie-malediction-d-haiti.html

Écrit par : CCharles | 19/01/2010

Le lien fonctionne à condition d'enlever le "." qui se trouve juste après "html". Le point final de la phrase est intégré au lien à tort.

Écrit par : Patrick B | 19/01/2010

Excellent la critique de Laennec Hurbon. Il pose de manière limpide les problématiques des livres et leurs limites; ce qui permet de se faire une idée dans les prorités de lecture.

Sans faire une "critique de critique", je dirai deux mots sur le vaudou, en particulier sur le fait que cette forme de religiosité ne prenne "pas position contre les dictatures, n'a aucune perspective éducative et, donc, ne saurait vraiment aider l'Haïtien à se développer" et qu'il ne pouvait pas sortir Haïti de l'arriération (Hurbon, 4. Je précise qu'Hurbon paraphrase un autre auteur).

Sur le non posotionnement du vaudou: c'est normal. Car il faut considérer le vaudou comme étant au-dessus des contingences temporelles à la manière occidentale et selon la façon dont nous abordons la notion de temps et d'espace (Sacré/proface, Eliade). Avec le vaudou, religion de peuples à la base animistes (les Haïtiens étant originaires principalement du Bénin), on est dans un espace de repli, de retrait (Eliade) du monde de production et d'asservissement qui était celui des esclaves. La pratique du vaudou, l'invocation de la nature, des dieux africains étaient les seuls moments où les esclaves, en particulier les "marrons" (ceux qui s'étaient enfuis des plantations) pouvaient faire abstraction de la logique industrielle et productiviste qui justifiait son asservissement.
Sur l'impossibilité de sortir de l'arriération: ne pas comprendre ce qu'est le vaudou dans la culture haïtienne conduit nécessairement à des erreurs d'appréciation. Ce propos est très proche de celui qui dit que l'homme africain n'est pas encore rentré dans l'histoire. Car, ce que l'on suppose être une "arriération" est un point de vue du monde occidental. Le vaudou est sur un autre plan, répond à une autre logique.... Oupsss, exercice d'évacuation. J'avais de toute façon presque fini. Une lecture approfondie de la critique de Hurbon permettra de cerner tout ce que je n'ai pas dit, notamment le besoin d'aborder cela sous l'angle de "l'altérité" (p. 4).

Écrit par : CCharles | 19/01/2010

J'ai également entendu de nombreuses interventions radiophoniques (en particulier sur France Culture) dans lesquelles les journalistes stigmatisent les propos des "évangéliques" américains tel Pat Robertson , qui relient les cataclysmes à des punitions divines.
La parole des chrétiens est souvent polluée par ce genres de propos.

Écrit par : zimmer | 24/01/2010

Les évangéliques qui font systématiquement un lien entre catastrophes naturelles et punition divine se basent sur certains textes de l'Ancien Testament où, effectivement, certaines famines, épidémies, etc, sont présentées comme des punitions divines .. mais lorsque rien n'est dit, qu'est-ce qui leur permet de l'affirmer pour Haiti par exemple ??? Sommes nous, Européens ou Américains, moins pécheurs que les Haitiens ? Quel orgueil de le penser !!! Jésus lui-même dit à ses disciples que les Galiléens tués pendant une répression, et que les dix-huits personnes mortes suite à l'écroulement d'une tour à Siloé ne sont pas plus pécheurs que les autres habitants..... qu'eux-mêmes, en fait ( ses disciples ... ) ...
Pat Robertson doit avoir oublié de lire ces passages dans sa Bible .. bon, il dit aussi que l'Amérique ( c'est à dire les USA ) est sous la colère de Dieu ...

Écrit par : Françoise | 03/02/2010

J'ai trés moyennement apprécié le commentaire caricatural de C.CHARLES sur le vaudou comparé au pentecôtisme ...ou l'inverse ;
Ce singulier raccourci n'engage que son auteur dont le savoir théologique sur la glossolalia me parait inversement proportionnel à sa culture sur le vaudou . Puur un ancien missionnaire ,de confession chrétienne je suppose , c'est plutôt inquiétant .
Je suggère juste de ne pas donner d'explication concernant la croissance des églises évangéliques de type charismatique ou pentecotiste , lorsqu'on n'a pas d'argument sérieux à présenter .
Fraternellement ,

Écrit par : YEREMIAN | 24/02/2010

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