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Officialisation du Conseil National des Evangéliques de France (CNEF)

cnef.pngIl y a trois jours (15 juin 2010), le Conseil National des Évangéliques de France (CNEF) a officialisé son existence, après plusieurs années de préparatifs.  C’est un événement majeur de l’actualité chrétienne en France.

Il s’agit désormais de la principale organisation représentative des protestants évangéliques français, segment particulièrement prosélyte et entreprenant du paysage religieux national.

Le CNEF est en effet en passe de fédérer environ les 2/3 des évangéliques de France, ce qu’aucune autre organisation inter-évangélique (AEF, FEF etc.) n’avait réussi à faire avant lui.

 

La presse nationale s’est assez largement fait l’écho de l’événement, tandis que les réseaux protestants ont abondamment repercuté la nouvelle. A juste titre! La création du CNEF est un tournant, qui reconfigure les relations inter-protestantes, mais aussi la manière dont les protestants interviennent dans l’espace public.

 

Position d'attente

 

Quelle analyse porter sur le CNEF? Pour ma part, en tant que chercheur spécialisé sur l’histoire des milieux évangéliques, j’ai choisi une position d’attente. J’ai donc refusé, à plusieurs reprises, de m’exprimer en détail sur le sujet dans les médias, au grand désappointement de mes amis journalistes que je prie de m'excuser!

Pourquoi? Tout simplement parce qu’en tant qu’historien, qui travaille à partir de séquences chronologiques (facteur Temps), il me semble salubre d’avoir un peu de profondeur de champ avant de porter une analyse de fond. Je développerai une analyse détaillée avec un recul de deux ans, pas avant.

 

Du ghetto au réseau.pngQuatre remarques préliminaires


Ceci étant précisé, quatre remarques préliminaires peuvent dès à présent être faites, qui s'inscrivent dans la continuité du parcours historique analysé dans "Du ghetto au réseau", essai de synthèse publié en 2005 aux éditions Labor et Fides sur deux siècles d'évangélisme français.

 


1/  Pas un feu de paille.

Les documents de préparation du CNEF indiquent un degré de structuration inhabituel dans les milieux évangéliques, souvent peu doués pour l’institutionnel. Un processus patient et concerté s’est déployé depuis huit ans, mobilisant des protestants évangéliques français de tous les horizons dans un effort oecuménique inédit.

Si la Fédération Protestante de France (FPF) avait réussi au fil des années à rassembler de nombreux évangéliques, il est clair que le "bassin de drainage" du CNEF est plus ample en matière de protestants évangéliques: tout en intégrant des évangéliques FPF (mais pas tous), il incorpore aussi de très nombreux évangéliques hors FPF, en s'appuyant sur les trois moteurs constitués par les ADD (Assemblées de Dieu, principal réseau pentecôtiste), l'AEF (Alliance Evangélique) et la FEF (Fédération Evangélique). Ce processus centripète en fait désormais la principale structure représentative des protestants évangéliques de France.

Tout porte à croire que le CNEF ne sera pas un feu de paille: il y a bien là un acteur fort en train d’émerger, dont il faudra suivre attentivement les prises de position et les initiatives.

 


images.jpeg2/ Un effet de l’œcuménisme intra-évangélique.

La portée immédiate la plus évidente du CNEF n’est pas son impact extérieur. C’est son impact interne.

Le CNEF est avant tout le fruit d’un effort considérable d’œcuménisme interne, entre évangéliques qui se fréquentaient peu jusqu’à la fin des années 1980: les familles piétiste/orthodoxe (centrée sur la piété biblique) et charismatique/pentecôtiste (centrée sur l’intervention du Saint Esprit) s’étaient longtemps ignorées, voire même excommuniées réciproquement.

Le CNEF signe de manière spectaculaire la réconciliation de ces deux branches, déterminées à travailler ensemble sur la base d’un pluralisme évangélique interne admis dans chaque famille. C’est, en soi, un événement marquant de l’histoire interne du protestantisme français, mais aussi, au-delà, de l'histoire de l'oecuménisme en France.

De ce point de vue, le CNEF ne doit pas être interprété à contresens, comme un facteur de complexification du paysage protestant français. C'est au contraire le résultat d'un processus de simplification et de rassemblement, qui apporte davantage de clarté que de complexité dans la lecture des choses.

 

Conseil06.jpg

Conseil du CNEF officieux (2006)

 


3/ Un ‘lancement’ paradoxal durant l’exercice de la présidence Baty à la FPF.

Depuis plusieurs mois, le CNEF et la Fédération Protestante de France se sont engagés dans une «guéguerre» de chiffres qui illustre une tension relativement vive entre les deux structures. La Fédération Protestante de France a actuellement pour elle une crédibilité, une efficacité, une représentativité sans égales. Du point de vue de sa stratégie institutionnelle fondée sur le rassemblement, il n'est pas très surprenant qu'elle ne soit pas enchantée par l'émergence d'une nouvelle structure faîtière...

 

images.jpegSurtout, la FPF a pour président…. Un évangélique, Claude Baty (ci-contre), qui s’est battu depuis des années pour une meilleure intégration de l’évangélisme au sein de la grande famille protestante. Que le CNEF s’affirme durant son mandat est paradoxal, et ironique. Beaucoup attendaient plutôt, surtout sous ce mandat, un élargissement paisible de la FPF à d’autres évangéliques:

Claude Baty lui-même s'en était fait un objectif, et la remarquable réussite populaire de "Protestants en fête", en 2009, paraissait de ce point de vue, et au regard de cette stratégie, de bon augure. A l’inverse, l'histoire retiendra que c’est sous le mandat Baty, et bien malgré lui, que s’est officialisé l’offre alternative du CNEF. On entend ici et là des voix affirmer que la complémentarité l’emportera sur la concurrence: peut-être, et même probable à terme (?), mais il est bien trop tôt pour le dire: jugeons sur pièces.

 

4/ Un positionnement futur incertain dans le protestantisme?

Beaucoup d’observateurs l’ont noté: le sigle du CNEF ne comporte pas le terme «Protestant». D’où l’interprétation qui consiste à voir, d’un côté le protestantisme, au sein de la FPF, et de l’autre, les évangéliques (ou «les évangélistes») au sein du CNEF.

DownloadedFile.jpegCertes, le CNEF se réfère clairement, dans ses textes, à son identité protestante, ce qui est d'autant plus compréhensible que les églises qu'il rassemble se rattachent indubitablement à cet héritage. La plupart des médias ont par ailleurs parfaitement compris (y compris dans Libération, avec un dossier fouillé signé Catherine Coroller) que les évangéliques du CNEF font bien partie du protestantisme français.

Mais les responsables du CNEF (ou plutôt, la majorité d'entre-eux) ont pris volontairement le risque, en refusant d’endosser le label protestant dans le sigle de l'organisation, de compliquer sa lisibilité future en tant qu’acteur du protestantisme français, dans un pays culturellement peu féru en matière de connaissance des églises issues de la Réforme.

 

Scénario possible: la FPF et la future Eglise Protestante luthéro-réformée unifiée pourraient se trouver paradoxalement renforcés médiatiquement dans leur statut de représentant du «vrai» protestantisme ou du protestantisme tout court, face à un CNEF d'autant plus facilement renvoyé par certains en-dehors du périmètre protestant qu'il n'a pas voulu sigler cette identité (1).

On a eu un aperçu de ce scénario, dès le 15 juin 2010 au soir (jour de l'officialisation du CNEF), lorsque le reportage du soir de la chaîne de radio France Info expliqua que les évangéliques, d'après la journaliste, "ont décidé de quitter le protestantisme traditionnel".

 

Dossier à suivre


Autant de pistes d’analyse à suivre dans les mois qui viennent, avant une première analyse de fond en 2012, une fois que le CNEF aura marqué de sa jeune empreinte, avec beaucoup d'autres, les deux prochaines années de l’histoire du protestantisme français!

 

(1) Dans un Conseil Français du Protestantisme Evangélique, par exemple (CFPE). A noter, sans doute pour suggérer un parallèle avec le CFCM (Conseil Français du Culte Musulman), un Conseil Français du Culte Chrétien, d'émanation évangélique, a été créé il y a 4 ans (voir http://www.conseil-francais-culte-chretien.org/). Mais il s'agit d'une structure confidentielle, qui n'a aucunement l'ampleur du CNEF.

Commentaires

  • Oui en effet, ne nous emballons pas.
    On va jugé le CNEF sur ses actes.

  • L'héritage protestant, l'héritage...

    Moi qui suis d'origine - héritier ? - protestante, je trouve qu'il y a un abus à se considérer héritant, il y a là qqchose qui va contre le mouvement lui même, qui se voudrait exclusivement guidé par la bible.

    Cela va aussi contre l'histoire, il me semble : qui a-t-il de commun entre les protestants d'aujourd'hui et les premiers protestants de la fin du moyen âge, je voudrais bien le savoir. Et si nous citons volontiers Luther et Calvin, nous oublions tout aussi volontiers les miriades de théories étranges anabaptistes ou assimilées, sans parler des soudards protestants mettant à feu et à sang les campagnes françaises. Tout ça c'était pas vraiment des protestants, pensons-nous.

    Et surtout, depuis Luther et Calvin jusqu'à nous, il y a 5 siècles d'évènements du monde protestant dont le protestant moyen (dont moi) ne cornait pratiquement rien. Les baptistes, par exemple, sont un obscur mouvement anglican pour la majorité des gens. Et la ségrégation en afrique du sud une horreur raciste qui ne concerne ni de prés ni de loin le protestantisme.

    Vous qui êtes historien, en attendant la durée fatidique des 2 ans, si cela vous intéresse d'approfondir ce qui des protestants d'aujourd'hui vient ou ne vient pas de l'héritage ?

  • Merci Sébastien pour cet excellent billet. Je souhaite maintenant que les évangéliques soient mieux connus en France. Ils le sont déjà depuis quelques années et vous y êtes pour quelque chose.
    J'espère que le CNEF et la FPF sauront travailler ensemble avec intelligence et dans un bon état d'esprit aussi souvent que possible.
    C'est vrai que "Conseil Français du Protestantisme Evangélique" aurait sans doute été plus judicieux, mais il est trop tard maintenant. Peut-être dans 10 ans ?
    Par ailleurs, je ne connaissais pas le "Conseil Français du Culte Chrétien". Un de ses rôles et objectifs est "La représentation des églises évangéliques de France auprès des autorités". Rien que cela ! Quelle légitimité cet organisme a-t-il pour avoir de telles prétentions ?
    Le CNEF, comme vous le soulignez s'est mis en place selon "Un processus patient et concerté [qui] s’est déployé depuis huit ans, mobilisant des protestants évangéliques français de tous les horizons dans un effort oecuménique inédit". C'est tout à fait différent !

  • Je ne connaissais même pas l'existence de ce "Conseil Français du Culte Chrétien".. d'ailleurs, le nom fait penser à l'organisme censé représenter les musulmans auprès des autorités, et mis en place , en fait, par deux ministres de l'intérieur ( Chevènement qui avait commencé, puis Sarkozy, quand il était ministre de l'intérieur ) : Conseil Français du Culte Musulman" .. étrange similitude, non ????

  • On ne peut s'unir que sur la vérité, pas pour acquérir de la puissance ou être plus entendu. Mais comment se fait-il que des gens s'unissent alors qu'ils n'ont pas la même conception des choses. Certains n'annoncent même pas l'évangile mais sont dans le CNEF. Que les chrétiens arrêtent de faire de la politique et prêchent l'évangile fidèlement au lieu de chercher une représentativité ou la considération de politiques nationaux.

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