Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

10/01/2016

Le papyrus de César: le manuscrit fondateur comme outil de légitimité

bd,didier conrad,jean-yves ferri,astérix,astérix et obélix,le papyrus de césar,césar,la guerre des gaules,autorité,légitimation,pouvoir,coran,bible,frank giroud,le décalogue,qumran,eliette abécassis,stéphane gemine,religion,monothéismeAlors que le débat autour de la radicalité religieuse (et de la déradicalisation) bat son plein, il est amusant de remarquer que le dernier Astérix et Obélix, piloté désormais par la paire Didier Conrad et Jean-Yves Ferri, offre quelques pistes de réflexion bien senties.

Ce 36e opus, intitulé Le papyrus de César, traite en effet, sous l'angle de la comédie politique d'un sujet également familier aux historiens des religions: celui de la constitution d'un manuscrit autorisé, officiel, unique, destiné à défendre UNE vérité, celle du leader charismatique à l'origine du projet. En l'occurrence ici, il s'agit de Jules César et de sa Guerre des Gaules

Pas question que ce manuscrit contienne un récit gênant (celui de la résistance du village d'Astérix)! Tout sera fait pour uniformiser la seule version autorisée, et détruire toute trace de texte perturbateur. 


Car la Guerre des Gaules doit fonder la réussite ultérieure du projet impérial de César!

Autour de cette problématique centrale, servie par un scénario astucieux, un dessin irréprochable et des dialogues qui font mouche, les personnages s'animent, s'enflamment, se mobilisent: car la légitimité de la saga de César, la véracité du Grand récit qui fonde son autorité et son empire, dépendent de la constitution, ou non, d'un manuscrit unique. Un manuscrit voué à UNE vérité officielle, celle de César.

Point n'est besoin d'avoir le savoir druidesque de Panoramix pour se rendre compte que cet enjeu traverse aussi les grands monothéismes, autour de leurs textes fondateurs. Avec ce doute, souvent soulevé: et si LE manuscrit retenu aujourd'hui avait éliminé, en cours de route, des textes différents, perturbateurs, hétérodoxes.... mais porteurs de vérité?

DSC07883.jpg

"Il ne faut pas croire tout ce qu'on écrit"

Conseil d'Obélix (vignette de la dernière page du Papyrus de César) 

 

Dans le cas du Coran, cette réflexion a été notamment traitée par Frank Giroud dans la série BD en 11 volumes, chez Glénat, qu'il a créée. Intitulée Le décalogue, déployée entre 2001 et 2003, elle traite de l'hypothèse suivante: et s'il existait un texte oublié, via un livre dérangeant appelé Nahik, qui transcrirait une révélation particulière du prophète Mahomet, qui remettrait en cause la version autorisée du Coran, et, par là-même, l'islam? 

qumran02couv.jpgDans le cas du christianisme, on retrouve une problématique très similaire dans les trois tomes de la BD Qumran (chez Glénat également), adapté d'un roman d'Eliette Abécassis. Parmi les célèbres Manuscrits de la Mer morte découverts en 1947, des vols ont eu lieu. Ari et Alex enquêtent, au travers d'aventures levantines dessinées par Stéphane Gemine. Parmi les rouleaux dérobés, le "rouleau du messie".... texte perturbateur qui risque de remettre en cause le "canon" chrétien autorisé, et par là même, le christianisme tel qu'il s'est constitué!

On l'aura compris, Le papyrus de César, derrière son apparente légèreté, s'inscrit dans le contexte plus large d'une production de BDs intelligentes et ambitieuses. Plus ou moins réussies, elles rejoignent des thématiques de recherche forte sur les grandes religions et sur les mécanismes de légitimation par le livre.

 

Les commentaires sont fermés.