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20/10/2006

Des évangéliques états-uniens de moins en moins pro-Bush

medium_Kuo.jpgA l’approche des prochaines échéances électorales, l’administration Bush a de quoi se faire du souci. Au désastre irakien, initié en 2003 par une guerre absurde, s’ajoute un désamour de plus en plus net du côté des électeurs religieux (le principal soutien du président), parmi lesquels les bataillons d’évangéliques blancs (1).

(1) Car n'oublions pas que les évangéliques noirs, eux, sont pro-démocrates (ce qu'on omet régulièrement de rappeler de ce côté-ci de l'Atlantique).


Les White Evangelicals restent majoritairement favorables à l’administration Bush, mais dans une proportion décroissante.

En témoigne ce baromètre, publié par le Pew Research Center:

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Dernier avatar en date de ce désamour progressif entre les évangéliques blancs et la présidence Bush, la publication de Tempting Faith, par David Kuo, ancien membtre du staff de la Maison Blanche.

Cet ancien libéral est devenu évangélique suite l’expérience d’avortement mal vécue de sa petite amie. Il a ensuite passé trois ans au bureau Faith-Based and Community Initiatives de la Maison Blanche, en tant que numéro 2. Ce n'est donc pas un lampiste, mais un homme de l'intérieur, ce qui rend ses observations d'autant plus percutantes. Il a eu l'occasion d'd'étudier de très près les relations entre l’équipe Bush et les évangéliques.

Ses conclusions ne me surprennent pas. J’écrivais en 2004, dans Dieu bénisse l’Amérique:

«Lorsque le leader évangélique Chuck Colson déclare que «ce qui va nous sauver ne sont pas les marines, les missiles de croisière, les satellites ou les bombes intelligentes (smart bombs) ; la seule chose qui nous sauvera est une profonde et authentique (genuine) repentance», les néo-conservateurs écarquillent les yeux d’incrédulité… ou sourient avec indulgence devant tant de naïveté : ils campent sur une autre planète. Si le Dieu chrétien conserve une pertinence, c’est avant tout pour tranquilliser et moraliser le peuple, d’où l’utilité de l’alliance avec la droite chrétienne, jonction détonnante dont l’Administration Bush constitue l’exemple à ce jour le plus abouti.»  


Cette utilisation passablement cynique de la droite évangélique par l’équipe Bush est amplement confirmée par Kuo. Ce n’est pas la droite chrétienne qui berne Bush, mais plutôt l’inverse, vieille histoire déjà vérifiée sous les années Reagan.
Kuo livre maintes annecdotes qui montrent que l’entourage de Bush, à commencer par Karl Rove, se moque sans ménagement des évangéliques, qualifiés de «crétins» et de «tarrés».

Kuo parle de cynisme, et d’un «conservatisme compassionnel» non suivi d’effet, à usage essentiellement rhétorique. Il raconte notamment que lorsque le président Bush lui a demandé d'évaluer les dépenses faites par son administration en programmes "compassionnels", Kuo a découvert que l'Administration Bush avait dépensé 20 millions de dollars par an de moins que l'Administration Clinton. Il souligne aussi que le programme Faith Based Initiatives, officiellement non-partisan, a en réalité surtout servi à récompenser les alliés politiques membres de la droite chrétienne afin de mieux s'assurer de leurs votes, tout en se moquant d'eux à couvert.

Des révélations qui ne vont pas aider la cause électorale du Parti Républicain!

Interrogé par le Washington Post, Kuo révèle qu’il est atteint d’une tumeur cancéreuse au cerveau. Il a entre 5 et 10 ans à vivre, et veut faire passer les messages qui lui tiennent le plus à cœur. Il conclut: «il faut avertir les chrétiens au sujet de la politique, ils ne devraient pas s’engager à ce point dans la politique, parce qu’on les utilise, et cela ne résoudra rien. Cela corrompt le nom de Dieu que nous essayons de servir».

 

NB : à noter que ce clash n'est pas le premier à toucher le bureau des Faith Based Initiatives. Après seulement sept mois à son poste, le premier président de ce bureau, John DiIulio Jr avait claqué la porte en 2002, scandalisé par les manoeuvres politiciennes conduites par Karl Rove.  Cf. cet article du Washington Post.

Commentaires

juste au passage, histoire de pinailler sur ce fort intéressant billet, "l'administration Bush" est une mauvaise traduction, vu que "administration" se traduit normalement en français par gouvernement (le président et son cabinet). Tout le monde ou presque fait cette faute, ceci dit, mais ça donne l'impression qu'ils changent toute l'administration à chaque élection, ce qui serait probablement un peu lourd à gérer...

Écrit par : clic | 20/10/2006

Il est très interpellant, par ailleurs, de voir la posture de plus en plus inconfortable que les plus grands alliés chrétiens des néo-conservateurs, et en particulier de la manière dont cela est reflété sur CBN News ou en particulier la partie nouvelles du 700 Club, l'émission TV phare de la chaîne chrétienne CBN et animée par Pat Robertson, un fondamentaliste républicain ancien candidat aux présidentielles en 1988.

La chaîne sentant sans doute le roussi à l'approche des élactions de "moyen terme", les reportages sont -- et c'est assez surprenant -- des relais des propositions et des avantages des démocrates dans beaucoup d'États, ainsi que des difficultés républicaines... Pat Robertson en personne n'est plus aussi dur et unilatéral qu'il l'eût été même il y a quelques mois environ sur les démocrates, et ne fait plus que mone de "regretter" le "clivage" qui existe entre "Rouges" et "Bleus" parmi les Américains... sans manquer de toujours laisser entendre que ce sont les républicains qui sont les plus proches des valeurs chrétiennes.

Il serait intérassant, tout de même, de voir quel type de chrétiens se cachent derrière ces statistiques de soutien moins fort au président, et -- sans me moindre doute -- plus fort et plus "racialement mixte" envers les candidats démocrates.

Très cordialement

Christel

Écrit par : Christel | 25/10/2006

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