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11/06/2007

Après la «tentation de Venise», une «tentation évangélique»...

2b3697494669da96b602c3551623a1a8.jpgOn connaît le titre qu’Alain Juppé, saisi par le blues, a donné à un de ses livres: la tentation de Venise. Il entendait par là évoquer l’invitation au voyage, à l’évasion, que Venise symbolisait pour lui (et pas seulement pour lui), face aux pesanteurs d’une vie politique assommante.

Titre d’un entretien publié récemment par le quotidien Le Monde, la «tentation évangélique», en revanche, invite a priori bien moins au voyage que la cité des doges. Et pourtant: une agence de voyage d’orientation catholique vient de lancer un voyage de découverte des évangéliques américains.


L’agence en question s’appelle Ictus. Dans son catalogue «Université des religions», elle vient de mettre au programme un voyage intitulé: «Etats-Unis, découverte du monde évangélique».

Pour la modique (sic) somme de 2692 Euros, vous pouvez partir en neuf jours à la découverte de quelques places fortes évangéliques aux Etats-Unis, depuis la mega-church de Willow Creek à Chicago jusqu’à une rencontre avec Ralph Reed à Atlanta, en passant par une visite du grand séminaire baptiste de Louisville. Ce programme a été conçu par Matthieu Grimpret, historien et doctorant à l’IEP. Egalement fondateur du site internet catholique Christicity, auteur de Dieu dans l’isoloir, il accompagnera les voyageurs en tant que conférencier. Il s'explique sur cette initiative dans un interview publié online le 1er juin 2007.

Ce nouveau type de voyage culturel sera-t-il un succès? L’avenir le dira.

Toujours est il qu’il marque une évolution. Les protestants évangéliques français, voire américains, ont longtemps été perçus dans notre pays comme an-historiques. Dans une France qui sacralise les racines, et qui connaît très mal le protestantisme, les évangéliques passaient pour trop récents, une sorte d’OVNI. D’où cette opposition inepte que l’on lit encore parfois dans la presse ou ailleurs entre des églises qui seraient «historiques» (c’est-à-dire les luthériens et les réformés) et des églises évangéliques (qui ne le seraient donc pas?).

Je me rappelle des échanges avec la vieille maison d’édition PUF - Que Sais-Je, il y a quelques années: mes interlocuteurs s’étaient montrés intéressés par l’idée d’un «Que-Sais-je» sur les protestants évangéliques, mais s’étaient finalement dit que ce n’était pas opportun pour la raison suivante, dixit: «les évangéliques, c’est intéressant, mais ils ne constituent pas un vrai sujet pour notre collection».

Cette observation m’avait frappé. Par «vrai sujet», mes interlocuteurs entendaient un objet historique bien identifié. Pour eux, les évangéliques passaient plus pour une sorte d’excroissance temporaire, an-historique (bien qu’incarnée aujourd’hui par environ 500 millions d’individus…), qu’une réalité durable de l’histoire chrétienne.


Ce voyage indique une option contraire: à l’image des Grecs de Périclès, du Baroque viennois, des temples bouddhistes du Sri Lanka ou du gothique en Picardie, les évangéliques passent désormais pour avoir une histoire, un héritage culturel, des lieux de mémoire, que l’on se propose, comme dans tout voyage culturel, de découvrir du point de vue touristique.

Il constitue un indice, parmi d’autres, d’une lente évolution des représentations du religieux en France: on intègre de plus en plus l’idée qu’une confession religieuse, quelle qu’elle soit, n’a pas forcément besoin de 1000 ou 2000 ans d’histoire, ni d’une Tradition instituée et normative (Église catholique) pour comporter un héritage culturel digne d’intérêt.

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