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11/11/2008

Débat sur le calendrier commémoratif: de l'air, partons au Chili

CM Capture 1.jpgAlors qu’en ce 11 novembre 2008, le débat franco-français bat son plein au sujet du prochain rapport Kaspi qui pose la question des journées de commémoration, je vous propose de prendre de la distance:

De l'air, partons au Chili !


Et au travers d'un cas particulier récent, regardons comment Michelle Bachelet, actuelle présidente du pays, a géré la diversification culturelle croissante du peuple chilien.


Face à la croissance spectaculaire des protestants évangéliques et pentecôtistes (qui ont doublé leur part en trente ans)…. l'énergique présidente (socialiste) du Chili, par ailleurs première présidente de l'Union des Nations Sud-américaines, a créé le mois dernier un nouveau jour férié, le 31 octobre (jour de la Fête de la Réformation).

ley20299.jpg

Ce jour férié est intitulé Día Nacional de las Iglesias Evangélicas y Protestantes.

Pour plus de détails, je vous invite à consulter l’excellent article proposé sur Faithworld, de l’agence Reuters, que j’ai indiqué en lien sur mon blog en anglais, French Windows.

 

images-1.jpegDeux options républicaines

Ne tirons pas de conclusions trop vite. Quitte à faire une réponse de normand, je dirais qu’une même logique républicaine peut conduire…


-soit à la démarche de Michelle Bachelet, qui consiste à élargir le calendrier commémoratif et férié à la diversité réelle de la population aujourd’hui (déjouant les crispations patrimonielles des conservateurs du statu-quo).

images.jpegCette proposition avait été faite en 2003 par Jean Baubérot (ci-contre) dans le cadre de la commission Stasi.


-soit à resserrer le calendrier national en marginalisant les jours comméroratifs confessionnels ou communautaires (fête de l'Assomption de Marie, etc.), se limitant, à l'échelle du calendrier férié de la France toute entière, aux grandes dates qui fondent la nation (fin des deux grandes guerres, Révolution de 1789).

Ceci qui semble être la voie choisie par le futur rapport Kaspi.


Si ces deux voies sont toutes deux intéressantes, et républicaines, je dirai en revanche que la pire des solutions serait de pérénniser ad vitam aeternam un calendrier commémoratif et férié bancal qui ne correspond plus tout à fait à la diversité actuelle de la société, dans ses composantes culturelles, idéologiques et religieuses.

Les débats sont ouverts.

Commentaires

Merci pour cet article. Il est vrai que le calendrier des fériés français est quelque peu obsolète. Les fériés religieux sont importants, mais font ombrage à la laïcité ! (du moins, à la compréhension que certains en ont).

Les protestants n'ont pas de jour commémoratif pour eux... Et je n'en réclame pas, sinon, d'autres religions revendiqueront aussi les leurs (juifs, musulmans, bouddhistes etc...) Et définir des fériés pour chaque religion relève du casse-tête !

Alors un changement du système nécessiterait un vaste débat, et pas seulement entre politiques ou intellectuels. Ce qui est à craindre, c'est que certains fériés pourraient être purement et simplement supprimés : travailler plus pour gagner... pareil.

Ce qui m'inquiète aussi, et qui est très nocif pour notre société, c'est la banalisation du dimanche, mais c'est un autre débat. Peut-être, M. Fath, l'évoquerez-vous un jour sur ce blog.

Écrit par : Patrick B. | 11/11/2008

Bonjour,

D'un point de vue théorique, cela me semble encore peut-être à la rigueur envisageable. Mais en pratique, je ne crois pas qu'il faille coûte que coûte avoir la peau du calendrier actuel (horreur, serais-je un de ces funestes conservateurs du statu-quo crispé ?).
La question me parait plus ardu en réalité.

- Je crois qu'il faut prendre en compte l'acculturation religieuse profonde des français dans leur majorité. Pour prendre l'exemple de la Toussaint que nous venons de passer il y a peu, combien de français vivent réellement ce jour comme d'origine catholique voire simplement de source religieuse. Même parmi ceux, pas forcement nombreux, à se rendre vraiment dans les cimetières ce jour, tous ne vivent pas leur acte comme religieux. Supprimer des jours fériés pour la raison qu'ils sont d'origine d'une confession et donc inégalitaire serait vécu par les membres de cette confession comme une attaque contre leur foi mais aussi et surtout par tous les autres comme une remise en cause de leur droit à congé, de leur habitude, une attaque de la famille qui pouvait se réunir ce jour là ou que sais-je encore. Il suffit de se rappeler l'affaire du jour de Pentecôte supprimé pour la fameuse journée de solidarité ... Les religieux n'ont guère été les plus virulents défenseurs de ce jour férié.
De plus, il faut prendre en compte le fait que ces jours fériés ne sont pas que le rappelle d'une confession actuelle mais aussi une part de la mémoire culturelle française qui fut faite aussi, ce n'est pas à vous que je l'apprendrais, de religion. Ces jours fériés font partis maintenant de notre patrimoine, de notre mémoire commune. Personne n'est forcé d'honorer la figure catholique de Marie le 15 août. Tout le monde est bien content de profiter de ce jour de repos. Et remettre ce jour en cause serait aussi un peu nier le passé religieux français qui a construit la nation autant que les guerres.

Je veux bien sûr avoir une pensée pour ceux qui, nouveaux arrivant dans la nation, n'auraient pas ce passé commun. Et bien je crois que ces jours fériés sont un rappel que la France a déjà un passé riche, fait de débat, de lutte, de conviction. Ces jours fériés sont une invitation permanente à s'insérer dans la culture française même si fatalement, on va l'enrichir avec son propre apport. Nous ne sommes pas qu'une civilisation en devenir. Nous avons aussi un socle sur lequel nous poser, un socle qui est aussi un outil pour bâtir cet avenir.
Sans passé, l'avenir ce construit mal.

- L'autre option serait d'offrir un ou plusieurs jours fériés à chaque religion d'un peu d'importance ? Je crois que l'on peut parler de boite de pandore à ne pas ouvrir. En fonction de quels critères pourrait-on déterminer qui est assez nombreux pour avoir droit à son jour férié ? Il y aura forcement des frustrés qui crieront à la persécution (ceux qui seront sous la barre). Il y aura les tendances au sein des "grandes confessions" qui se disputeront pour que le jour férié leur corresponde. Et puis qui dira combien est qui. La revue Science Humaines dans son numéro de novembre 2008 (qui recense d'ailleurs votre dernier livre) consacre quelques pages aux statistiques religieuses. La page 25 rappelle toute la difficulté en la matière en France puisqu'il n'y a pas de collecte officielle et centralisée de l'appartenance religieuse. D'une part c'est une sécurité, mais dans le cas présent, c'est un soucis. Combien sont les boudhistes ? Les musulmans ? Les témoins de Jéhovah ?
Et puis nos patrons qui sont à l'agonie à cause des avantages pharaoniques des employés en France. Il faut y penser aussi à nos patrons. Les RH devraient jongler entre les jours fériés de toutes les religions pour gérer les jours de fermetures des usines, les formations, les séminaires de motivation, d'encadrement, ... Déjà qu'il y a le week-end et le jour des mamans, le mercredi ... Mais en dehors de toute plaisanterie, les mariages inter-religieux se multipliant, les enfants issus de ces familles auront-ils le droit au jour férié du père ou de la mère (ou des deux ?) pour voir leur famille ?

Je crois que comme pour la question de la réforme de la loi de 1905, le statu-quo peut avoir de bonnes raisons d'être.

A mon sens, c'est un peu comme si on se disait ; des clochés d'églises catholiques dans tous les villages, c'est un obstacle à la diversité et au respect des différences. Il faut soit raser tous ces clochés, soit construire à côté de chaque cloché ; une mosquée, un temple protestant, une salle du royaume, un temple boudhiste, une synagogue, ... Je sais, je caricature. Mais le propre de la caricature, ce n'est pas d'inventer, c'est de mettre en avant en les exagérant des traits déjà présents et même caractéristiques ce qui fait que ce qui est ainsi croqué sera bien reconnaissable et en même temps prendra un aspect amusant.

C'était juste une bavarde participation au débat.

Respectueusement votre
Eric

Écrit par : Eric | 14/11/2008

Ou alors réviser complètement notre conception sociale du travail.
Ben oui, quoi? Travailler, travailler, c'est... peut-être pas si nécessaire qu'on le prétend! Penchons-nous un peu sur la sociologie du travail, et essayons d'expliquer pourquoi, tout doucement, sans qu'on s'en rende compte, la reconnaissance du travail est devenue la reconnaissance du salariat uniquement? Si on arrêtait la surproduction, on arrêterait le surtravail! Bien sûr, on serait moins compétitifs. Et alors?
Du coup, la question des jours fériés est réglée : jour férié pour qui veut et quand il veut!!!
(votez pour moi)

Écrit par : lionEl | 14/11/2008

A Eric,

"Et puis nos patrons qui sont à l'agonie à cause des avantages pharaoniques des employés en France."
Vous y allez un peu fort ! J'ai vu sur Arte un reportage montrant des employés municipaux de la mairie de Paris devenus SDF tout en travaillant, car leurs maigres salaires ne leur permettent plus de se loger.

Il est vrai que certains patrons étouffent, mais c'est surtout à cause :
- des mises en conformités obligatoires et récurrentes à cause d'une réglementation européenne tatillonne, (qui n'existe pas en Chine ou ailleurs...) Je connais un artisan qui a mis dernièrement la clé sous la porte pour cette raison. Il a du licencier plusieurs personnes.
- des abus des banquiers et autres financiers (surtout actuellement), qui ne veulent plus prêter d'argent aux entreprises, ou alors qui le font, mais au prix fort.

Les classes moyennes sombrent peu à peu dans la pauvreté, y compris les "employés", le stress au travail augmente dans des proportions inquiétantes.
M. Eric, vous ne semblez pas vous émouvoir des paradis fiscaux, des gros spéculateurs, des parachutes dorés qui sont autant de pillages des nations. Et nos gouvernants sont, soit complaisants, soit impuissants.

Si les ressources de la terre sont exploitées sans retenue, au risque de laisser un désert planétaire aux générations futures, est-ce à cause des "employés" ?

En tout cas, ce n'est pas en tapant sur les "employés" que les problèmes seront réglés, ni celui des fériés (commémorations ou autres), ni celui de la misère.

Écrit par : Patrick B. | 15/11/2008

A Patrick B.

Je suis tout à fait désolé que mon propos ait été mal compris. Je voulais faire du second degrès, c'est pourquoi j'ai rajouté un peu plus loin "Mais en dehors de toute plaisanterie". Je me suis sans doute mal exprimé. Je n'ai pas vu ce reportage d'Arte, mais rassurez-vous, je suis bien conscient du malaise social. Toutes mes excuses pour cette méprise.

A tous,

Excusez moi pour les fautes d'orthographes qui émaillent mon propos. Je crois que j'ai rédigé un peu vite ... (ou bi1 je sui de la gnération SMS)

Eric

Écrit par : Eric | 15/11/2008

A Eric,

J'aime mieux cela. Mon souci est que la population ne soit pas divisée. Il ne faut surtout pas dresser les uns contre les autres. Par contre, il faut dénoncer les abus là où ils existent, ce que j'ai fait précédemment.

Par ailleurs, j'ai fait une erreur : le reportage en question n'était pas sur Arte, mais sur TMC, un comble : la télé d'un paradis fiscal !

Alors, sans rancune !

Patrick

Écrit par : Patrick B. | 15/11/2008

Je suis en partie d'accord avec l'argument de la Boîte de Pandore. Il est vrai qu'une mise en concurrence des "minorités" culturelles ou religieuses (chacune son jour ferié) n'est pas un scénario enviable en matière de révision du calendrier commémoratif.
Et puis, la France n'est pas dans la situation du Chili. Les protestants français sont proportionnellement 7 fois moins nombreux que leurs homologues chiliens!

Mon propos n'était pas de dire: "créons un jour férié protestant comme au Chili", mais plutôt de dire: essayons de penser notre société de manière dynamique, et non pas statique, en adaptant les outils dont nous disposons (le calendrier commémoratif et civique) à l'évolution de la société (énorme essor des "sans religion" depuis 40 ans, présence de l'islam, diversification des options religieuses et culturelles, etc.).

La France est malade de son conservatisme (qui touche autant la gauche que la droite), notre société a du mal à se voir telle qu'elle est. Son "image de soi" est très différente de sa réalité actuelle, et ce décalage (observable dans tous les contextes nationaux à des degrés divers) atteint chez-nous des sommets. Les Britanniques, les Suisses, les Hollandais etc. sont, je crois, plus lucides sur ce qu'ils sont, que les Français, qui se croient parfois encore au temps de la Grande Vadrouille.
Je conviens qu'adapter le calendrier n'est pas chose facile. L'idéal serait de le faire, non pas en stimulant une dérive confessionnelle, mais en accentuant son caractère laïque (neutre à l'égard des confessions, rassembleur).

Il faudrait au moins accepter de se poser la question, car à force de ne regarder que dans le rétroviseur (héritage! mémoire!) en oubliant ce qui est devant (changement ! espoir!), on va dans le mur.

Écrit par : SF | 17/11/2008

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