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06/10/2006

Rapport Machelon et débat laïque (suite): regard de Soheib Bencheikh

medium_portraet_islam_soheib.jpgParmi les penseurs musulmans français, Soheib Bencheikh fait partie des plus clairvoyants, des plus courageux. Ancien grand mufti de Marseille, diplômé de l'EPHE, il s’est exprimé dans le dernier Charlie Hebdo (4 octobre 2006) sur les projets d’aménagement de la laïcité concotés par Nicolas Sarkozy.

Il n'est pas tendre pour ce dernier. Extrait: "Monsieur Sarkozy mène un double jeu: quand il met en exergue l'UOIF, il banalise les courants les plus radicaux de l'islam et officialise leur intégration dans le paysage français (...) En même temps, à la manière de Bush, il profite de la peur que cela peut susciter dans les rangs de l'extrême droite, voire de la droite classique, pour en récolter les fruits".

Voici maintenant ce que Soheib Bencheikh pense des projets de révision de la loi de 1905:


"La loi de 1905 (...) permet à la religion de se libérer de la mainmise du politique"


«La loi de 1905, portant séparation des Eglises et de l’Etat, a stabilisé la relation entre le pouvoir religieux et le pouvoir politique. En tant que théologien, je témoigne que ce système de séparation est bénéfique autant pour l’Etat que pour la religion : d’une part, il permet à l’Etat de fonctionner à travers des critères qu’il est possible de critiquer et de faire évoluer parce qu’ils ne sont pas sacrés. Et d’autre part, il permet à la religion de se libérer de la mainmise du politique.


Si je me suis installé en France, c’est en partie pour que mon islam soit à l’abri de toute surenchère politique. Ce qui n’est pas le cas dans les pays musulmans, où, depuis les indépendances, les Etats ont pris en charge, illégalement, les affaires de l’islam, y compris son interprétation théologique. Aujourd’hui, les musulmans se retrouvent pris en tenailles entre des régimes qui veulent perdurer, uniquement en promettant qu’ils sont là pour protéger l’islam, et des partis contestataires qui visent le pouvoir temporel en utilisant le même argument.
Alors quand, aujourd’hui, je vois, en France, certains candidats remettre ce principe de séparation en question, ça me fait peur. Où vais-je encore devoir partir?»

Soheib Bencheikh, Charlie Hebdo, mercredi 4 octobre 2006, page 6.

Commentaires

Merci à Monsieur BENCHEIKH pour sa juste et réaliste analyse de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, c'est ainsi qu'elle devrait être appliquée, non seulement pour sa religion mais pour toutes les religions. Y a t-il beaucoup de Soheib BENCHEIKH en France ? Je n'en suis pas sûre. M.C.

Écrit par : Marie C | 06/10/2006

Pas convaincu par ce type de position abstraite. La force de la commission Machelon est de mettre les mains dans le camboui juridique.

Passer d'un régime d'aides indirectes (hors maquillage) à un régime d'aides directes ne mettra pas fin à la Séparation.

Dans votre note précédente, vous mettez bien en évidence les privilèges encadrés par la législation actuelle...visiblement la loi de 1905 (maintes fois "révisée") n'est pas une oeuvre parfaite

M.Bencheik propose de geler la situation au nom des principes... je suis de moins en moins sensible à la beauté de l'immobilisme républicain qui permet à M.Sarkozy, lorsqu'il s'agite, d'incarner le mouvement.

Écrit par : Joseph Tura | 10/10/2006

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