28/01/2010

Le lynchage d'Hypatie: rouvrir le dossier?

Hypatie.pngComme promis je vous retrouve en ce 28 janvier, jour anniversaire possible, dans l'Eglise catholique, pour fêter Saint Cyrille d'Alexandrie (la fête principale étant pour les catholiques le 28 février).

 

L'objet de cette note (réservé aux fans d'Hypatie :) ?

 

Revenir sur les lieux du crime... en l'occurence le lynchage d'Hypatie, une brillante philosophe alexandrine du IVe siècle ap. J-C, enseignant Platon et Aristote au temps de Théodose II, assassinée par des chrétiens fanatiques.


Rappelons pour commencer que cette sinistre affaire a été évoquée, de manière partiellement romancée, dans un peplum plutôt réussi dans son genre (malgré quelques facilités, et une reconstitution de la vie alexandrine relativement pauvre).

 

critique-avant-premiere-agora-jango-L-1.jpegLe titre de ce film, déjà évoqué brièvement dans ce blog, est AGORA (2009), d'Alejandro Amenábar.

 

Il a été très bien noté dans le Technikart de décembre-janvier 2010 (p.108), ce qui est plutôt une référence.

 

En un mot comme en cent, le personnage principal, interprété par Rachel Weisz, campe une Hypatie convainquante, et le scénario tient la route.

 

Recherches faites (de seconde main! Je ne suis pas helléniste), il s'avère que la trame du film est historiquement solide.

Ce peplum comporte finalement assez peu d'extrapolations, même si on édulcore la fin, et qu'on romance un peu autour de l'apport d'Hypatie à l'astronomie (à ce sujet, on n'est sûr de rien, les écrits d'Hypatie ayant hélas disparu).

Le fanatisme chrétien de l'époque, encouragé par la politisation post-constantinienne du religieux (l'Eglise devenant un soutien du pouvoir) correspond fort bien à ce que les sources antiques nous révèlent.

 

 

Saint Cyrille.pngLa question du rôle de l'évêque "Saint" Cyrille d'Alexandrie

 

Mais un point clé a "chiffonné" l'historien que je suis. Qu'en est-il du rôle exact de l'évêque Cyrille?

 

Se peut-il qu'un tel homme, canonisé par l'Eglise et encensé par Benoît XVI, ait cautionné le lynchage d'une femme philosophe que tous les contemporains semblent avoir trouvée remarquable tant par sa science que par sa pédagogie... et même sa vertu?

C'est la thèse du film.

Mais cette thèse (terrible) est-elle vérifiable? Confirmable?

Ou est-ce une extrapolation hasardeuse, voire malveillante?

 

 

loupe.gifDeux ouvrages de référence

 

Ouvrons l'enquête.

Pour cela, il existe une bibliographie abondante consacrée à la figure d'Hypatie.

Je m'appuierai simplement, ici, sur les deux ouvrages universitaires les plus incontestables sur ce sujet.

 

Ces deux ouvrages sont, d'une part, Maria Dzielska, Hypatia of Alexandria (Harvard University Press, 1995), et d'autre part, Pierre Chuvin, Chronique des derniers païens, La disparition du paganisme dans l'Empire romain, du règne de Constantin à celui de Justinien (Paris, Fayard et Les Belles Lettres, 2009, réed. augmentée)

 

Maria Dzielska: Saint Cyrille, caution indirecte du meurtre d'Hypatie

 

images-2.jpeg

D'après Maria Dzielska, dont l'ouvrage est désormais considéré comme la référence principale en ce qui concerne Hypatie elle-même, Hypatie n'était pas une activiste païenne.

Son cercle d'étudiants comprenait des païens et des chrétiens: elle ne faisait pas de discrimination.

Cyrille, de son côté, apparaît d'après les sources comme un évêque violent, intolérant, qui chasse brutalement les Novatiens, puis les Juifs. Face à Hypatie, en revanche, il est embarassé. La réputation d'Hypatie étant excellente, son prestige non moins grand, que faire pour écarter cette gêneuse?

L'existence des paraballani, que l'on voit dans le film comme une milice chrétienne inquiétante, est bel et bien confirmée par Maria Dzielska, d'après sa lecture des sources primaires: il s'agissait de 500 à 800 fiers à bras chrétiens, milice charitable.... mais aussi chargée de la protection de Cyrille. Ce sont bien ces hommes qui s'en sont pris au gouverneur, Oreste, accusé de tiédeur (là encore, le film est fidèle aux sources).

 

C'est alors que serait intervenue Hypatie, contestant le pouvoir jugé démesuré de l'évêque, et plaidant pour le respect de l'autorité civile. La thèse de l'auteure est la suivante: réalisant l'obstacle représenté par Hypatie, Cyrille aurait créé un climat de plus en plus hostile à la philosophe, laissant les mains libres aux surenchères et, finalement, au lynchage de la malheureuse.

D'après Dzielska, Cyrille n'aurait pas commandité l'assassinat (dans des circonstances particulièrement odieuses). Il aurait simplement créé le climat débouchant sur l'irréparable.

 

 

Pierre Chuvin: Saint Cyrille, complice direct ou tacite du lynchage


images-1.jpegSur nombre de points, Pierre Chuvin, dans sa large (et émouvante) synthèse sur la destruction des derniers païens par la machine de guerre post-constantinienne (ou théodosienne: christianisme, religion d'Etat), rejoint Maria Dzielska.

En revanche, il diffère en partie dans le rôle dévolu à Cyrille, et ses arguments méritent qu'on s'y attarde. D'après lui, les mains de Cyrille ont trempé dans l'assassinat.

 

Pas directement bien-sûr (Cyrille n'a pas poignardé lui-même la malheureuse). En revanche, il souligne en particulier un point négligé par Maria Dzielska, à savoir que le lynchage de la philosophe-mathématicienne par des miliciens chrétiens fanatiques a eu lieu.... dans la propre église patriarchale de l'évêque Cyrille!

 

Difficile, dans ces conditions, d'imaginer que Cyrille n'ait pas cautionné, directement ou indirectement, l'élimination d'un soutien fort d'Oreste, gouverneur détesté de Cyrille.

Du reste, Socrate le scolastique, en 440, ne soulignait-il pas déjà que le lynchage a porté atteinte à l'image de Cyrille et à l'église d'Alexandrie"?

 

A noter que Chuvin comme Dzielska rappellent que des chrétiens n'ont pas cautionné ces pratiques intolérantes.

L'évêque Synesios de Cyrène, ancien étudiant d'Hypatie (un autre personnage du film parfaitement attesté historiquement) fait même preuve, dans sa correspondance, d'une admiration sans borne pour cette femme exceptionnelle (ses Oeuvres, contemporaines d'Hypatie, ont été numérisées dans leur traduction française! Trésor à consulter ici et ).

Le  massacre d'Hypatie n'a donc pas fait l'unanimité à l'époque parmi les chrétiens, suscitant suffisamment de "bruit" archivistique et littéraire pour que 1600 ans plus tard, on n'ait pas fini de débattre du rôle des uns et des autres, à commencer par celui de Saint Cyrille d'Alexandrie.

 

Saint Cyrille d'Alexandrie, "témoin inlassable et ferme de Jésus-Christ"?

 

Pauvre Cyrille, il n'y peut rien si c'est lui, et non pas Synesios, qu'on a canonisé plus tard!

 

images.jpeg

Car c'est bien cet homme, caution du lynchage d'Hypatie, dénonciateur impitoyable des 'hérétiques' et expulseur des juifs d'Alexandrie, que le pape Léon XIII a désigné comme "docteur de l'Eglise" en 1882 (notamment pour sa théologie mariale).

 

C'est bien cet homme, théologien et normalisateur musclé d'une politique d'éradication de la différence, que le pape Benoît XVI a qualifié, le 3 octobre 2007, lors d'une audience générale, de "témoin inlassable et ferme de Jésus-Christ"...

Sans un mot (!) pour l'intolérance brutale, répétée, et j'ose dire, meurtrière, dont ce brillant dignitaire psycho-rigide s'était fait le spécialiste lors de son ministère à poigne à Alexandrie...

 

(à moins que le terme de "ferme" résume, dans l'esprit et le discours de Benoît XVI, les méthodes de Saint Cyrille d'Alexandrie: j'appréciais la fermeté de Super nanny.... en revanche, je ne suis pas sûr d'apprécier cette "fermeté" version B16!).

 

Ceci nous ramène au fameux discours de Ratisbonne (12 septembre 2006), où Benoît XVI s'en était pris de manière fort cavalière à l'islam.

Ou au non moins fameux discours au collège des Bernardins (12 septembre 2008), lors de la dernière visite papale en France.

Dans les deux cas, le rapport foi-culture a été invoqué par un homme lui-même très cultivé, et souvent d'une réelle hauteur de vue.

 

Mais quand on (re)lit l'apologie de Saint Cyrille d'Alexandrie par Benoît XVI, où est le retour critique sur la propre histoire de l'institution, et sa manière de traiter l'incroyance, de traiter les femmes qui enseignent, de traiter l'hérésie?

 

L'histoire d'Hypatie, et l'interprétation cinématographique qui en a été faite, nous rappelle qu'il ne suffit pas d'invoquer les relations entre foi et culture, pour tirer un trait sur la barbarie.

 

 

images.jpegBarbarie au coeur de la culture

 

La barbarie (ou la sainte ignorance) n'a pas nécessairement pour engrais une soi-disant "déconnection" avec "la" culture, pour faire allusion à une hypothèse récente d'Olivier Roy (sur laquelle nous reviendrons).

 

Elle peut se tenir au coeur même de la culture dominante (qui devient, à Alexandrie, la culture chrétienne, fossoyeuse de l'ancienne culture païenne). Hypatie n'a pas été seulement lynchée par quelques illuminés agissant seuls ou 'en réseau', comme il est à la mode de le dire.

Elle a été lynchée car le nouveau paradigme culturel imposé par l'évêque Cyrille ne lui laissait plus aucun espace, plus aucun oxygène: sa mort symbolique a entraîné sa mort réelle.

Lorsqu'une culture dominante, utilisée par une institution ou un pouvoir, sert une vérité pré-établie, le risque est de maintenir sous le boisseau des épisodes comme le lynchage d'Hypatie, ou les 1000 et 1 "faits désagréables" commis sous le manteau des Vérités officielles.

 

 

ST-archives-sm.jpgReste aux historiens le soin de déboulonner les 'vérités' trop confortables, de rapporter les faits, et de redonner un nom, et une trace, aux hérétiques et boucs émissaires laissés pour compte des canonisations de tous bords, qu'elles soient religieuses ou séculières.

 

 

 

(NB: à noter l'énorme succès du film AGORA en Espagne: l'équivalent de plus de 30 millions de dollars de recettes. Le duo à distance Cyrille/Théodose aurait-il rappelé des souvenirs récents aux Espagnols, soumis jusqu'en 1975 à la férule franquiste (soutenue par l'Eglise catholique au détriment des athées, des juifs, des protestants...)?

Sur le sort des protestants espagnols, massivement discriminés jusqu'à la mort de Franco, voir cet ouvrage d'un pasteur protestant, Aimé Bonifas, Quand fleurit  l'amandier, 1976).

Commentaires

Votre lecture du texte de l'audience générale est un peu courte. Benoît XVI en évoquant sa qualité de "témoin du Christ" ne fait pas allusion à son caractère brutal (qu'il a rappelé à demi-mot par l'évocation de la déposition de saint Jean Chrysostome dans laquelle le patriarche d'Alexandrie, à la suite de son oncle prit un part importante) et effectivement peu chrétien. Il parle plutôt de son rôle important en tant que "docteur de la Foi" (qui est, rappelons-le, le premier rôle d'un évêque) et sa fermeté à propos de la divinité du Christ. Ce qui est normal puisqu'il s'est lancé dans une série de conférence sur les Pères de l'Eglise et en particulier sur leur enseignement.

Écrit par : Bashô | 29/01/2010

Cher Basho,

Il y a maldonne.

Mon propos n'est pas ici de faire un commentaire général de l'audience de B16 consacrée à Cyrille. Ni de commenter les compétences théologiques, certainement considérables, de Cyrille.

Ce que je pointe, en revanche, c'est l'approche réductrice de la notion de "témoin du Christ". Toute la tradition théologique chrétienne, quelle que soit son étiquette, souligne, en écho aux Evangiles, qu'être témoin du Christ ne saurait se résumer à une compétence doctrinale. C'est aussi une éthique de l'action, une mise en pratique de "l'agapè".

C'est bien pour cela que l'enseignement de B16 sur Cyrille pose tout de même problème: en le présentant comme un grand "témoin" du Christ, il semble du même coup passer par pertes et profit une part essentielle de ce que le terme implique.

C'est du réductionnisme, pour ne pas dire du révisionnisme, qui oblige l'historien à rappeler que le grand "témoin" en question, dans sa pratique apostolique, a peut-être plus été témoin de Théodose II que du Christ-agapè.

Écrit par : SF | 29/01/2010

Merci beaucoup M. Fath pour cette note de recherche intéressante et bien documentée.

Effectivement, j'ai moi aussi beaucoup de mal lorsque j'entends Cyrille d'Alexandrie qualifié de témoin du Christ. J'ignorais qu'il était instigateur plus ou moins direct de l'assassinat d'Hypatie, mais j'étais déjà très sceptique quant au personnage à cause de la déposition de Jean Chrysostome, que je considère comme l'homme de Dieu le plus exceptionnel de cette époque et que j'admire beaucoup. Il faut se rappeler que l'amour que Jésus-Christ a enseigné n'était pas vraiment la première valeur des autorités d'Eglise de l'époque, Cyrille est loin d'être une exception et en a d'ailleurs lui aussi été la victime... mais cela ne justifie rien.

En conclusion, je citerai le réformateur Sébastien Casteillon, disciple de Calvin devenu son adversaire après l'affaire Servet, qui a tout compris de ce genre d'affaires : "Tuer un homme, ce n’est pas défendre une idée, c’est tuer un homme." Hypatie était une femme exceptionnelle, et si elle avait vécu et avait connu de meilleurs "témoins de Christ" que ceux-là, elle n'aurait pas elle aussi cru en Jésus-Christ. Que cela ait été le cas ou non, il est impossible de nier son apport immense à la culture de son époque, et son assassinat restera toujours une tâche sombre dans l'histoire de l'Eglise, comparable à ce que fut l'affaire Servet dans la religion protestante.

Écrit par : Un étudiant défend sa foi | 29/01/2010

A la décharge de Benoît, on peut supposer que « Histoire du déclin et de la chute de l'Empire Romain », ouvrage de l'historien anglais Gibbon, ne se trouve pas dans la bibliothèque du Vatican. En revanche cet auteur est en général connu des Protestants (peut-être parce qu'il a été traduit par Guizot, un des leurs). Gibbon n'était pas un chrétien ; aussi ses appréciations sur les premiers siècles du christianisme ne sont pas suspectes de partialité favorable, elles sont au contraire souvent caustiques. Il est intéressant de voir ce que quelqu'un d'impartial a pu écrire au 18° siècle sur Cyrille d'Alexandrie, loin de se préocupper du film donc.

« Sans aucune sentence légale, sans aucun ordre de l’empereur, le patriarche, à la tête d’une multitude séditieuse, vint au point du jour attaquer les synagogues... La suite ici http://cricri.lescigales.org/gibbon.pdf

J'en profite pour signaler qu'on peut trouver cet ouvrage sur google books en mode image et en mode texte (d'où j'ai tiré cet extrait). Par contre gallica de la bnf ne le propose qu'en mode image ; autant dire que personne ne le consultera sur leur site. Pourquoi des dizaines de millions d'euros publics sont ainsi engloutis dans un double travail inutile et inutilisable ? Pourquoi aucun historien, aucun spécialiste, n'est-il consulté pour savoir ce qui vaut vraiment la peine d'être numérisé en priorité, et mis sous forme exploitable ?

Écrit par : Gédéon | 29/01/2010

Merci pour cet article intéressant, je n'étais pas du tout au courant de cette histoire .... mais je savais que dès que le christianisme est devenu religion d'état ( au fait, en même temps votre article répond à une question que je me posais et que j'avais évoqué sur votre blog : en parlant d'église "post-constantienne" ou "théodosienne", vous confirmez ce que je pensais : c'est bien Théodose qui a rendu le christianisme obligatoire alors ..) , on a tué des "hérétiques" .... il y a bien eu la mise à mort, à Trèves, d'un certain "Priscillianus" ( je ne suis pas sûre de l'orthographe de son nom ) vers 385 il me semble .....
Les chrétiens ont du mal à admettre les cruautés dont certains des leurs se sont rendus coupables, que ce soit dans les premiers siècles du christianisme ou plus tard .... on voit donc, chez certains catholiques, une tendance à minimiser, par exemple, les crimes de l'inquisition ( je suis même tombée sur un site qui la défend carrément, je ne sais plus l'adresse ... ) et, chez certains protestants, à cause des persécutions subies par les protestants français à certaines époques, on a du mal à admettre que certains protestants aussi ont été très intolérants , et que dans certains pays d'Europe ils ont persécuté, entre autre .. les catholiques ....( sans parler des guerres de religion en France, où les deux "camps" ont commis des massacres ...)
ce qui fait peur dans l'histoire que vous relatez, c'est de savoir que, déjà si tôt dans l'histoire de l'église, il y avait une espèce de "milice chrétienne" chargée, en quelque sorte, de faire régner l'ordre ......brrrrr....
Quant à Benoît XVI, il n'y a pas qu'avec les musulmans qu'il est "maladroit" ... avec les juifs aussi, j'ai trouvé son discours à Auschwitz assez ambigu, pour lui , en gros, si je caricature, la Shoah n'est l'oeuvre que d'une minorité d'Allemands, les autres ont en quelque sorte été manipulés ... c'est faire bien peu de cas de l'antisémitisme qui était très présent, non seulement en Allemagne, mais dans tous les pays d'Europe, entre les deux guerres ...et qui a aussi permis la "solution finale" ....
et parlons des protestants ... est -ce vraiment "adroit" de dire et de confirmer que les protestants ne sont pas des églises ???? Benoit XVI l'avait déjà écrit dans Dominus Iesus, en 2000, alors qu'il était préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi ( je ne suis pas sûre du nom ...), et ce texte avait été approuvé par Jean Paul II, pape pourtant considéré comme "oecuménique" .... et Benoît XVI a remis ça en contresignant un document, écrit en 2007, par l'actuel "préfet de....", un certain Mgr Levada ...dans lequel il dit la même chose, de façon encore plus clair que dans Dominus Iesus .... ça commence à devenir un peu insistant .... lol
Je me demande si certains catholiques ne considèrent pas leur pape comme un boulet pour leur Eglise .....

Écrit par : Françoise | 03/02/2010

Et oui le Christianisme comme tous les monothéismes fut en situation de domination un totalitarisme qui engendra la violence et l'intolérance dans la mesure ou il se refère à une vérité unique et absolue.
Michel Servet brulé par Calvin à Genève en est une bonne illustration....
L'activité missionnaire Chrétienne auprés des "peuplades primitives" en offre bien des exemples de la décimation tolérée des Amérindiens par des Chrétiens catholiques au XVIe à celle des Indiens par chrétiens Protestants au XIXem ou des Polynésiens...
Le Christianisme comme l'Islam recèle l'intolérance , quant au Judaïsme lorsqu'il est fut en situation de domination il ne fut rien moins qu'oppresif...
Le polythéisme en rêgle générale etait tolérant et admetait la pluarité des Cultes tnat qu'ils ne perturbait pas l'ordre Civile....

Écrit par : le calvez | 10/08/2010

Benoît XVI, lorsqu’il préférait parler de « communautés ecclésiales » plutôt que d’Eglises pour désigner les communautés protestantes s’appuyait en fait sur Luther. Sébastien Fath peut confirmer, non ? Dans son livre consacré à l’œcuménisme, Les principes de la théologie catholique, il écrit : « Luther voyait exprimé dans le mot Eglise cela même qu’il voulait écarter – l’Eglise catholique de la tradition. C’est pourquoi il n’a jamais utilisé le mot Eglise dans un sens positif pour exprimer ce que nous appelons Eglise, mais il emploie à sa place le mot "Gemeinde", communauté. » (p. 325) Etablir une distinction entre Eglises et communautés ecclésiales me paraît légitime dans la mesure où la compréhension protestante de l’Eglise est très différente de celle des catholiques et des orthodoxes. Reconnaître ce qui nous sépare n’est pas faire preuve d’intolérance.

De plus, les allemands n’étaient pas tous nazis. Si le NSDAP avait dû compter sur ses seuls partisans, il ne serait jamais parvenu au pouvoir, la nomination d’Hitler comme chancelier tenant d’avange de tractations politiques. En bref, il y a une marge entre la convergence des idées politiques, permettant finalement aux nazis de s’imposer, et l’adhésion à l’intégralité de leur programme. Ainsi : l’antisémitisme, largement répandu à l’époque, n’impliquait pas fatalement la « solution finale ».

Écrit par : Blaise | 23/08/2010

Cher le Calvez

En matière d’intolérance, le paganisme ne s’est pas trop mal débrouillé lui aussi. Et puisque vous parlez des Juifs, vous oubliez les massacres commis par les Romains lors de la Seconde Guerre juive, la destruction du Temple, le changement de nom de Jérusalem et du pays, la dispersion du peuple. Vous oubliez également l’antijudaïsme qui avait cours jusque dans les milieux les plus cultivés. De même, la soi-disant tolérance romaine est contredite par la persécution féroce (mais heureusement intermittente) des chrétiens, et parfois des Juifs, parce qu’ils refusaient de rendre un culte à l’empereur.

De même, lorsque je vois ce qu’ont dû subir les populations livrées à la férule des troupes de Gengis Khan, je reste incrédule quant à leur supposée tolérance. Des villes entières avec tous leurs habitants ont été rayées de la carte, juste parce que le souverain ou les notables se sont opposés à leur volonté de domination. Tolérants, les païens ?

Et la persécution menée par l’Empereur du Japon à l’encontre des chrétiens, est-ce tolérant ?

Le monothéisme n’a vraiment pas la primeur des persécutions : les hindous nationalistes s’y entendent pour mener de véritables pogroms contre les chrétiens ; et dans plusieurs pays, les communistes n’ont pas renoncé à leur politique antichrétienne, d’autant moins qu’ils ont conservé le pouvoir. Quant aux Nazis, se sont-ils montrés tolérants envers les Juifs, les Tsiganes, les handicapés ? ont-ils respecté leurs opposants politiques, les nations vaincues, particulièrement les nations slaves ?

Je pourrai remonter dans le temps, rappeler la Révolution Française et la terreur, la persécution antichrétienne, l’extermination des opposants politiques et jusqu’à la Vendée militaire, collectivement ( ?) coupable de s’être opposée aux Jacobins. Je pourrai énumérer les différentes manifestations xénophobes dont se sont rendues coupables des populations païennes depuis les temps plus reculés jusqu’à aujourd’hui.

Mais probablement, votre affirmation selon laquelle l’intolérance serait spécifiquement « monothéiste » vient d’une compréhension restrictive du terme, utilisée d’une certaine façon et pas d’une autre. Vous avez un parti pris. Telle manifestation de haine, tel crime, sera intolérant dans un cas, et pas dans un autre.

L’explication fournie par Sébastien Fath me semble plus satisfaisante : une culture devenant progressivement dominante tend à marginaliser voire à étouffer l’ancienne culture. Avec un bémol : l’attitude de Cyrille d’Alexandrie et d’autres chrétiens de son époque peut aussi s’expliquer par la peur. Peur que les païens ne retrouvent leur position d’antan et que les persécutions ne reprennent. D’où la tentation (coupable évidemment) de faire en sorte que la christianisation de l’empire soit sans retour possible. Au fond, la peur des parisiens à l’égard des protestants comme force militaire et politique explique largement le massacre de la Saint-Barthélémy. Quant à Théodose, était-il aussi intolérant que St Cyrille d’Alexandrie ? Peut-être pas, en tout cas ce n’est pas l’avis de son biographe Pierre Maraval. Théodose n’a fait interdire les cultes païens que localement, en certains lieux. Il y a eu, semble-t-il, une utilisation post-mortem de cet Empereur, qui ne correspondait pas à sa pensée propre.

Écrit par : Blaise | 23/08/2010

Bonjour à tous

Pour moi, "les religions" sont la création de l'homme qui pourrais etre une bonne chose si on savait les utiliser dans le bon sens.

Mais hélas l'homme est l'homme.

Ce battre, faire du mal, l'intolérance et d'autres horreurs que nous pouvons faire au mon d'un dieu, d'une religion est fausse.

Nous nous servons de cela pour justifier notre nature dévastatrice et non nous remettre en cause, c'est beaucoup plus simple.

De me pas retenir les erreurs du passé (toujours au mon des DIEUX et RELIGIONS) fais que nous aurons toujours les mains tachées de SANG.

Et vous pouvez prendre toute l'histoire du monde pour constater (que pour moi) l'intolérance, la cruauté et d'autres encore vient en grande partie des religions mais surtout de l'homme qui a du mal à lire les saintes écritures de toutes religions.

Je suis pour qu'on replace l'histoire dans l'histoire meme si pour cela il faut salir avec les éclaboussures du passé ce qui est justice.

Écrit par : ingrid | 14/12/2010

Bravo pour cet article.
Je me permet de recommander le sublime "Pour en finir avec Dieu" de Richard Dawkins.
Je m'inquiète du renouveau de l'obscurantisme.
Serais-je pessimiste ou clairvoyant?

Écrit par : Frank Lovisolo | 16/12/2010

Malheureusement je pense que vous avez raison Frank Lovisolo, même si on peut encore dire qu'on est athée j'ai le sentiment que c'est de moins en moins le cas. D'ailleurs on peut le constater facilement quand on voit qu'en France il y a de plus en plus de dérive vis-à-vis des religions.

Si je ne trompe pas, l'un des domaines de prédilection de "Saint" Cyril était la façon dont les femmes doivent s'habiller... Un thème qui semble-t-il arrive de plus en plus en France. Par exemple je travaille dans une université, et le règlement intérieur est clair sur le port du voile par les étudiantes : il est autorisé. Je pense que dans quelques temps on nous dira que le porter à l'école n'est pas si grave. J'ai pris un exemple avec le voile que portent certaines musulmanes, mais je pense qu'il y a d'autres exemple moins médiatiques pour les autres religions.
Autre chose à propos du renouveau de l'obscurantisme c'est le développement religieux avec les sectes qui se développent dès que la situation est mauvaise, et en ce moment les perspectives ne sont pas bonnes. En fait j'ai l'impression que l'on ne peut être éclairé que quand tout va bien, or c'est quand tout va mal qu'on a besoin de lumière.

Écrit par : Raphaël | 10/01/2011

Bien qu'étant catholique je me positionne d'abord comme quelqu'un ayant foi en la parole du christ.
Si il n'y avait qu'à reprocher à Cyril son silence complice(complicité?) face à l'assassinat et au démembrement d' Hypatie on pourrait imaginer une horrible erreur de jugement. Mais ce n'était pas son coup d'essai et son mandat fut celui de la terreur pour les non chrétiens d'Alexandrie. Je pense que l'Eglise n'a jamais été aussi nécessaire qu'actuellement car il faut défendre la foi, mais Benoit XVI
en encensant Cyril à tuer Hypatie une seconde foi. Après avoir connu le si miséricordieux Jean Paul II j'ai beaucoup de mal avec la morgue de cette papauté. Mes excuses à ceux que j'aurai pu choquer.
Cordialement
Marc

Écrit par : Marc | 13/06/2011

Sans aucun doute,en béatifiant Cyril, Benoît XVI a fait (!) exécuter Hypatie une seconde fois...mais Amenabar l'a fait revivre!
Pour moi, l'essentiel du christianisme est l'amour du prochain!
Tout ce qui a été écrit concernant Hypatie contribue à la réflexion concernant l'intolérance des eglises à l'égard des femmes.

Écrit par : hingray-gehay | 24/07/2011

je viens seulement de voir Agora et je vous remercie pour votre travail sans complaisance, car rester dans le doute quant à la vérité historique du film me mettait mal à l'aise...

Cela dit, je trouve que la part la plus intéressante du film est sa part la plus imaginée : le travail de mise en question du cercle et de découverte de l'ellipse. Qu'il ait été fait par Hypatie ou par un autre ne change rien... Non seulement j'imagine que de nombreux spectateur on enrichi leur compréhension de l'univers, mais le processus lui-même témoigne fort bien de la démarche scientifique et montre que là aussi c'est du dépassement du dogme que vient la lumière.

Écrit par : marceletienne | 26/09/2011

Revenons au sens véritable du message de Jésus. Il n'est pas mort pour défendre les différents dogmes de l'Eglise Catholique !!!
Son message n'était autre que l'amour du prochain. Un amour qui implique la reconnaissance de la liberté de chaque être comme unique dans la création.
Une conviction philosophique en somme.
Une telle idée étaient inacceptables pour les autorités réligieuses et politiques qui craignaient pour leur pouvoir.
Mais même devant leurs menaces Jésus n'a pas nié ses idées. Il a proclamé ses convictions jusqu'à la mort.
Comme Hypatie.

Écrit par : Melanie | 13/11/2011

Hypatie est une inspiration pour nous tous. Sa tragédie est un exemple parmi des milliers de la cruauté des hommes au nom de la "religion" tout au long de l'histoire. L'obscurantisme conduit aux pires exactions contre les hommes et femmes, y compris au XX1ème siècle. Hypatie était une femme libre, une femme de sciences, un exemple.....
Je conseille également la lecture de "Pour en finir avec Dieu" de Richard Hawkins ainsi tous les travaux de Christopher Hitchens, décedé en décembre, sans oublier l'excellent "L'esprit de l'Athéisme" d'André Comte-Sponville.

Écrit par : claire courant | 04/02/2012

Votre post m'a donné envie d'emprunter le film "Agora", que j'ai regardé avec intérêt. Ceci étant, soyons de bon compte : non seulement ce film est un navet, mais en plus il est caricatural et outrancier.
Cette question des circonstances de la mort d'Hypatie devrait être revue en détail à la lueur des sources chrétiennes et non chrétiennes. Sans doute, ces événements rapportés par les témoignages recoupés nous amèneraient-ils à nuancer, ou du moins à mettre en perspective pas mal de choses.

Écrit par : Louis (Belgique) | 19/02/2012

Bonjour,

Je découvre avec intérêt cet épisode de la vie de Cyrille et les commentaires qui l'accompagnent. Cela me donne envie d'approfondir.

Je réagis cependant au commentaire d'Hingray_gehay "...contribue à la réflexion concernant l'intolérance des églises à l'égard des femmes".

Je pense qu'il y a beaucoup de nuances à apporter et que les églises n'ont pas toujours été à l'arrière garde de ces combats... Au XII siècle en France, l'Eglise était au premier rang pour défendre l'égalité des femmes dans le consentement mutuel du mariage (qui a été obtenu). Une abbesse avait rang de seigneur féodal... Même si l'organisation de la société sur ce point laissait parfois à désirer, c'est quand même sous Napoléon où la femme avait un quasi statut de mineur que les textes étaient les moins égalitaires. La droit de vote accordé bien tardivement ne parle pas tellement en faveur des régimes qui se sont succédés entre temps.

Bref, vaste sujet...

Écrit par : ben | 15/04/2012

Ce film nous rappelle utilement, malgré ses grosses ficelles, que l'institution de l'Eglise n'est pas une garantie. La seule garantie, c'est la foi, et ce sens de notre finitude, qui devrait nous interdire de juger et condamner. Dieu seul!

Écrit par : Paul | 17/04/2012

Je n'ai pas vu le film dont j'ai entendu parler, mais à noter ce roman jeunesse(1991) édité par l'Ecole des loisirs, collection medium(pour de bons lecteurs) : "Hypatia" d'Arnulf Zitelmann.

Vu que peu de documents fiables nous sont parvenus pour étayer les hypothèses des historiens quant au rôle précis qu’elle pouvait jouer dans les domaines du savoir, ce roman tient plus de l'"hommage" à une "femme d'exception" : il décrit en effet Hypatia(ou Hypathie)de manière idéalisée, "sans peur et sans reproche", "visionnaire" et malheureuse victime de "puissances obscurantistes". Or, le livre nous apprend plutôt qu’elle croyait aux théories héliocentriques, et qu’elle lisait les « signes » colportés par les vents et les vols d’oiseaux....

Ne cherchons donc pas là sa contribution aux théories philosophiques et scientifiques de son temps. Le but du roman, destiné à de grands ados(et à de jeunes adultes, peut-être)est ailleurs : divertir par des scènes d'action, de suspens, avec un rythme rapide, en nous faisant découvrir des coutumes de cette époque et une femme dont l'auteur juge qu'elle mérite notre respect et notre souvenir. Rien de plus, mais c'est déjà un début. Et cela nous incite à réfléchir sur la façon dont a évolué l'Eglise au cours des siècles : cette évolution s'est-elle faite en conformité avec l'Esprit du Christ ou témoigne-t-elle qu'elle n'a pas su résister aux tentations décrites en Matt.4 et Luc 4 ?

Écrit par : Nic | 17/04/2012

C'est grâce au film Agora que j'ai connu l'existence d'Hypatie, cette femme extraordinaire que son père a élevé comme un garçon, pour son bien puis son malheur.Elle détonnait trop au milieu de la misogynie ambiante.
J'ai apprécié votre analyse et les commentaires qui la suivaient.
Votre blog me paraît fort intéressant.
Les pancartes des évangélistes américains m'ont amusée. Il vaut mieux en rire de peur d'en pleurer.

Écrit par : Francine Bourcier | 07/05/2012

Hypatie

Bonjour, merci de votre contribution à l'histoire de cette fameuse Hypatie d'Alexandrie.
Je connaissais l'existence de cette savante de l'Antiquité tardive grâce à l'astrophysicien américain, Carl Sagan qui en parle dans son livre célèbre "Cosmos" il y a de cela déjà une trentaine d'année.

J'ai eu le plaisir et le regret de voir le film Agora, lorsqu'il est sorti dans une salle de cinéma VIDE; mon épouse et moi étions les deux seuls spectateurs, dans la région de Rouen.
C'est d'autant plus dommage qu'on y voit dans ce film, deux démonstrations scientifiques, le principe de l'inertie (Galilée) et la première loi de Kepler sur les orbites elliptiques, pour une fois qu'un film parle de science!... L'aspect instructif de ce film suffit bien à mériter des éloges.
Bien sûr, rien ne prouve que cette savante femme, en cette époque eu l'idée de telles expériences; pourtant il semble bien que bon nombre d'érudits des époques antérieures n'étaient pas tous abonnés à l'option géocentrique du monde, Aristarque par exemple, et jusqu'à Diodore de Sicile qui dans son ouvrage, "De la naissance des dieux et des hommes" écrit à propos de l'Egypte: " … , comme on n'avait pas encore reconnu le mouvement de la terre autour du soleil, …"; en 60 AvantEC!!!

Concernant l'histoire politique et religieuse de l'époque, faut-il rappeler qu'il s'agit d'un empire, romain, finissant, peuplé d'une armée d'esclaves qu'il n'est plus possible de contenir par des légions romaines alors dispersées. La lutte des classes sévit ici depuis Spartacus, et si la force ne suffit plus, il faut la ruse et la démagogie pour contenir la colère populaire. La religion est toujours la religion de la classe dominante; le christianisme va jouer ce rôle; libérer les esclaves en Jésus Christ, puis une fois la vie éternelle promise les renvoyer ensuite à leurs chaines de travail et de servitude; changer les esprits mais ne pas changer les faits, cela s'appelle: "Que tout change pour que rien ne change".
Voilà donc la situation politique de cette période.
Tout ce qui s'oppose donc au dogme, à la doxa catholique, celle-ci devenant dominante après le concile de Nicée est alors considéré comme hérétique.
Une telle situation implique l'exclusion de toutes les variantes d'opinions, ariens, nestoriens et autres et avec eux toutes les croyances "païennes" ( paysannes et populaires) de l'ancienne tradition orale (Hésiode), y compris aussi les philosophes, les savants et les érudits qui renient depuis longtemps l'existence des dieux et voyaient un univers éternel et purement matériel. Pour ce qui est d'Hypatie, les témoignages, tout comme le film nous la présente comme une femme de la classe instruite, qui refuse toute soumission à un dogme, préférant la conciliation et la tolérance à l'ignorance, au fanatisme et à l'ambition déréglée et qui justement ne peut être que suspecte aux yeux du pourvoir politico religieux et qu'il faudra fatalement écarter un triste jour, d'une manière ou d'une autre (tout pouvoir tyrannique ne manquant jamais de soudards sous traitants des basses besognes).
Je vous recommande de vous renseigner aussi sur l'histoire de Catherine d'Alexandrie dont l'existence contestée ressemble fort à Hypatie, ainsi qu'un livre bien intéressant en "poche" de Christian Jacq: "Pour l'amour de Philaé", ou l'on voit, romancée, l'opposition irréductible entre l'ancienne "religion" de type initiatique d'un coté à travers le culte d'Isis et de l'autre la religion monothéiste; la caractéristique de celle-ci étant celle d'un dogme écrit conduisant à l'intolérance, alors que les anciennes religions dites païennes ne comportait aucune doxa particulière.
Pour finir et pour concilier sur toute cette époque vous pouvez écouter l'opéra de Jules Massenet Thaïs...

Cordiales salutations

GP

Écrit par : PITROU | 06/09/2013

L’Église devenait toujours plus un grand corps de professants d’où la vie se retirait et était remplacée par des formes religieuses. De nombreuses superstitions s’y introduisaient aussi. Elle était ainsi semblable à la grande maison remplie de vases à déshonneur de 2 Timothée 2:20, et au grand arbre qui étend au loin ses rameaux et a une belle apparence, mais qui abrite une foule de mauvaises choses de Matthieu 13:31-32.

À l’époque à laquelle nous sommes parvenus, c’est-à-dire à la dernière moitié du quatrième siècle et au commencement du cinquième, les empereurs d’Orient et d’Occident professaient le christianisme. Avaient-ils vraiment la vie de Dieu provenant de la foi du cœur, et sans laquelle on n’est chrétien que de nom ? Dieu seul le sait. Les actes de persécution et de cruauté par lesquels plusieurs se signalèrent, permettent d’en douter pour ceux-ci. D’un autre côté, et surtout en Orient, ils donnaient le spectacle d’une mollesse de mœurs et d’un luxe qui ne s’accordaient guère avec le renoncement à soi-même et au monde, qui caractérise le vrai chrétien.

Ils prétendaient être les chefs de l’Église qu’ils protégeaient, et ainsi se mêlaient de décider dans les discussions théologiques qui se multipliaient sans fin. Tantôt l’un soutenait la foi orthodoxe du concile de Nicée et persécutait les Ariens ; bientôt après un autre empereur, gagné à la doctrine d’Arius, sévissait contre les orthodoxes.

Si nous considérons d’autre part le clergé, et particulièrement ceux de ses membres qui occupaient les hautes charges d’évêques dans les grandes villes, leur importance, leur autorité et surtout leur ambition, allaient en croissant. Ils devenaient toujours plus les dominateurs des troupeaux, contrairement à l’enseignement de l’apôtre Pierre (1 Pierre 5:1-4), et tendaient à faire prévaloir leur autorité même sur celle des rois. En même temps, suivant ce que rapportent des écrivains païens et chrétiens, beaucoup des membres du clergé se distinguaient par une vie qui n’était en rien conforme aux enseignements de la parole de Dieu, recherchant les richesses, le luxe et les jouissances de la chair. Si ceux qui étaient à la tête donnaient de tels exemples, que devaient être les simples chrétiens ?

Il est vrai que les empereurs cherchèrent à faire disparaître entièrement de l’empire les restes de l’idolâtrie. Mais quels moyens employèrent-ils ? La violence et la persécution, détruisant les temples et obligeant de force des populations entières à recevoir le baptême. Les évêques même, en certains endroits, encourageaient ou laissaient faire ceux qui maltraitaient et même tuaient les païens qui refusaient de se convertir ou plutôt d’être baptisés.

C’est ainsi qu’à Alexandrie, une jeune fille aimable et savante, nommée Hypathie, qui enseignait dans l’école de cette ville, fut saisie et entraînée par la populace chrétienne dans une église, et massacrée de la manière la plus barbare. L’évêque (Cyrille d’Alexandrie, NDLR) laissa s’accomplir ce meurtre sans intervenir, comme il l’aurait dû.

Le Nouveau Testament nous enseigne qu’il n’y eut jamais et qu’il ne pourra y avoir qu’une seule Église de Dieu. Quels que soient les noms donnés par les hommes à différentes sectes ou partis, il ne peut exister qu’une seule et unique Église qui est le corps de Christ et la maison du Dieu vivant (Colossiens 1:18 ; Éphésiens 1:22 ; 4:4 ; 1 Timothée 3:15).

Cette seule vraie Église est, était et sera toujours composée de ceux — et ceux-là seulement — qui, ayant cru en Jésus, et ayant reçu le pardon des péchés et la vie éternelle, sont ainsi devenus des pierres vivantes dans la structure du seul temple, et des membres vivants du seul Christ, unis à Lui par l’Esprit Saint envoyé du ciel (1 Pierre 2:3-7 ; 1 Corinthiens 12:12-13 ; Éphésiens 1:13 ; 2:20-22).

Si donc nous désirons retracer l’histoire de cette Église à travers la confusion, la ruine et les égarements des siècles passés, nous ne devons pas suivre seulement le fil historique de cette chose extérieure qui s’appelle l’Église.

En fait, l’histoire de la vraie et vivante Église n’a pas été et ne peut pas être écrite dans son ensemble. De même qu’on ne saurait écrire l’histoire de ceux qui en Israël n’avaient pas fléchi les genoux devant Baal, ainsi nous ne pourrions suivre tout le cours de ce fleuve d’eau vive — la grâce agissant dans les croyants, membres de la vraie Église — qui a coulé dans les lieux cachés, ignoré des hommes.

Adrien LADRIERRE – L’ÉGLISE : UNE ESQUISSE DE SON HISTOIRE PENDANT VINGT SIÈCLES

Extraits de : 3. L’Église au Moyen Âge — Croissance de la chrétienté > 3.2 Ambroise, Évêque de Milan (374 à 397)

Écrit par : Eric Lisbonne | 07/09/2013

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