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27/01/2010

Super Nanny, requiem pour une héroïne interculturelle du quotidien

super_nanny_i.jpgJe veux bien que la télé-réalité soit un emblême de notre temps, un divertissement apprécié par beaucoup, et un phénomène sociologique à étudier.

 

Il reste qu'on peut défendre, du point de vue éthique, qu''on flirte là avec la  "télé-poubelle", réceptacle des pires dérives d'une consumérisation galopante de l'humain.


Il faut cependant toujours nuancer. Il faut cependant toujours pointer l'exception.

Nous y voilà. L'émission Super Nanny diffusée sur la chaîne M6, depuis 2005, échappait en large partie à la "trashisation télévisuelle" ambiante.

 

 

 

images.jpegVenir en aide à des parents dépassés


Nous avions là, grâce à l'emblématique Cathy Sarraï (1962-2010), ou Kalthoum, attachante Tunisienne adoptée par la France, une émission voyeuriste, certes, mais suffisamment authentique et utile pour compenser, par ses apports, le malaise provoqué par l'intrusion télévisuelle dans les familles.



L'idée phare: venir en aide à des parents français incapables d'assurer leur rôle d'autorité, afin de sauver ce qui peut l'être d'une cellule familiale gouvernée par le "chacun pour soi" et l'anomie rampante.

 

 

Héroïne interculturelle


Cathy savait y faire, Cathy avait du bon sens et des repères, Cathy était très appréciée des familles, au-delà des caméras...

Cathy s'en est allée. Tellement prématurément. La France est triste et moi aussi. Nous avions là une véritable héroïne interculturelle.

Pourquoi interculturelle?


Interculturelle d'abord, entre France et Tunisie, Europe et Maghreb.

Emigrée en France en 1979 (après un mariage forcé), Cathy avait beaucoup appris de son parcours français, qui lui a ouvert de grands horizons de formation et de liberté, mais sans renier ses racines, son sens du lien familial, de l'autorité et de la chaleur humaine.

 

41F1LDDqMIL._SL500_AA240_.jpgInterculturelle aussi, entre les générations.

A ma gauche, les multiples dérivés décomposés de la part d'ombre de la culture soixante-huitarde, ascendant permissif, consumériste et démissionnaire.

Des parents dépassés, des familles fracassées, en sursis instable, qui nourrissent une très vaste veine éditoriale d'ouvrages destinés à réparer "les pots cassés".

 

 

41f6kfnD0jL._SL500_AA240_.jpgA ma droite, des enfants bouffés par les innombrables stimulis individualistes et consuméristes ambiants, "petits rois tristes" sans repères et sans limites, en besoin de cadres structurants et d'un temps relationnel de qualité, gratuit et nourrissant.

 

 

Cathy/Kalthoum  s'était imposée, tout doucement, comme la "super nanny" de millions de Français. Une médiatrice culturelle perçue comme authentique, une bonne fée au secours des pathologies familiales utramodernes.  Elle s'en est allée le 20 janvier 2010, à 47 ans seulement.



Du journal Le Monde au magazine Closer (qui lui consacre un dossier spécial cette semaine), en passant par la buraliste de ma gare de train, et le site internet du journal 20Minutes (qui n'a jamais connu autant de lecteurs que pour l'article consacré à la mort de SuperNanny), la France la pleure.



Au-revoir, Maa's Salama Cathy, et merci.

Commentaires

Que la télé-réalité soit le réceptacle des "pires dérives" ou de la meilleure morale (je suppose ? ), quelle différence ?

Je reste très réservé devant cette approche : le spectacle est dit meilleur lorsqu'il y a sincérité, lorsque on voit une réalité, lorsque on a l'impression que c'est vrai, ou que ça pourrait être vrai, ou que ce qu'on peut voir est authentique.

Que ce soit la pire dérive ou la meilleure morale, le procédé est exactement le même : donner à un désir l'aspect du vrai déclenche le fantasme, et la personne fait le spectacle pour ainsi dire toute seule. Que ce soit de la morale ou du sexe, c'est la même chose.

(je ne suis pas loin de penser que c'est pire dans le cas de la morale).

Dans le cas de la télé-réalité, le fantasme est, en général, se voir soit même à la télé, il me semble.

Après, si le spectacle que la personne se fait toute seule la fait rêver., lui donne une raison de vivre... ce n'est pas si mal, je l'admets, mais c'est la confusion que l'on fait entre fantasme et réalité qui est l'objet des "pires dérives", non pas la morale ou le sexe.

Or, plus il y a confusion, plus la télé est susceptible de capter son auditoire, car forcément il retrouve son rêve beaucoup plus facilement par la télé, et il en devient incapable par la réalité.

Dieu, je crois, a voulu que les hommes meurent parce que sinon ils se croient Dieu. Une façon de les rappeler à la réalité ?... En l'occurrence, c'est dommage pour l'artiste. Peut être, comme Abraham avait proposé autre chose à Dieu que la destruction de Sodome, les chrétiens pourraient-ils négocier ?

Cordialement.

Écrit par : Istas | 27/01/2010

Je n'ai rien à redire sur le constat (pertes de repères, de l'autorité, société permissive, etc.). Par contre, l'attitude de Cathy qui consistait à infantiliser les parents m'insupportait.

En dépit du soutien qu'elle apportait aux parents dépassés, je garde de son show l'image du héros qui existe grâce aux maleurs des autres; pire qui rabaisse les parents. Je ne supportais pas sa manière d'infantiliser les adultes. Le dernier programme en sa mémoire, montrant une famille dont ni le père ni la mère n'étaient en mesure d'imposer le respect est révélateur de cette infantilisation.

Écrit par : CCharles | 28/01/2010

Je suis d'accord avec vous CCharles, moi aussi j'ai été souvent gênée par ce côté "infantilisation des parents", et surtout du fait qu'elle le faisait .. devant les parents des enfants dont elle s'occupait .... après avoir, par exemple, expliqué à un couple qu'il ne fallait jamais que le père et la mère ne montrent leurs désaccords devant les enfants, mais qu'ils discutent entre eux sur certains principes éducatifs, sur la sanction à donner, une permission à donner ou à refuser, quand elle faisait des reproches ou donnait des conseils aux parents pour élever leurs enfants, elle le faisait .. toute la famille étant réunie .. donc les enfants voyaient les désaccords entre leurs parents et "super Nanny" ...ou quand les parents faisaient"mal" quelque chose, par exemple lorsqu'ils ne regardaient pas leur enfant dans les yeux en lui interdisant par exemple quelque chose, elle leur disait, devant l'enfant, "non", puis "je vais vous montrer comment faire", elle le faisait elle-même, puis le parent devait le refaire à son tour .. est-ce que ça ne peut pas plutôt saper l'autorité des parents ?
et je trouve que beaucoup de choses fonctionnaient à la menace : si tu fais ( ou ne fais pas ) ça, tu seras puni de telle manière ....
Si certaines familles s'en tirent mieux après son passage (mais qu'est-ce que cela a donné dans la durée ??? ), je suis contente pour eux .. et je trouve que certains ont été courageux de permettre que ces aspects de leurs vies passent à la télé, car on ne les voit effectivement pas sous leur meilleur jour ....
et, évidemment, je regrette, en premier lieu pour super Nanny, qu'elle soit morte si jeune ...

Écrit par : Françoise | 03/02/2010

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