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25/09/2006

Rapport Machelon sur la laïcité: le pompier pyromane

«La République, c’est l’abolition des privilèges, pas la distribution clientéliste de ceux-ci»

Sébastien Fath, CNRS, Groupe Sociétés Religions Laïcités (GSRL)



medium_images.14.jpg Tout le monde est d’accord pour dire que la laïcité française est un bien fragile. Depuis les émeutes urbaines de  novembre 2005, on a le sentiment que le feu couve. Pour réfléchir à des solutions, le rapport présidé par Jean-Pierre Machelon (ci-contre), réalisé à l’aide de bons spécialistes, était une idée judicieuse. Hélas, le pompier attendu s’est transformé en pyromane. Au lieu d’éteindre la braise, ce rapport pourrait bien carboniser notre tradition laïque. Voici pourquoi.


J’ai lu attentivement ce rapport dans sa version PDF (téléchargeable sur des sites comme celui de la Documentation Française). Il s’intitule rapport de la «Commission de réflexion juridique sur les relations des cultes avec les pouvoirs publics», et a été rendu public le 20 septembre 2006. Son idée de départ est juste.

On décrit une inégalité réelle: les religions qui se sont développées après 1905 ne bénéficient pas des mêmes avantages que celles qui ont été établies avant, en particulier en terme de lieux de cultes. En effet, les lieux de culte déjà là avant 1905 sont, de fait, entretenus par les communes, qui en sont devenues les propriétaires, aux frais des citoyens. Le financement est donc assuré par la collectivité, tandis que l'usage du lieu reste, dans la grande majorité des cas, le privilège des Eglises anciennement propriétaires.
Quant aux lieux de culte après 1905, il sont aux frais des religions nouvelles, à commencer par l’islam, mais aussi le protestantisme évangélique. Cette inégalité est effectivement injustifiée, et Nicolas Sarkozy et Jean-Pierre Machelon ont raison de le souligner.

Ce rapport est, de ce point de vue, très utile, car il ouvre le débat et permet de clarifier les choses. Le panorama historique et sociologique proposé dans ce rapport, qui a visiblement bénéficié d’experts compétents, renforce le sentiment qu’il y a une inégalité de traitement à corriger aujourd’hui, en particulier en faveur des musulmans, mais aussi des protestants évangéliques: «la diversification du paysage religieux pose en termes renouvelés la question de l’égalité du traitement entre les cultes » (page 10 du rapport).

Mais à partir de là, il y a deux manières de résoudre le problème pour «réaffirmer la laïcité» (page 8).

La première manière, choisie par le rapport Machelon (avec visiblement l’appui partiel ou total de Nicolas Sarkozy) est d’étendre les avantages accordés aux «pré-1905» (Eglise catholique, Eglises réformées et luthériennes, judaïsme) aux religions «post-1905» (islam, évangéliques récents, bouddhisme). En clair, il s’agit, par souci d’équité, d’aider les religions récemment installées à financer des lieux de culte, de la même manière que les communes financent déjà des milliers d’églises catholiques pré-1905. À première vue, comment s’opposer à ce «rattrapage», au nom de l’égalité républicaine ?

Les propositions de mesures d’aide à l’achat de terrain, de baux emphytéotiques (page 24), paraissent particulièrement bienvenues, tout comme le souci d’accroître « la transparence et la sécurité juridique » des montages (page 15) ou de généraliser les garanties d’emprun à tout le territoire (page 24).

Il faut cependant y regarder de plus près. En concentrant la lecture sur les chapitres 1, 2 et 5 (les chapitres 3 et 4, sur la protection sociale des ministres du culte et la législation funéraire sont moins centraux pour notre propos), on s’aperçoit que trois problèmes graves se posent.

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I. Une fausse bonne idée: étendre les avantages accordés aux «pré-1905» aux religions «post-1905»

(SCENARIO 1)

 

medium_images-6.2.jpgI. A. Un Concordat light pour l’ensemble de l’hexagone?

Le premier problème est que le rapport va jusqu’à proposer ni plus ni moins un financement direct des lieux de culte par les communes. Le prétexte est que cela se fait déjà, de manière presque illégale. «Régularisons en légalisant et en répandant ces pratiques», nous propose en substance le rapport. On voudrait nous vendre en contrebande un Concordat light à l’échelle de l’hexagone qu’on ne s’y prendrait pas autrement!

Ce financement par les communes rappelle en effet le XIXe siècle concordataire, où le politique reconnaissait au religieux une utilité sociale, en échange d’un financement (qui allait jusqu’au paiement des salaires de prêtres et pasteurs, système maintenu aujourd’hui en Alsace-Moselle). S’inspirer de ce système à l’échelle de l’hexagone est une atteinte directe, et massive, à la tradition laïque française, qui sépare clairement le religieux du politique (second seuil de laïcisation décrit par Jean Baubérot). Le rapport va jusqu’à suggérer que les communes qui refuseraient une subvention pour un lieu de culte (mosquée ou temple) pourraient être poursuivies ! Les préfets pourraient en effet poursuivre les communes récalcitrantes «de manière systématique» devant la justice administrative (page 29 du rapport). Clou du rapport Machelon, on n’hésite pas à mettre directement en doute «la portée constitutionnelle de l’article 2 de la loi de 1905, qui dispose que ‘la République ne reconnaît, ne salarie et ne subventionne aucun culte» (pages 18-19 du rapport).

Remettre ouvertement en cause ce fondement (certes déjà écorné dans les faits), c’est ouvrir la boîte de Pandore à une surenchère de marchandages, de demandes de construction, financées par l’argent public au mépris de l’esprit de 1905. Comme la commission estime qu’il n’est « pas opportun de fixer dans la loi un pourcentage maximal pour les aides directes à la construction de lieux de culte », toutes les surenchères sont possibles! (page 26) Ce sera la foire d’empoigne, et l’occasion rêvée pour certains de nos partenaires (Etats-Unis par exemple) de compter les points au cas (prévisible) où certains groupes religieux ou réputés religieux se considèrent victimes de discriminations à la subvention.

C’est aussi se leurrer gravement si l’on s’imagine qu’un financement public mettra fin comme par enchantement aux financements étrangers (Arabie Saoudite etc.). À moins de basculer dans un régime dictatorial, la République et les communes qui la constituent n’ont pas les moyens de conditionner leurs subventions à la rupture des liens de réseau avec l’étranger, que ce soit dans le cas de l'islam, du protestantisme évangélique ou du bouddhisme.

 

medium_images-7.jpgI. B. Clientélisme communal

Le second problème (lié au premier) est que ce financement par le haut va accentuer une pathologie franco-française, qui régule le religieux «par le haut», par le politique. Dans une logique républicaine de séparation, ce sont aux membres des communautés religieuses de se prendre en main, d’assurer le financement de leurs lieux de culte. Et c’est très sain. Dans ce but, la République peut encourager les dons aux associations cultuelles, ce qu’elle fait déjà, et généreusement (déductions fiscales). Elle n’a pas le droit, en revanche, de pratiquer «un usage systématique (et illégal) du droit de préemption par certains maires pour empêcher la création de lieux de culte», et le rapport Machelon (page 11) a raison d’être très ferme sur le sujet.

Mais de là à financer "par le haut" par un gros chèque de subvention de la commune, il y a plus qu’une marge. Car un tel subventionnement fausse la donne et a toute chance d’instaurer une relation équivoque entre le groupe religieux débiteur, et la commune qui finance. La taille du lieu de culte, dès lors, reflètera moins la vitalité religieuse de la communauté de base, que son aptitude à faire jouer le clientélisme électoral local. Sur quel critère ajuster le volume de la subvention? Sur le nombre des fidèles bien-sûr. C’est là que les dirigeants communautaires entrent en jeu. Un exemple: dans une commune de 10.000 habitants, des chefs communautaires habiles peuvent fort bien négocier une grosse subvention pour une mosquée en affichant des chiffres ronflants de musulmans théoriques, même si la réalité de la pratique religieuse musulmane locale (et la générosité des fidèles) ne le justifie pas forcément. Dans ce processus, les statistiques religieuses, déjà un peu malmenées, en prendront un coup supplémentaire. Parce que dans la majorité des cas, il valorise plus l’affiliation traditionnelle et communautaire que la conversion individuelle, l’islam est sans doute plus fragile sur ce plan que le protestantisme évangélique. La tendance est actuellement à maintenir l’équivalence maghrébin=musulman (un peu comme si on maintenait l’équivalence breton=catholique…). Michèle Tribalat (INED) a pourtant pointé en 2003 le danger d’une telle démarche, qui essentialise les identités, et fait mine d’ignorer que tous les maghrébins qui ont choisi la France ne se définissent pas forcément comme musulmans (ils peuvent être agnostiques, athées, chrétiens,…). Dans le cas où la subvention communale devient la règle pour la construction de lieux de culte, la tentation sera grande, pour les demandeurs, de faire valoir des troupes nombreuses, au risque d’essentialiser les identités (par exemple, maghrébin=musulman), et de déformer la réalité de la pratique religieuse réelle, à des fins de grosse subvention. Cette dérive n’est pas loin d’une tentation communautariste.

Par ailleurs, en l’absence de données religieuses par recensement, qui aidera les communes à vérifier l’exactitude des chiffres avancés?

 

medium_images-8.jpgI. C. Ruine des finances locales

Le troisième problème est très terre-à-terre. Les charges financières des communes ne cessent d’augmenter. Beaucoup de communes peinent à planifier la construction d’équipements collectifs comme des médiathèques, faute de fonds. On sait par ailleurs que les déficits publics se sont creusés à des niveaux alarmants. Dans le même temps, le champ religieux s’est extraordinairement diversifié, et il n’est pas rare de voir, dans une ville moyenne, une cinquantaine de cultes et religions différents, qui ont tous des ambitions immobilières.

Dans l’hypothèse, privilégiée par le rapport Machelon, où les communes seraient enjointes, par décision bonapartiste, d’aider financièrement la construction de lieux de culte, c’est la ruine annoncée! Ou des discordes interminables (pourquoi on donne tant à Paul et pas autant à Pierre, etc…), sur fond de délabrement de l’esprit public. Les médiathèques en prendront un coup supplémentaire, les communes étant contraintes, avec l’argent de leurs administrés (croyants ou non) de financer des lieux de culte coûteux dont rien ne dit qu’ils proposeront des services publics à la commune, même si le rapport Machelon préconise à cet égard «la création d’une forme particulière de reconnaissance d’utilité publique pour les activités religieuses» (page 50 du rapport)…

On le voit, élargir encore la sphère des privilèges financiers directs accordés aux religions n’apparaît pas une bonne solution. Elle va, qui plus est, à l’encontre de la tradition française de la laïcité. Si l’on veut diluer et supprimer cette spécificité française, pour aligner sur d’autres pays européens, pourquoi pas. Mais il n’y a pas de fatalité. Si l’on pense que l’esprit français et républicain de 1905, qui vise à une séparation nette, une non-reconnaissance et une indépendance réciproque religions-Etat vaut la peine d’être défendu et amélioré, il y a d’autres solutions possibles que celles que préconise sur ce plan le rapport Machelon pour relancer la dynamique laïque et estomper les discriminations.

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II. Une solution républicaine : mettre fin aux privilèges matériels des religions pré-1905

(SCENARIO 2)

Je reviens maintenant à la question de départ, posée de manière juste par le rapport Machelon. Il reste vrai que les religions qui se sont développées après 1905 ne bénéficient pas des mêmes avantages que ce dont jouissent les religions établies avant, en particulier en terme d’entretien des lieux de cultes et de patrimoine foncier.

Cette inégalité doit être corrigée, sous peine d’un système à deux vitesses qui nourrit les rancoeurs. Si étendre les avantages «pré-1905 » aux religions « post-1905 » n’est pas républicain, ni juste, ni raisonnable, l’autre option s’impose d’elle-même.

Il faut enlever aux religions « pré-1905 » les privilèges qu’elles cumulent au détriment des religions plus récentes. Par excès de prudence, le rapport Machelon s’est refusé à explorer cette piste, préférant inscrire «ses réflexions dans le cadre institutionnel existant» (page 12). Voici pourtant trois pistes qu’il serait facile d’explorer:

 

II. A. Suppression des dispositions financières concordataires en vigueur en Alsace-Moselle

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Le maintien du concordat en Alsace-Moselle (avec, notamment, financement des prêtres catholiques, des pasteurs réformés et luthériens et des rabbins par l’argent du contribuable) ne se justifie pas en terme d’équité. Il lèse objectivement les autres religions (islam, protestantisme évangélique, bouddhisme etc.). Replâtrer le système en intégrant l’islam, comme le rapport le propose (page 74), en créant notamment «un cours d’enseignement religieux musulman au sein des établissements d’enseignement secondaire et des établissements techniques» (page 75 du rapport) n’est qu’un pis-aller qui ne règle pas, sur le fond, le fait qu’il y aura toujours des cultes privilégiés, et d’autres pas (quid des bouddhistes, des protestants évangéliques, des hindous et sikhs, etc ?).

Il faut cependant tenir compte de la sensibilité régionale, et des ancrages profonds du droit concordataire. Il serait donc maladroit, en tout cas dans l’immédiat, de résilier tous les articles du Concordat d’Alsace-Moselle. Mais il serait juste et républicain de mettre fin sans plus tarder au financement par l’argent public des prêtres, pasteurs et rabbins d’Alsace-Moselle. Ces privilèges sont absolument contraires à l’esprit de la République laïque française telle qu’elle s’est consolidée depuis le socle de 1905.

Y mettre fin rééquilibrerait la donne, et éviterait aux religions plus récentes de se sentir victimes de discriminations, d’un «deux poids, deux mesures». Le Grand Orient de France réclame depuis longtemps cette révision/suppression du Concordat d’Alsace-Moselle, et à juste titre. La Fédération Protestante de France, ou du moins son président, Jean-Arnold de Clermont, l’a souhaité aussi pendant un temps, avant que le lobby alsacien ne pousse de hauts cris… et oblige le président de Clermont à une retraite en rase campagne.

Il est grand temps de remettre à plat ce système, à la fois archaïque, profondément injuste et discriminatoire. La République, c’est l’abolition des privilèges, pas la distribution clientéliste de ceux-ci!

medium_images-4.3.jpgII. B. Fin modulée du financement par les communes des lieux de culte pré-1905

Une autre solution de bon sens pour équilibrer les choses serait de mettre fin au financement par les communes de l’entretien des lieux de culte pré-1905. Une mesure complémentaire serait que les communes redonnent ces lieux de culte (dont elles sont en droit propriétaires) aux Églises, à charge qu’elles en assument le financement intégral. Ceci placerait concrètement les cultes en situation d’égalité républicaine. Naturellement, cette proposition peut entraîner une levée de boucliers. Comment! La commune ne financera plus le vieux clocher!

Il faudrait tenir compte du caractère sensible de cette réforme, en échelonnant son application, et en ménageant des exceptions (bâtiments classés monuments historiques comme les cathédrales, les abbatiales). Mais la mise en œuvre modulée de cette réforme constituerait un puissant levier d’égalité. Si les Églises (qui récupèreront la propriété et la charge de financement) ne peuvent plus entretenir leurs lieux de culte, elles peuvent toujours les vendre à d’autres cultes, ou à des particuliers (cela peut faire des appartements très chics), des entreprises, ou à l’Etat (pour en faire des offices du tourisme, des salles de concert etc)…

Il suffit de circuler en Ecosse ou en Angleterre pour voir ce que cela peut induire dans le paysage urbain. En-dehors de quelques cas un peu malheureux, le recyclage des bâtiments cultuels que les Églises ne peuvent plus entretenir, cela marche très bien! Et on évite cette situation hypocrite actuelle, où devant la laïcité, certains cultes sont plus égaux que d’autres: tandis que la mosquée ne reçoit rien pour mettre son toit aux normes, l’église catholique du coin, pourtant peu ou pas fréquentée, reçoit 300.000 Euros d’argent public de la commune pour la réfection du clocher….

Par ailleurs, ce système aurait pour grand avantage de dynamiser les ressources propres des associations cultuelles, dont le fonctionnement gagnerait à être assoupli (là-dessus, le rapport Machelon est souvent très pertinent, voir pages 44 à 51). Davantage responsabilisées, ces associations peuvent ainsi mieux contribuer au dynamisme de la société civile, laquelle a grand besoin d’être encouragée dans notre pays usé par une culture qui reste trop centralisatrice et trop pyramidale.

Enfin, cette mesure d’égalité libérerait des ressources pour les communes, qu’elles pourraient réaffecter à l’intérêt général et laïque: cela peut vouloir dire financer des lieux d’échange et d’information sur les religions et les courants de pensée (comme le Centre Intercantonal d’information sur les croyances, dans le canton de Genève), ou baisser la fiscalité, ce qui soulage le porte-monnaie de tous, que ce soient ceux qui ne croient pas ou ceux qui croient (ces derniers peuvent alors plus facilement auto-financer leur communauté).

 

II. C. Ouverture du calendrier national des fêtes chômées à la diversité religieuse actuelle

medium_images-5.2.jpgOn n’a pas attendu Pierre Bourdieu pour savoir que les processus de domination et de discrimination ne jouent pas seulement sur l’argent, le matériel, mais aussi l’immatériel, le symbolique. Le calendrier national constitue de ce point de vue un exemple saisissant de domination implicite d’une religion, en l’occurrence le christianisme, discriminant de facto les autres (judaïsme, islam etc.). Sur onze jours fériés en France, cinq se rapportent à l’histoire nationale et républicaine, et six au christianisme et au christianisme seul. Le christianisme en question est surtout catholique, comme l’atteste le jour férié du 15 août (assomption de la vierge). La réalité de la population française aujourd’hui a pourtant beaucoup changé. Même si une majorité (déclinante) de Français se reconnaît toujours catholique, la pratique religieuse hebdomadaire des catholiques est en-dessous de 10%. Comment dans ces conditions justifier que les seuls jours fériés religieux du calendrier national soient à connotation chrétienne et catholique?

Il est grand temps de remettre à l’honneur les excellentes propositions faites de longue date par le sociologue de la laïcité Jean Baubérot, qui milite pour une réforme du calendrier qui tienne compte de la diversité religieuse française contemporaine. Jean Baubérot propose depuis longtemps deux formules: soit supprimer deux jours fériés catholiques, pour les remplacer par une fête juive et une fête musulmane (Yom Kippour et l'Aïd). Soit proposer à chaque citoyen un crédit de six jours fériés, à choisir sur une liste de fêtes religieuses empruntant à toutes les traditions religieuses présentes dans le pays.

Ce type de réforme apporterait une formidable bouffée d’oxygène aux religions qui s’estiment aujourd’hui victimes de discriminations symboliques de la part des religions anciennement installées.

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CONCLUSION

Ne nous leurrons pas. Ce rapport (dont je n’ai pas épuisé ici toute la richesse) a été initié avant tout par Nicolas Sarkozy, dans le souci affiché d’une «laïcité vivante» (N.Sarkozy, La Croix, 20 septembre 2006). Suivant le scénario qui sera privilégié demain par l’intéressé (candidat à la présidence de la République), on saura pour de bon si l’on a affaire à un vrai républicain, et si le cours donné aux politiques publiques renforcera, ou non, la tradition laïque française.

Au vu des conséquences induites par le rapport Machelon,

-Choisir le premier scénario risque de revenir, malgré de bonnes intentions, à privilégier les logiques bonapartistes et clientélistes sur l’égalité républicaine et laïque. Ce serait satisfaire le statu-quo des privilèges octroyés en 1905 aux vieilles religions, à commencer par l’Église catholique. Avec un marché de dupe qui stipule implicitement: «les principaux avantages pour les Églises déjà installées –jouissance gratuite du lieu de culte-, les principaux inconvénients pour les communes –paiement de toutes les réparations et frais d’entretien-» . Ce serait satisfaire aussi aux leaders communautaires des nouvelles religions, qui piaffent d’impatience pour avancer leurs demandes de subventions.

-Choisir le second scénario, au contraire, se rapproche du courage républicain et laïque dont nombre de candidats à l’élection présidentielle, y compris Nicolas Sarkozy, cherchent à se prévaloir. Le prix à payer est de mécontenter temporairement les anciennes religions privilégiées (à commencer par l’establishment catholique traditionnel très satisfait du soutien de l’argent public pour l’intégralité de son patrimoine pré-1905) ou en l’attente de l’être (nouvelles religions en quête de subventions directes), mais au nom d’une cause dont tout le pays peut profiter, à savoir une remise en route de la dynamique laïque et égalitaire si brillamment stimulée lors du seuil de 1905. Ce second choix, que certains éléments secondaires de la commission Machelon peuvent aussi appuyer, ne serait pas anti-religieux pour autant. En effet, il renverrait toutes les religions (pré- et post-1905) à leur vitalité réelle propre, dans une égalité plus juste, séparée du politique. Il ouvrirait aussi des marges d’initiative aux communes pour réaffecter leurs nouvelles ressources en faveur du dialogue laïque, tout en levant l’équivoque posée par les perfusions d’argent public.

L’avenir de ce rapport Machelon constitue donc un «test» majeur qui mérite en effet le large débat souhaité par Nicolas Sarkozy.

Commentaires

D'accord sur de nombreux points. Si l'on considère les dérives sur le long terme (perspective qui hélas ne semble pas au goût du jour), et si l'on tente une approche comparative (forcément à nuancer) avec d'autres pays (je pense ici au Danemark et à la Norvège) qui pratiquent un système de subventions publiques, il semble possible que le risque encouru soit d'accentuer les différences communautaires: une société où finalement, le "vivre-ensemble" est peu à peu remplacé par le "vivre-à côté" (toutes mes excuses pour ce néologisme).
Je suis peut-être un peu "à l'ancienne". Mais je pense que le principe de laïcité telle que nous la vivons en France est un système qui a fondamentalement de l'avenir (bien que quelques réformes soient nécessaires).
Fausses solutions, vrais problèmes?

Écrit par : Frédérique Harry | 25/09/2006

Je trouve votre article tout à fait pertinent pour autant que je puisse humblement en juger. Je considère comme très importante la séparation financière entre les cultes et les finances publiques. Je partage grandement votre analyse. Cependant, j'aimerais apporter quelques remarques :

I - concernant l'abolition que vous suggérer du concordat d'Alsace-Moselle, je remarque que cette situation a conduit à ce que la faculté de théologie de Strasbourg, seule faculté théologique d'état en France, bénéficie d'une reconnaissance académique du point de vue de ses diplômes. Cette reconnaissance a indirectement porté la crédibilité de la filière théologique dans le reste de la France. Une suppression pure et simple pourrait se solder par une perte de crédit des diplômes de théologie et donc de toute une filière de formation en sciences humaines pas si éloignée de la vôtre. Ne faudrait-il pas au contraire associer à cette faculté les cultes représentatifs mal lotis. Nos élus semblent considérer qu'un des problèmes de l'Islam de France est le manque de formation des cadres religieux. C'est peut-être une des voies pour pousser cette formation vers le haut. Bien sûr, cela ne résoudrait pas l'épineux problème que vous soulevez par ailleurs avec justesse : quid des nombreux autres cultes non-reconnus. Je ne prétend pas balayer cette difficulté.

II – Concernant l’entretien des lieux de culte pré-1905, vous qui défendez l'esprit de 1905, vous n'ignorez pas que cela a consisté justement à la "nationalisation" de ces biens. Je pense que ces monuments d'avant 1905 sont rentrés dans la culture de notre pays et qu'ils doivent être entretenus, ce que les paroisses catholiques romaines n'ont pas toujours les moyens de faire. Ils sont d'ailleurs parfois prêté à d'autres cultes chrétiens par les municipalités, des cloîtres inexploités sont transformés en galerie publique d'art, ... Les céder gratuitement à un culte en particulier consisterait en une subvention directe, le bien pouvant même être revendu ensuite par la communauté qui toucherait directement le prix de revient d'un bâtiment anciennement municipal.

III – Concernant les jours fériés et cette proposition de les ouvrir aux autres cultes. Il me semblent que vous allez un peu à l'encontre de ce que vous avez souligné précédemment, à savoir qu'à vouloir intégré une ou deux religions (ici l'Islam et le judaïsme) à un privilège détenu par le christianisme historique, on négligera les autres cultes. A partir de combien de membres une religion aurait droit à un jour férié ? Et comment les compter ?

Je crois que les jours fériés sont aussi dans notre culture comme le dimanche est chômé non pas à cause des chrétiens qui à l'origine suivait le modèle juif du sabbat (samedi) mais en raison des religions païennes pré-chrétiennes. Le dimanche (jour du soleil comme nous le rappel l'anglais et l'allemand) est accepté par tous comme le 8 mai est férié pour tous les français même ceux qui pourraient avoir des ancêtres allemands. Si on remettait en question des jours fériés sous prétexte qu'ils sont chrétiens voire juste catholiques romains, ne faudrait-il pas aussi admettre que pour les musulmans, c'est le vendredi qui sera chômé, pour les juifs et les adventistes, le samedi, ...

Les populations musulmanes françaises sont aujourd'hui pour une bonne part issues de l'immigration. Est-ce qu'un facteur d'intégration ne devrait pas être d'accepter que la culture française est aussi et notamment le fruit d'une histoire marqué par le catholicisme ?
Il est a noter que dans l'administration française cependant, il est déjà proposé aux membres pratiquant de certains cultes non-chrétiens de bénéficier de jours fériés propres à leur religion (en plus des autres jours et non à la place)

Conclusion :
Je vous ai sûrement paru très conservateur à travers mes remarques. Je crois que mes remarques ne sont pas uniquement mues par un immobilisme incorrigible mais aussi par une volonté de préserver la liberté de culte à la française et son fragile équilibre. Et je crois ceci : tout système qui se rapproche d'un point d'équilibre est dans une situation précaire. Tout changement brutal pourrait compromettre sa situation. Par conséquent, si le statu-quo ne serait aucunement satisfaisant, la révolution ne serait nullement sage ... A mon sens.
Aussi, la première chose à faire serait peut-être simplement de mieux appliquer l'esprit de 1905, à savoir que si la république ne reconnaît aucun culte, elle garantit également la liberté, et implicitement l'égalité, pour ces derniers. Ce ne sont pas que des mots.

Cordialement,
Eldy

Écrit par : Eldy | 26/09/2006

Réponse à Eldy

Merci beaucoup pour ces remarques judicieuses, auxquelles je réponds maintenant point par point.

I. Vos arguments au sujet de la Faculté de théologie de Strasbourg sont recevables. Mais si vous m'avez bien lu, je ne propose pas l'abolition du Concordat, en tout cas à court terme. Ce que je propose, c'est de mettre fin au traitement des pasteurs, prêtres et rabbins par l'Etat. Cette modification n'empêcherait pas la Faculté de théologie de Strasbourg de poursuivre sa mission.

II. Je n'ai jamais prôné qu'on cède gratuitement les bâtiments cultuels pré-1905 (ce qui reviendrait, comme vous le dites, à une subvention directe, ce qui me semble problématique). Ce que je propose, c'est de mettre fin à un système hypocrite où, de facto, l'usage très majoritaire des lieux de culte pré-1905 est laissé à des religions qui n'en assument pas les conséquences financières, laissées au contribuable.
Cela dit, je précise bien que lorsque les bâtiments cultuels sont un patrimoine historique reconnu et majeur, il faut maintenir un financement public. Mais c'est loin d'être le cas pour tous les lieux de cultes pré-1905. Ce n'est pas "tout ou rien", il y a un tri à faire.

III. Sur les jours fériés, vous avez raison. Votre remarque me permet de préciser ma préférence. Pour ma part, la solution d'un crédit de six jours fériés me paraît plus juste que celle de remplacer deux jours fériés chrétiens par un jour férié juif et un jour férié musulman.

Pour conclure, il n'est nullement question de nier l'histoire chrétienne, et catholique, de notre pays. Face à ce sempiternel argument opposé à toute tentative d'amélioration du pacte laïque (je ne dis pas que vous êtes dans ce cas), je réponds que ce n'est pas parce que l'Etat ne finance pas la réfection de toutes les églises anglicanes au Royaume-Uni, que les Britanniques nient leur héritage anglican.
Là encore, ce n'est pas "tout ou rien".
Mettre fin au financement systématique par l'Etat des édifices pré-1905, et à l'affectation systématique des jours fériés religieux au catholicisme ne signifie pas qu'on ne laissera pas au catholicisme la place qui lui est due (par exemple, en finançant un quart des édifices pré-1905 reconnus pour leur grande valeur historique, et en maintenant quatre jours fériés catholiques sur six jours fériés religieux possibles).

Écrit par : sfath | 26/09/2006

Cher monsieur,
J'ai lu l'ensemble de votre texte, le rapport Machelon (en partie) et les réactions à votre intervention qui a le mérite d'être claire et précise. Je n'est pas le niveau requis pour entrer dans la controverse, mais une question me chiffone :
En ce qui concerne le crédit de 6 jours fériés accordé au citoyen. Je prends l'exemple de l'éducation nationale : agents de service, enseignants, élèves (je parle du secondaire et du primaire). Croyez-vous que cela serait gérable ? Il me semble qu'une telle mesure accentuerait encore plus la faillite du système qui apparemment, n'en a pas besoin !
S. Avquist

Écrit par : S. Avquist | 26/09/2006

Cher ami,
Merci pour votre réaction au rapport Michalon. Je partage l'ensemble de votre analyse et les craintes que vous avez. Je ne vous étonnerai pas en vous disant que je suis un fervent partisan de la laïcité (même si elle doit être "ouverte", selon l'appréciation de Jean Baubérot). Mais si par malheur Nicolas Sarkozy était élu président de la République en mai prochain ,nous retournerions en pire à l'époque concordataire. En définitive, je maintiens personnellement que l'argent public ne doit pas aller au secteur privé et qu'il ne doit pas financer les confessions religieuses. Un point particulier que vous relevez aussi : le calendrier des fêtes religieuses ! Depuis longtemps, je pense aussi qu'il est devenu une abérration. Mais je suis partagé sur la proposition de "diversifier" ce calendrier pour tenir compte des diverses confessions. Oublie-t-on la part importante d'agnostiques, d'incroyants ou d'athées ? Pourquoi leur imposer des symboles qui ne les concernent pas ? Faudrait-il prévoir pour eux des fêtes particulières ? Allons! de belles empoignades nous attendent dans les prochains mois !

Écrit par : Pierre Curie | 29/09/2006

Le moindre club de sport ou meme de belote a droit a des subventions, des locaux gratuits ect ... mais pas les religions ! Décidement certains veulent rejouer éternellement la mème mauvaise pièce.

Écrit par : D.Stein | 29/09/2006

Bien sûr, les croyants, majoritaires en France, doivent payer des impôts à l'Etat, en bons citoyens qu'ils sont, mais surtout ne recevoir aucune aide.... Votre point de vue est lamentable. Votre second scénario que vous privilégiez est une honte. Ce n'est pas du clientélisme que d'aider les lieux de culte, c'est faire de la politique (gestion de la Cité). Le gouvernement doit veiller à ce que chaque religion reconnue dont le nombre de fidèles est important, puisse posséder un lieu digne de ce nom pour exercer sa foi.

Écrit par : Franck | 01/10/2006

je suis d'accord avec pratiquement tout ce que vous dites dans cet article, d'autant plus que je vis en Alsace ..
c'est dommage que la FPF, suite aux "cris" des églises concordataires d'Alsace et de Moselle, n'ose plus demander la suppression du concordat dans ces trois départements ..
j'aurais juste une réserve en ce qui concerne le crédit de 6 jours fériés : je suis dans l'Education Nationale, je ne vois pas comment gérer cela si tout le monde, à la fois parmi les professeurs et les élèves, peuvent prendre des jours fériés à des moments différents.
d'ailleurs il existe déjà des autorisations d'absence pour fêtes religieuses pour ceux dont les fêtes ne tombent pas un jour férié ; la liste est publiée tous les ans dans le Bulletin Officiel de l'éducation nationale ; ces autorisations sont valables à la fois pour les élèves et le personnel...

Écrit par : Françoise | 02/10/2006

Bravo pour votre lecture et vos contre-propositions.J'étais impatient de vous lire, je ne suis pas déçu.
Trois remarques:

1°/ je ne suis pas juriste mais la discussion de la valeur constitutionnelle du principe de laïcité, ou plus exactement son étendue, me semble une jolie banderille dans le dos des gardiens du temple laïc. Il faudrait croiser cette argumentation avec celle du conseil d'Etat (rapport 2004) mais les arguments Machelon ne semblent pas mauvais.

2°/ Je trouve votre introduction un peu maladroite: vous induisez une dimension ethnico-religieuse aux émeutes de novembre. Ceci est très contestable et contestée. Novembre 2005 doit nous interpeller sur le devenir d'une partie de la jeunesse. La question religieuse me semble concerner un public différent, issu sans doute des mêmes quartiers, mais plus âgé.

3°/ Je suis directeur de cabinet d'un maire (sur le point de construire une médiathèque) et je veux vous rassurer les communes sont les institutions publiques les plus saines de France. Il est vrai qu'elles sont souvent prises entre des demandes croissantes et des recettes stagnantes mais elles ne connaissent aucun déficit (interdit par la loi). Leur endettement est modéré (il assure contrairement à celui de l'Etat des dépenses d'équipement et d'investissement). L'argument du clientélisme est suffisemment fort sans avoir à convoquer le péril financier.

Écrit par : Joseph Tura | 02/10/2006

Réponse à Joseph Tura

Merci beaucoup pour vos remarques très éclairantes.

1/ sur votre premier point, oui, affaire à suivre... de près.

2/ Assez d'accord avec votre critique de mon introduction. S'il fallait réécrire et étoffer ce texte, je n'écrirais plus l'intro exactement comme elle apparaît sur mon blog. Cela dit, les émeutes de novembre ne sont pas TOTALEMENT à disjoindre d'une certaine fatigue du pacte laïque. Souvenez-vous de la grenade lancée devant la mosquée de Clichy-sous-bois, et de ses conséquences...

3/ Vous avez en large partie raison sur la question des finances des communes. Mon texte, là aussi, est trop rapide (pathologie des blogs...), et fonctionne un peu au raccourci. Parler de "ruine des finances locales" est excessif. Mais comme vous m'avez bien lu, vous constaterez que quand je parle de "déficits publics" qui se creusent "à des niveaux allarmants", je commence ma phrase par: "par ailleurs", ce qui veut dire que je ne parle pas, ici, des finances communales.
Mon propos, en revanche, est de dire que ces communes, qui, comme vous le soulignez, s'en sortent financièrement, risquent parfois, avec les préconisations Machelon, de perdre leur statut d'"institutions publiques les plus saines de France". Prenez par exemple des communes dortoir en ceinture parisienne, comme Drancy, qui comptent peu d'entreprises (donc peu de taxe professionnelle) et beaucoup de population et de petits groupes religieux. Les contraindre à un financement de toutes les demandes de construction de lieux de culte ne sera pas sans conséquences financières sérieuses, en particulier en terme de fiscalité locale.

Écrit par : sfath | 03/10/2006

dans un premier élan, je n'arrive pas à me plonger dans ce rapport pour une raison pourtant mineure et se résumant en une question : où sont les femmes? en dehors de la secrétaire nationale du parti radical de gauche, aucun membre de la gente féminine ne semble avoir été auditioné... difficile donc de se reconnaître à priiori dans ce rapport ... passée la réaction épidermique, j'aurai peut être d'autres remarques à vous partager
merci

Écrit par : aubourg | 10/10/2006

Bonne interpellation sur la question de la laïcité républicaine. Je suis un chrétien dit "évangélique" - bien que resté très proche des spiritualités catholique et orthodoxe - et je vois bien le danger de relation de type concordataire entre l'Eglise de Jésus-Christ et l'état.

Mais votre proposition de réglement du problème de l'égalité de traitement envers les cultes pré et post 1905 ne tient pas compte d'une simple réalité historique : les clochers au coeur des villes et villages de France ont été construits pour la plupart en un temps où la France était un royaume et où l'Eglise et l'état n'étaient pas séparés. Le peuple chrétien était le peuple tout-court, à l'exception de la minorité juive et d'autres petits groupes. On peut donc dire, en raccourci, que les temples (catholiques en tout cas) avaient été construits avec les deniers publics. L'Eglise "au milieur du village" continue, dans l'esprit d'une très large majorité de français, de faire partie du patrimoine public.
Ensuite, demander à une communauté paroissiale d'entretenir des l'entretien avait d'ailleurs de toujours été à la charge de tout le peuple - est simplement impossible. Ou bien, il faudrait d'abord faire classer en monuments historiques la plus grande partie de ces églises.
Si les racines chrétiennes de la France et de l'Europe sont volontairement mises en oubli, vos propositions, telles quelles, ne feraient que renforcer le phénomène de ce déni inouï.

DIl reste que dans mon village du Languedoc, majoritairement socialiste/communiste, comme dans une multitude d'autres localités fançaises, déposséder la population de son Eglise serait impensable. D'ailleurs, jusque il y a peu, des "Pépone" continuaient de demander des baptêmes discrets à des "Don Camillo". Aucun touriste ou "parigot" n'osera jamais prétendre à ce que l'on fasse taire les cloches.
On ne peut avancer dans cette réflexion sur les religions dans la république sans prendre ces réalités historiques et culturelles en compte.

Écrit par : Jacques V. | 25/10/2006

Je n'ai pas le temps de commenter en détail ni le rapport ni votre communication, je ne donnerai donc que quelques éléments.
Je regrette que les termes que vous employez soient trop empreints de notre manière très française de communiquer : excessive, sans nuance, en opposition, suspicieuse... Ayant conscience de l'impact de ce que vous écrivez, le titre et certaines expressions "à l'emporte pièce" me mettent mal à l'aise. Certes, je pense que vous cherchez à convaincre vos lecteurs mais est-ce juste d'employer de telles méthodes ?
Evidemment, vous devinez que je ne partage pas votre opinion... Je trouve que vous ne prenez pas suffisamment en compte la spécificité française. Nous avons un système politique et social à dominante socialiste (confiscation des ressources par l'Etat pour une redistribution égalitaire). On peut l'apprécier ou pas, c'est notre réalité et les Français y tiennent visiblement. L'argent n'est donc pas dans nos poches... Les chrétiens participent à cette redistribution générale. Dans la mesure où la République découvre enfin l'utilité sociale des religions, il n'y a pas de raison que cette redistribution ne leur profite pas aussi, sachant que personne ne sera jamais obligé de les accepter. Alors, où est le problème ? De toute façon, elle existe déjà mais de manière inégalitaire, sachant que vous ne citez pas les déductions fiscales importantes qui sont faites pour les dons accordés à nos églises. Si vous êtes logique, j'espère bien que vous les refusez...
Oui, certaines religions bénéficient de largesses de l'Etat. Je n'avais pas vu que cela posait un tel problème à notre laïcité... Si c'était si bonapartiste et clientéliste que ça, ça se saurait !
Par vos déclarations, vous vous appuyez sur des principes qui sont justes dans l'absolu mais pas en adéquation avec la réalité française.
Enfin, personnellement, permettez-moi de faire confiance à notre système qui ne marche pas si mal que ça et en la possibilité d'aménager cette fameuse loi 1905, sans précipitation, avec les gardes fous qui s'imposent, bien enraciné dans nos pratiques pour le bien de tous. Nous prions pour un grand réveil, nous croyons à une croissance importante de l'Eglise. Savoir que l'Etat reconnait et encourage ce développement ne peut qu'aider, à mon avis.
Permettez moi de rêver aussi d'une autre façon de communiquer, plus respectueuse des uns et des autres. L'Evangile ne pourrait-il pas nous transformer pour que nous n'imitions pas la manière d'agir habituelle dont nous souffrons tous ?
Bien cordialement
Jacky MINARD

Écrit par : Jacky MINARD | 26/10/2006

Réponse à Jacky Minard

Cher Monsieur,

Merci pour ces remarques, qui nourrissent le débat. Mais je vous reproche une chose, celle de ne pas m’avoir lu, ou de m’avoir mal lu.
-D’abord, contrairement à ce que vous dites, je mentionne bel et bien dans mon texte les déductions fiscales en faveur des religions. (Re)lisez-moi, et vous verrez.
-Ensuite, vous avez manifestement oublié de noter les nuances de mon texte. Je ne critique pas TOUT le rapport Machelon, relisez-moi (bis). Et question nuances, votre interpellation en manque bien davantage que mon propre texte, même si je veux bien reconnaître à mon propos un côté pugnace (favorisé par la forme du blog, qui encourage les textes courts et percutants plutôt que les longues études universitaires pleines de nuances et de « oui mais »).
-Enfin, vous estimez, en me lisant, que je ne prends pas assez en compte la tradition française, alors que c’est précisément au nom de cette tradition laïque post-1905 que je m’exprime.

Je peux me tromper, mais je crois que le fond du problème, c’est que c’est cette tradition laïque post-1905 qui vous gêne. C’est votre droit, mais alors, ne vous drapez pas dans une soi-disant spécificité française pour soutenir un rapport qui, à bien des égards, s’inscrit en rupture par rapport à cette spécificité laïque!
Pour en venir au fond, je n’ai jamais préconisé une absence totale d’aide financière aux religions. Le système de déduction fiscale, de ce point de vue, me paraît juste, et pas du tout « inégalitaire » comme vous l’écrivez, puisqu’il profite directement aux fidèles généreux qui font des dons à leur communauté. Il a l’avantage de ne pas constituer un financement direct par l’Etat (qui encourage l’assistanat, la dépendance, l’ambiguité), mais de valoriser le soutien direct du fidèle à son assemblée (ce qui encourage l’initiative individuelle et l’autonomie).
En revanche, mettre en place une subvention généralisée aux lieux de culte m’apparaît plus injuste et plus dangereux. Comme je l’explique dans mon texte, il favorisera le clientélisme local. Les « forts en gueule » qui avancent de grosses statistiques de fidèles récolteront bien plus que les autres, ce sera la prime au charisme et au copinage, au détriment de la prime à la générosité des fidèles (système actuel de déduction fiscale). Autre danger, naturellement, le risque implicite d’une dérive « payeur-décideur ». Sarkozy dit explicitement qu’il souhaite « contrôler » un islam de France. Ce « contrôle » public, par le biais des finances, n’a rien de très laïque. Par ailleurs, il me semble que beaucoup de chrétiens mettent en doute depuis longtemps sa validité théologique, même sur un mode soft, même implicite. Enfin se pose le problème de l'équilibre des budgets municipaux (je ne reviens pas là-dessus).
Pour finir, s’il y quelqu’un qui veut « faire confiance à notre système qui ne marche pas si mal que ça », c’est bien moi. C’est pourquoi la révolution en germe dans le rapport Machelon ne me paraît pas satisfaisante. J’entends bien que l’exemple (controversé) des « Faith Based Initiatives » mises en place par le président Bush aux Etats-Unis semble inspirer certains évangéliques français, séduits par le discours de Nicolas Sarkozy sur les religions.
Mais il faut y regarder de plus près (y compris en terrain états-unien, où les dérives clientélistes du système Bush ont écoeuré beaucoup de monde, y compris des évangéliques –voir ma note du 20 octobre 2006).
Je préfère pour ma part consolider la laïcité post-1905 (en particulier par la mise en place de structures cantonales de dialogue entre collectivités locales et religions) que l’affaiblir en fragilisant la séparation des Eglises et de l’Etat.

Écrit par : SFath | 26/10/2006

Sébastien,

Je te remercie d'avoir s'y franchement exprimé ton point de vue qui seul, me semble t-il, reflète véritablement l'esprit de la laïcité française voulue en 1905.

Bien sûr, je ne le reprendrai pas (les interventions précédentes l'ont bien souligné), tes propositions sur l'Alsace Moselle, les lieux de cultes pré-1905 et les jours chômés, doivent être soutenues et comprises toutes en "nuances".

Mais l'essentiel y est : Un Etat réellement neutre qui traite vraiment à égalité tous les cultes sans système de reconnaissance implicite ou explicite de certains cultes au détriment d'autres, et sans rejet du phénomène religieux qui est simplement livré à la loi très moderne de la libre concurrence.
Bravo et merci pour ce rappel de principes élémentaires mais trop souvent oubliés.

Je m'interroge simplement sur ta position et tes propositions pour réduire (si ce n'est mettre fin) le phénomène bien réel de discrimination antireligieuse au nom de la laïcité et défendre par ce moyen la voie médiane entre reconnaissance des cultes et antireligion (?).

Le refus trop fréquent des autorités locales d'acorder un accès à l'expression publique de la foi (dans le respect pourtant de l'ordre public) sous la formes d'autorisations de spectacles de rue, de stands, etc. joint aux "tracasseries" que tu évoques toi-même (entre autres choses) demeure en effet un problème qui trouve peu de solutions et reste livré à l'appréciation et la bonne (ou mauvaise) volonté des élus et responsables administratifs locaux.

qu'e penses-tu ?

cordialement,

T.L

Écrit par : Thibaud Lavigne | 26/10/2006

Merci pour vos réactions. Oui, bien sûr, elles font avancer le débat. Je reconnais (et je l'avais précisé) que j'ai lu votre texte rapidement et que j'ai surtout été heurté par certaines expressions. Sur le fond, je ne "subis" pas les influences que vous pensez et je n'ai rien contre le principe de la laïcité qui a mis fin à des siècles de guerres de religion entre autres. Je n'ai pas dit non plus que tout était parfait dans le rapport Machelon mais qu'il y avait une mise à jour à faire de la situation actuelle et enfin, que je n'étais pas opposé à des avancées.
Parce que les églises ont, de toute façon, des relations avec les communes. Si celles-ci sont bonnes, elles ne pourront que faciliter les projets. A contrario, nous savons qu'elles peuvent aussi bloquer les projets, freiner l'évangélisation etc. Alors, pourquoi une dimension financière plus marquée changerait à ce point la donne ? Comme si, c'était l'argent qui marquait la frontière de la laïcité... Il est vrai que, dans notre culture, l'argent est considéré comme honteux et d'autant plus s'il est public mais est-ce juste ? Pourquoi parler également si négativement des relations avec les Mairies ? Pourquoi une bonne relation, une confiance réciproque serait-elle du clientélisme ? Je ne suis pas naïf mais je ne vois néanmoins pas les choses si négativement. Je ne crois pas qu'une subvention municipale sonnerait le glas de la laïcité. Une Marie a déjà de multiples moyens de favoriser ou de barrer la route aux églises.
Enfin, sur la notion de redistribution que je crois chère aux Français, cela ne remet pas en cause la laïcité, ça l'éclaire différemment, simplement.
Je crois comprendre que vous n'êtes donc pas opposés au financement des religions d'une manière ou d'une autre. Je suis d'accord qu'il faille chercher la meilleure méthode, je me réjouis en tout cas, qu'enfin, la question soit posée à l'initiative des politiques parce que financements et clientélisme sont déjà bien là... il faut donc revoir tout ça.
Bien fraternellement
Jacky MINARD

Écrit par : Jacky MINARD | 28/10/2006

Cher Monsieur,

J'ai lu attentivement votre commentaire du rapport Machelon, rapport que j'ai par ailleurs étudié et moi-même commenté.
C'est peu de dire que je ne suis pas d'accord avec vos critiques !

Depuis 1905 la paysage religieux de la France a profondément changé, évoluant vers le pluralisme le plus complet et une véritable tolérance. Le cadre juridique a lui aussi profondément changé, avec la constitution de 1958, la Convention européenne des droits de l'homme et l'Union européenne.
En particulier la commission Machelon met bien en évidence le fait que l'article 2 de la loi de 1905 n'a pas de valeur constitutionnelle. Cela a d'ailleurs déjà été affirmé par le Conseil d'Etat, dans un arrêt de 2005.

Pour moi cet article est en outre contraire à la CEDH, car discriminatoire à l'égard des religions. En effet, en France, toutes les associations peuvent être subventionnées, sauf celles qui ont un objet cultuel. De surcroît tous les contribuables participent au financement des partis politiques et des centrales syndicales, qu'ils en fassent partie ou non, qu'ils soient d'accord ou non avec leurs projets. Pourquoi alors écarter les religions ?

Le rapport Machelon ne préconise pas un subventionnement généralisé et obligatoire des cultes, mais seulement de mettre ceux-ci à égalité avec les autres associations et de permettre les subventions ponctuelles et facultatives pour la construction d'édifices cultuels ou la mise aux normes (extrêmement coûteuse) des édifices cultuels anciens.

Quant à vos contre-propositions, si sur le plan théorique elles peuvent se discuter, dans la réalité elles risquent surtout de mettre le feu aux poudres et de déclencher un séïsme dont la France n'a véritablement pas besoin.

La loi de 1905 a déjà été modifiée à de nombreuses reprises. Rien ne devrait interdire de poursuivre son adaptation à la situation présente. La loi doit avoir une certaine permanence, pour assurer la sécurité juridique. Mais elle ne doit pas rester figéee, car elle risque d'en mourir, n'étant plus respectée, ni appliquée, pour enfin être abrogée.

Même en Alsace-Lorraine, le statut des cultes reconnus évolue et s'adapte depuis les années 1980 et il en est de même pour les cultes non-reconnus (associations de droit local, qui jouissent d'un régime bien plus favorable que les associations cultuelles de l'Intérieur. Les évangéliques en savent quelque chose !).

Alors pourquoi pas la loi de 1905 ?

Écrit par : Jean Volff | 09/12/2006

La laïcité a encore de beaux jours devant-elle.

L"Homme libre" ne sera qu'après sa scission avec la religion ; le passage de statut d'anciens primates à celui d’Hommes" responsables.

Ni Dieu, ni Diable, seulement une maladie psychiatrique.

D’un autre âge, ceux qui se disaient en communication avec Dieu étaient et sont encore appelés « prophètes » avec leurs écrits indiscutables.

Actuellement ceux qui entendent des voix et qui ont la certitude que Dieu leur parle ; nos jeunes en psychose hallucinatoire paranoïde (schizophrénie) sont traités en psychiatrie.

Extrait du forum « Doctissimo » - Thème : les schizophrènes célèbres.

Si le christ était vivant aujourd'hui, que dirait-on de lui hein?
A son époque, les gens entendant les voix de "dieu" était considérés comme des prophètes immortels mais les temps changent.
Naïfs sont ceux qui pensent que le Christ était sain d'esprit.

La psychose hallucinatoire, cette « maladie universelle » que l’on vous a appris à ne pas comprendre.

Ce qui est inscrit sur la notice pharmaceutique d’un antipsychotique de dernière génération : «Zyprexa est utilisé pour traiter une maladie qui s’accompagne de symptômes tels que entendre, voir et sentir des choses qui n’existent pas, avoir des croyances erronées...».

Peut-on croire réellement que Jeanne d’Arc ait reçu un portable et que l’on lui ait parlé en Lorrain ?
NON, uniquement une psychose hallucinatoire auditive qui a fait d’Elle une héroïne puis une victime à l’aube de sa vingtième année.

L’un des délires mystiques psychotiques le plus répandu, c’est d'avoir la certitude qu'un Saint-Esprit et une Vierge puissent créer un enfant.

La meilleure manière de ne pas faire entrer nos enfants de cette trompeuse « maladie », c’est d’inclure le phénomène hallucinatoire schizophrénique dans les programmes de l’éducation nationale.

En cette nouvelle année 2007, serez-vous de ceux, qui ferons un pas en avant pour aider nos jeunes à se sortir de leur incompréhension psychiatrique ?

Un père en prise avec cette « maladie de la croyance » par ses deux fils jumeaux.

Maurice Champion - http://monsite.orange.fr/champion20

Cordialement avec tous mes vœux, pour vous et votre famille.

Écrit par : Champion | 03/01/2007

l'islam de France de Sarkozy un peu bancal, selon le prof Dreyfus, à lire sur www.observatoiredesreligions.fr

Écrit par : Simonnot | 21/07/2007

Existe-t-il des associations contre le concordat en Alsace et en Moselle, Il faudrait les médiatiser, en parler plus.

Écrit par : Renaud | 13/09/2010

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