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15/01/2009

Tragédie de Gaza : mettre fin à la culture de haine

images-2.jpegLundi dernier en soirée, en quête de soldes pour un manteau (eh oui vous savez tout), je suis passé, dans le quartier des Halles à Paris, devant un meeting de militants pro-Gaza (en tout cas, c’est comme ça qu’ils s’affichent).

Je me suis arrêté, j’ai écouté.


Vous trouverez ci-dessous la photographie que j’ai prise de cette manifestation avec le petit appareil numérique que j’ai souvent sur moi, et qui me sert généralement de photocopieuse portable.

 

Manif.JPG

Meeting pro-palestinien 12 janvier 2009

Près du Forum des Halles (Paris)

Photographie S.Fath prise à 20H


Les juifs, des ‘vampires’ ?

J’ai été assez stupéfait des slogans clamés par l’orateur, très en verve.
Les «juifs» ont été qualifiés de «vampires», la mort des enfants palestiniens sous les bombes a été qualifié «d’acte religieux», de «sacrifice» voulu délibérément par les juifs et leurs rabbins…
Curieusement, j’avais reçu dix jours plus tôt un email circulaire d’un militant de gauche alternative (originaire des ‘réseaux citoyens’), qui reprenait certains accents de cette manifestation, en affirmant notamment, je cite, «ceux qui sont sous les bombes dans le ghetto de Gaza ressemblent aux martyrisés du ghetto de Varsovie».

Sous-entendu : Israël réaliserait une forme de génocide délibéré... sur le mode vampire ou nazi, au choix.

Ce registre tantôt judéophobe, tantôt antisioniste hystérique, est intolérable!

Et contribue à me sortir de mon silence de bloggeur sur la tragédie de Gaza.

Bien que n’étant pas journaliste, et ne souhaitant pas commenter systématiquement l’actualité, j’estime qu’il est du devoir de chacun, en la matière, d’apporter un peu de lumière, et de conjurer l’obscurantisme fanatique tel que celui que j’ai pu contempler lundi dernier en plein Paris.



images-3.jpegSolidarité avec la population civile de Gaza et la population limitrophe d'Israël

Sur ces bases, il nous appartient en premier lieu d’être totalement solidaire de la population gazaouie martyrisée, trompée par un Hamas qui joue cyniquement la politique du pire, et pilonnée sur ordre d’un gouvernement Olmert qui a fait preuve de sa médiocrité.

La mort des civils de Gaza, même si elle apparaît, en proportion, extrêmement limitée par rapport à l’ampleur colossale des bombardements ciblés (Tsahal prévient par téléphone les populations avant les frappes) est un scandale qui doit cesser au plus tôt, dès qu’une alternative politique (priorité des priorités) sera possible.

En attendant, je m'associe à la douleur des palestiniens, et, par-delà, de tous ceux qui, par motif culturel, religieux ou humanitaire, souffrent avec ces malheureux civils soumis à l'horreur.


En second lieu, comment ne pas être solidaire aussi de la population israélienne limitrophe de Gaza, usée par les bombardements incessants du Hamas, angoissée pour ses soldats, meurtrie par la stigmatisation venimeuse dont elle fait l’objet dans certains médias suite à la médiatisation des souffrances civiles à Gaza?

 

images-4.jpegNécessité d’une solution politique

Très proche, comme à l’époque de la guerre du Liban (2006), de la position du mouvement  La paix maintenant, je considère que cette guerre était hélas devenue inéluctable, à cause des bombardements du Hamas sur Sdérot et le sud d’Israël, mais qu’elle doit être relayée au plus vite par une solution politique.

Je m’étonne que de telles positions, en France, vous classent aujourd’hui parmi les ultra-sionistes fanatiques, les bushistes bornés, ce que je ne suis aucunement: autant la légitimité d’Israël est un acquis à défendre au même titre que celle de la France, autant il m'apparaît inimaginable de s'aligner systématiquement sur les positions des gouvernements israéliens successifs, à commencer par celui, désastreux à moult égards, d’Olmert le corrompu.


Je plaide, comme tant d’autres, pour deux Etats, et la fin du «mur de la honte» dressé entre israéliens et palestiniens.


Pour cela, il s’agit de conjurer à la fois la politique du pire jouée par les extrémistes du Hamas (et d’une partie du Fatah) et la frilosité de certains israéliens, trop lents à comprendre que des concessions nécessaires sont à faire.

Mais cette position, modérée, qui part à la fois du bon sens et de l’étude du dossier géopolitique, «passe» mal aujourd’hui en France, et fait froncer les sourcils dans nombre de cercles supposés "éclairés".


images-5.jpegRéactions françaises passionnelles

Les réactions passionnelles, dans l’hexagone, et l’enflure des commentaires condamnant sans appel (trop souvent) l’offensive israélienne contre le Hamas nous confirment que sur les questions israélo-arabes, notre pays a bien du mal à rester dans un registre tempéré et rationnel.

Ce sont, très vite, les hyperboles, les exagérations, les mots extrêmes qui se bousculent au portillon.

Pourquoi ?

Je rappellerai brièvement trois choses.



images-6.jpegLourd héritage antisémite et antijudaïque


Pour avoir fait cours, récemment, sur les relations judéo-chrétiennes, j’ai eu l’occasion de vérifier, et d’approfondir, le poids exceptionnellement lourd de la tradition antisémite et antijudaïque française.
Dans les années 1950 encore, avec l’Affaire Finaly, certains de nos compatriotes considéraient comme normal de soustraire des enfants juifs à leur famille sous prétexte qu’ils étaient devenus catholiques et qu'ils devaient le rester!!
Ce poids de l’héritage antisémite et judéophobe ‘à la française’ n’a hélas pas complètement disparu aujourd’hui, et il n’est pas difficile d’en voir parfois le reflet, par exemple, dans les points de vue qui comparent avec perversité Israël aux nazis.

 

1931.jpgHéritage colonial et axe pro-arabe


La mauvaise conscience coloniale de la France, notamment vis-à-vis du monde arabe, avec lequel la France reste très liée en raison d’une longue histoire commune, joue aussi son rôle.

Quand Israël intervient militairement contre des arabes, une part de la réaction française tient compte du poids important de l’histoire et de la démographie nationales en lien avec cet héritage (5 millions de maghrebins en France), ce qui fait parfois vasciller la balance de la justice et l’équilibre des analyses.


images-7.jpegSyndrôme de la gauche subversive


Le consternant conformisme intellectuel d’une part de l’intelligenstia parisienne «de gauche», pétrie de mauvaise conscience joue aussi son rôle.

Il est travaillé par un goût maladif pour le contrepied (on ‘épate le bourgeois’ en défendant l’indéfendable), que l’on croit héroïque, dialectique et anti-conformiste alors qu’on atteint parfois le comble du confort moutonnier.

 

body7556LHGJIbSClHKTLXM.jpg

Il fait écho à cette frange de gauche arrogante et aveugle des années 1930-60 qui a longtemps défendu le stalinisme, puis le maoisme...

N’est-ce pas cette même gauche qui trouve aujourd’hui aux militants du Hamas des airs de Che Guevara, au risque de vérifier les thèses de Pierre-André Taguieff sur la judéophobie des modernes?

 

 

images-8.jpegAsymétrie Hamas-Israël

Pour ma part, la guerre actuelle à Gaza m’invite à rejoindre, peu ou prou, les positions défendues par Bernard Henri-Lévy dans Le Point (n°1895, voir lien)...

Ce faisant, je n'ignore pas que j'aggrave encore mon cas vis-à-vis des guévaristes de salon qui considèrent BHL comme le pire des Judas... mais bon, j'assume: BHL est loin de ne dire que des âneries.

Avec lui j’affirme que oui, les frappes du Hamas sur son voisin en 2008 et la riposte militaire massive d’Israël ne sont pas symétriques: il y a bien asymétrie, mais pas dans le sens défendu par certains, y compris par mon cher collègue Jean Baubérot, dont je regrette ici le manque d’équilibre sur ce sujet (cf. sa note du 10 janvier 2009).


true_hero.jpgS’il y a asymétrie du nombre des victimes (Israël tue beaucoup plus que le Hamas), il y a aussi asymétrie du point de vue éthique: le Hamas vise délibérément les civils ennemis (et utilise plus d'une fois les siens comme boucliers humains) tandis que Tsahal, malgré quelques terribles bavures, fait le maximum pour épargner les civils de la partie adverse, visant en priorité des objectifs militaires (sites de lancement des missiles, casernes, regroupements des combattants ennemis, tunnels d'acheminement des armes, arsenaux de munitions etc.).


L’autorité israélienne n’a jamais fait défiler ses citoyens en leur demandant de crier «à mort les Palestiniens», alors que l’autorité du Hamas inculque et nourrit chez ses ressortissants gazaoui une culture de haine aussi répétitive que sans issue.

Toute la différence entre (je simplifie) terrorisme (priorité actuelle du Hamas) et guerre de défense d’un Etat démocratique (priorité d’Israël).

Il nous faut donc refuser les sirènes qui nous invitent un peu partout, y compris dans la bouche de certains 'experts' écoutés sur France Info, à considérer qu’Israël et le Hamas seraient bonnet blanc et blanc bonnet: la même logique terroriste des deux côtés.

Non! Mille fois non!



Fautes du gouvernement Olmert

Ceci précisé, la légitimité de l’actuelle intervention musclée d’Israël à Gaza (guerre de défense pour détruire la capacité de nuisance de ce "lance-missile géant" qu'était devenu Gaza) ne l’exonère pas de toute responsabilité :

images.jpeg-le gouvernement Olmert, en refusant obstinément d’amorcer un dialogue avec le Hamas, s’est trompé, et sur ce point précis je rejoins tout à fait les propos d’Esther Benbassa dans Le Monde (édition du 7/01/09): bien que terroriste, le Hamas dispose d’une vraie légitimité démocratique et en ce sens, il doit être accepté comme interlocuteur aussi important (sinon plus) que Mahmoud Abbas.
Ismaël Haniyeh (ci-dessus) a été élu par les Palestiniens, il est leur légitime représentant et la paix ne se fera jamais sans lui (je n’en dirai pas autant de Khaled Mechaal, idéologue planqué à Damas, qui n’a aucune légitimité électorale).

Il faudra bien qu'Israël surmonte sa répugnance et tende la main à Haniyeh, en se rappelant que tout peuple inféorisé qui lutte pour son indépendance a toujours parfois cédé à la tentation terroriste... y compris le peuple juif (cf. les attentats de l'Irgoun), mais qu'on peut en sortir: rien n'est jamais figé.



images-9.jpeg-le gouvernement Olmert s’est également trompé, pire, a commis une grave faute, en ne préparant pas, en amont de sa guerre, un grand couloir d’évacuation humanitaire vers l’Egypte (voire Israël), permettant aux civils de sortir de la prison à ciel ouvert où ils subissent actuellement l’effrayant déluge de feu imposé par Tsahal.

Le terrible spectacle de civils bombardés sans aucun lieu sûr où aller aurait pu être en partie évité si l'on avait donné la priorité, en amont du déclanchement du conflit, à une solution d'évacuation, certes compliquée, mais faisable (le raïs égyptien, si on lui parle le langage adapté, est flexible).

En négligeant cette priorité, Olmert portera une terrible responsabilité devant l'Histoire: espérons que ses successeurs feront mieux, ce ne sera pas très difficile...


images-1.jpegExtirper la haine des consciences

Mais le premier déclancheur de cette guerre n'est pas Olmert, mais le Hamas. La négation vindicative d'Israël par le Hamas est à la racine du drame, et cette négation ne mène qu'à la mort et la destruction.

On ne sortira jamais de ce conflit si la haine n’est pas extirpée des consciences.

Si le Hamas parvenait à s'aligner symétriquement, ne serait-ce que sur les positions de la droite dure israélienne (c'est-à-dire qu'il accepte l'idée d'un Etat israélien comme la droite dure israélienne accepte désormais l'idée d'un Etat palestinien, quelque soient les réserves rajoutées) ce serait un immense pas en avant.

Un pas hors de cette prison de haine dans laquelle le Hamas maintient les populations palestiniennes. Une étape qui faciliterait ensuite la mise au pas de tous les fanatiques, et il y en a dans chaque camp.

images-10.jpegJe rejoins en cela certains accents de la lettre ouverte de la chanteuse Noa aux populations de Gaza (8 janvier 2009): c’est par l’empathie pour toutes les victimes, la mise en échec de la culture de haine, le refus des mantras victimaires déresponsabilisants et le respect de l’intégrité de l’autre qu’on parviendra, un jour peut-être, au bout du tunnel, avec deux voisins paisibles: un Etat palestinien et un Etat israélien côte à côte.

Commentaires

Merci, cher Sébastien Fath pour cet excellent article. Je le trouve équilibré et il correspond à mes propres convictions, mais je n'ai pas autant de capacités à les mettre par écrit.
Malheureusement la plupart des grands médias présentent Israël comme le grand méchant ; à l'inverse, certains mouvements sionistes, même "chrétiens" défendent systématiquement la politique israélienne.
Malheureusement les Palestiniens sont victimes à la fois de la politique du Hamas (terroriste) et des frappes israéliennes. C'est pire encore pour les chrétiens palestiniens qui sont souvent considérés comme des traîtres et assassinés en toute impunité, et dont personne ne parle, à part certains organismes chrétiens, mais ceux-ci ont peu d'audience.

Écrit par : Patrick B. | 18/01/2009

Vous feriez mieux de dire dès le départ que vous êtes pro-israélien, je n'aurais pas perdu mon temps à vous lire ! Déjà faire cohabiter en sous-titre, religion et laïcité me semble un peu ...

Écrit par : simone. | 19/01/2009

Réponse à Simone:
Merci pour votre grain de poivre.
Petites précisions...

1/ Je suis "pro" Droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, c'est-à-dire favorable à un Etat palestinien voisin de l'Etat d'Israël, et hostile tant au terrorisme qu'à l'ultra-nationalisme, qui plombent les processus démocratiques et nourrissent la haine de l'autre.

2/ Même si j'avais été pro-israélien borné, ce que je ne suis pas, on ne "perd" jamais son temps (je vous cite) à lire une opinion différente. A moins d'être aussi fanatique que les 'ennemis' qu'on prétend dénoncer.

3/ Mon labo CNRS étudie conjointement laïcité et religion. Je n'y peux rien! Si cela vous gêne, vous devez être gênée aussi par Emile Combes, Aristide Briand ou Jules Ferry, pères de la laïcité, qui ont toujours affirmé que la laïcité n'était pas la suppression de la religion, mais son réaménagement dans un espace républicain.

Écrit par : SF | 19/01/2009

Rien ne me gêne hormis la mauvaise foi mais je me permets quand même de faire remarquer que certaines cohabitations sont antinomiques pour ne pas dire contre-nature. Ici, les dés sont pipés dès le départ puisqu'Israël a été installé sur une terre qui ne lui appartenait pas et a d'évidence une fâcheuse tendance à l'extension galopante et répressive. Je me borne ici à dire ce que je pense sans " grain de poivre " mais fermement. Cela dit, l'incident est clos, vous avez le droit de penser ce que vous voulez et moi aussi.

Écrit par : Simone | 20/01/2009

Bon, nous sommes d'accord alors sur les règles du jeu de l'échange. Je partage votre aversion pour la mauvaise foi, et votre goût pour la fermeté argumentative.
OK l'incident est clos, d'autant que la question des origines d'Israël demanderait de très longs développements...
Je dirai juste que depuis la dé-féodalisation de l'Europe, de nombreux Etats ont été, tout en partie, le fruit de déplacements de population. Le cas d'Israël est certes compliqué, spectaculaire et difficile, mais il n'est pas si isolé que cela.
Fruits de processus de violence où le droit n'est jamais respecté complètement, les Etats ont tous, à leur origine, des failles de légitimité.
J'ajoute et je termine, en rappelant tout de même que la présence juive n'avait jamais disparu de Palestine: l'équivalence souvent faite avec les croisades ne tient pas. Dans le cas des croisades, on a eu importation massive, en très peu de temps.
Dans le cas d'Israël, il s'agit un renforcement progressif d'une population juive, au départ minoritaire, qui n'avait jamais complètement déserté la terre ancestrale partagée depuis des millénaires avec les Arabes.
Cela ne revient pas à nier aux Palestiniens qui le souhaitent le droit à un Etat indépendant (d'autres se satisfont d'être citoyens israéliens). Mais il faut noter que cet Etat palestinien, souhaitable et nécessaire, sera pour ses bénéficiaires une grande "première": avant 1948, il n'y avait pas d'Etat palestinien indépendant, et il n'y en a jamais eu.
Au fond, l'ironie heureuse de l'affaire pourrait être que "grâce" à l'Etat israélien, et malgré toutes les horreurs du conflit de 60 ans qui se poursuit encore, un Etat palestinien, événement inédit dans l'Histoire, naîtra finalement. Souhaitons que ce jour arrive sous la nouvelle administration Obama.
YES WE CAN?

Écrit par : SF | 20/01/2009

à mon tour, je tiens à vous remercier vivement pour cet article bien structuré et argumenté, qui confirme le sentiment que j'avais jusque là sur cette question... mais que j'avais bien du mal à étayer par les media grand-public.
allez, pour continuer de recevoir vos avis "autorisés", je m'abonne au "fil de discussion"...

Écrit par : Christophe | 21/01/2009

Merci Sébastien pour cet article qui remet bien les pendules à l'heure.
J'entendais aux infos (que je regarde très rarement, mais encore trop souvent!) que lors d'une attaque, il y avait eu x morts israéliens et xx victimes palestiniennes. Moi, je veux bien, mais une victime et un mort c'est pas la même chose : il me semble nécessaire de comparer ce qui est comparable, non? Typique des propagandes dans lesquelles nos médias s'inscrivent (propagandes, tantôt pro-palestienne, tantôt pro-israélienne, mais la mode est quand-même à la défense de "la cause" palestinienne plus qu'à la paix entre les peuples), qui veulent faire choc pour embrasser la cause.
J'en ai marre des propagandes. Je préfère les discours équilibrés qui visent "l'amitié entre les peuples", sans défense nationaliste. Bref, la paix, quoi ;-)

Écrit par : LionEl | 21/01/2009

Comment un chercheur tel que vous peut-il énoncer tant de contre vérités et vous faire le relais de la plus grossière propagande israélienne?
Je vous invite à lire les rapports des organisations humanitaires à commencer par Amnesty international, Human Rights Watch, etc et même les ONG israéliennes qui affirment toutes qu'Israël a visé délibérément des civils à maintes reprises, commettant crimes de guerre et crimes contre l'humanité.
Vous me faîtes rire en parlant du passé colonial et de ses conséquences en termes de tabous pesant sur les politiques français, et la mauvaise conscience née de l'antisémitisme, ne pensez-vous qu'elle puisse être de quelque poids dans le soutien ou la passivité face à Israël qui détient un triste record de résolutions non respectées, et bien entendu la poursuite ininterrompu de la colonisation?
C'est bien la disqualification programmée du Fatah qui explique aujourd'hui la montée en puissance du Hamas, ce qui à l'évidence était voulu par Israël.
Le Hamas est d'existence assez récente, mais le drame palestinien, faut-il vous le rappeler date d'il y a plus de 60 ans, 60 ans de dépossession coloniale.
Vous avez des mots beaucoup plus durs pour dénoncer des simplifications dans le discours des opposants au massacre que pour les auteurs de ce massacre, que de toute façon vous justifiez en l'estimant "inévitable".
En tant qu'intellectuel, votre soutien à cette entreprise d'écrasement d'un peuple est une faute morale.

Si vous en avez le courage, je vous invite à lire les témoignages suivants:

http://www.liberation.fr/monde/0101314062-les-samouni-famille-brisee-par-un-crime-de-guerre

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2009/01/23/a-gaza-des-habitants-racontent-l-acharnement-de-l-armee-israelienne-sur-des-civils_1145435_3218.html

Écrit par : Mali | 26/01/2009

Réponse à Mali
Merci pour votre commentaire et ces liens, dont je connaissais déjà les contenus car, voyez-vous, je souffre autant que vous devant la tragédie de ces civils palestiniens, victimes de la folie de leurs dirigeants et de la brutalité répressive de Tsahal. Les auteurs des crimes de guerre abominables qui ont été commis, dans le conflit de Gaza, par certains éléments de l'armée israélienne, devront répondre de leurs actes.

Vous parlez de faute morale. La faute morale, dans cette affaire, c'est d'adopter une vision manichéenne, comme si les "bons" et les "méchants" étaient toujours les mêmes. La faute morale, c'est de ne manifester que pour une seule "cause" (civils palestiniens massacrés) et jamais pour l'autre (civils israéliens pilonnés).
Pour ma part, ne vous en déplaise, c'est par rigueur morale, et à contre-courant (les pressions sont fortes), que j'essaie de dépasser ce manichéisme mensonger, pour souligner que cette guerre terrible (toutes les guerres le sont) n'est pas le fruit d'un Mal israélien originel, mais d'un enchaînement de ratages où les palestiniens portent aussi leur part de responsabilité.

Israël, certes, a fauté, et je l'ai dit dans ma note en critiquant le gouvermenent Olmert. Plus généralement, les responsabilités israéliennes dans l'enlisement du conflit israélo-palestinien sont réelles. Vous évoquez la colonisation: elle fut une faute grave de la part d'Israël, même si, contrairement à ce que vous dites, Israël s'en est rendu compte, en décolonisant unilatéralement Gaza (en attendant, espérons-le, la suite en Cijordanie).
Mais Israël n'est pas directement à l'origine du récent conflit de Gaza. Tout pays qui se fait pilonner par son voisin aurait réagi comme Israël, peut-être même plus vite, et plus brutalement. L'origine directe de la récente guerre de Gaza est palestinienne: elle tient dans les provocations du Hamas, qui ont fini par obtenir la surenchère que ces radicaux espéraient, au nom d'une politique du pire qui ne mène qu'à la desctruction de tout espoir.

Si le Fatah avait choisi de mieux servir son peuple plutôt que d'enrichir les comptes en Suisse de Yasser Arafat, ainsi que ceux de quelques seigneurs de la guerre, trop heureux de se remplir les poches avec les aides internationales, il n'aurait pas subi la décrédibilisation qu'il a subie.... décrédibilisation qui est d'abord venue "par la base", par les palestiniens eux-mêmes (et je les comprends).
Si le Hamas avait joué avec honnêteté la carte de la trêve au lieu de saisir l'occasion pour se réarmer, puis pillonner Israël, il n'aurait pas subi non plus ce qu'il vient de subir.

C'est faire un faux cadeau aux palestiniens que de les présenter comme d'éternelles victimes, jamais responsables, jamais coupables.
C'est parce que j'aime les palestiniens que je les crois capables d'autre chose, capables de se remettre en cause, et de réviser aussi les registres rhétoriques démagogiques trop longtemps utilisés par des voisins arabes parfois fort hypocrites (qui aiment les palestiniens "de loin" mais les méprisent "de près", comme je m'en suis aperrçu lorsque je vivais en Egypte).

Le conflit de 60 ans dont on ne parvient pas à sortir est le fruit de responsabilités partagées, et c'est seulement par là qu'on s'en sortira, certainement pas en continuant cette stigmatisation manichéenne et caricaturale d'un seul des belligérants.

Écrit par : SF | 26/01/2009

Réponse à Mali (suite)

Je viens de voir la confirmation qu'Ehud Olmert a bien accordé l'impunité totale aux soldats qui ont participé aux opérations à Gaza.
Ce qui inclut la minorité de cas, documentés, qui ont commis des crimes de guerre.
Cette impunité est indéfendable, inadmissible et totalement scandaleuse: même l'Amérique de Bush a traduit en justice certains de ses soldats en Irak.
Olmert doit faire machine arrière et laisser une commission d'enquête internationale faire la lumière sur les crimes commis, puis un tribunal condamner les auteurs.
Sans quoi les motivations, en large partie légitimes, de la guerre conduite à Gaza, seront ternies à jamais par la manière honteuse qu'Israël aura eu de couvrir les dérapages criminels de certains de ses soldats.
A suivre...

Écrit par : SF | 28/01/2009

S'il est une réponse à apporter à votre billet, et aux comportements absolument délirants d'une grande partie des "gens de gauche" c'est le lourd héritage antisémite et antijudaïque auquel vous faites état.

Je lisais un papier récemment, qui disait en gros:
- Si on avait dit, tant dans les manuels que dans les églises, que Jésus avait été tué par les romains et non par les juifs, qui se souviendrait aujourd'hui du nom de Jésus??

Les israéliens et les juifs savent trés bien que leur salut ne viendra pas de ceux qui ne les aiment que lorsque leurs noms est au fronton d'un monument dédié aux martyrs du nazisme.

Écrit par : Polush | 29/01/2009

Permettez moi de revenir sur votre billet.

"Je viens de voir la confirmation qu'Ehud Olmert a bien accordé l'impunité totale aux soldats qui ont participé aux opérations à Gaza.
Ce qui inclut la minorité de cas, documentés, qui ont commis des crimes de guerre."

Il est curieux que vous considériez comme évident qu'il y a eu crimes de guerre, dés lors ou E. Olmert accorde l'impunité totale aux soldats.

Il existe une autre lecture, plus réaliste, qui consiste à dire que le premier ministre israélien est résolument décidé à défendre ses concitoyens, menacés par certains pays comme la Belgique, de les poursuivre pour crimes de guerre.
Encore, ces pays auront-ils à démontrer le crime, et l'auteur en la personne de celui ou celle qu'ils entendent juger.

J'attends encore que "les bonnes âmes", les gens du camp du bien, profèrent les mêmes menaces à l'endroit de ceux, qui tapis au fond des trous comme des rats, exigent de leurs concitoyens qu'ils le servent de bouclier en échange de 70 vierges, dont on ne connait pas la nationalité.

Écrit par : Polush | 29/01/2009

Réponse à Polush

Compte tenu du contexte, je comprends que les esprits soient «à cran ». Mais même si vous estimez avoir de bonnes raisons de haïr ceux que vous dénoncez, cela ne devrait pas vous autoriser à user de métaphores dégradantes et d’amalgames: quels que soient leurs fautes, non, les tunnelliers du Hamas ne se terrent pas «comme des rats», et non, ils ne rêvent pas tous des 70 vierges du paradis, mais plutôt de meilleures conditions pour leur peuple.

Qu’ils se trompent lourdement sur la manière de faire, c’est évident. Qu’ils cèdent au dérapage terroriste, c’est avéré aussi. Mais attention aux haines en miroir.

Concernant le soupçon de crimes de guerres, je crois d’abord qu’il n’y a pas, a priori, à écarter cette hypothèse, car chaque guerre, y compris la plus légitime, en comporte presque toujours, hélas.

Mais vous AVEZ RAISON sur un point: j'ai écrit trop vite mon commentaire précédent, en faisant comme si l'enquête avait déjà abouti. Tout ce qu'on peut dire pour l'instant, c'est qu'il y a de très lourdes présomptions pour que l'on puisse parler, localement, de crimes de guerre. Mais il faut enquêter pour en avoir le coeur net, ce que le gouvernement Olmert refuse.

Je crois ensuite que c’est l’honneur des démocraties d’enquêter sur les soupçons qui touchent leurs propres soldats. Si je considérais qu’Israël n’est pas démocratique, je ne serais ni choqué, ni scandalisé par la décision d’Olmert.

Tous les régimes autoritaires «couvrent» les soupçons de crimes commis en leur nom. C’est parce que je tiens Israël pour une vraie démocratie que je m’élève contre la décision d’Olmert, indigne des valeurs fondent l’Etat d’Israël.

Pour finir, si vous souhaitez par vous-même vous renseigner sur ces soupçons, allez sur Google et tapez: «Samouni Israël Gaza». Vous trouverez une foule de sources en anglais et en français, faites le tri. N’y-a-t-il pas lieu d’une enquête?

Écrit par : SF | 29/01/2009

Cher Monsieur,

Je suis heureux que vous reconnaissiez avoir écrit trop vite, cela vous honore.

Mais permettez moi de dire que vous lisez trop vite également.
Tout d'abord, je ne suis nullement à cran, et il n'y a aucune haine dans mes propos, ni de métaphores dégradantes, mais je me contente de rapporter certaines promesses de prêche que l'on entend régulièrement le vendredi, et qui sont rapportées par tel ou tel himam.
Si vous lisez plus attentivement mon commentaire, vous y découvrirez que je ne parle pas de "tunneliers"qui se terrent comme des rats, mais de dirigeants qui exigent de leurs concitoyens etc...etc...
Et là, vous m'accorderez que le rêve de ces gens, n'est pas l'amélioration des conditions de vie de leurs concitoyens, mais bien d'annihiler les juifs de cette terre du moyen orient, en attendant de pouvoir le faire ailleurs.

S'agissant de prétendus "crimes de guerre", avant de me prononcer je resterai trés attentif aux résultats d'enquêtes diligentées par des institutions indépendantes, sans attaches d'intérêts avec tel ou tel partie en conflit. Certains cadres de l'UNRWA reconnaissent aujourd'hui être infiltrés et manipulés par le Hamas.
J'ai trop en mémoire les "massacres de Jénine" et autres
pogromes perpétrés par les soldats de Tsahal, quand il ne s'agissait pas des viols commis par des soldats israéliens, sur des femmes palestiniennes, rapportés par Madame Sarah Daniel.
Alors, les "preuves" que l'on trouve sur la toile, ont pour moi autant de valeur qu'ont eu en leur temps les disparitions de jeunes filles dans les boutiques tenus par des juifs.

Enfin, vous ne rencontrerez jamais un juif qui vous dira avoir prié pour que son Dieu débusque les arabes cachés derrière un rocher, et les anéantisse.

La haine que vous semblez voir n'est pas de mon côté, je ne souhaite qu'une chose, c'est que chacun puisse vivre en paix chez lui.

Je ne résiste pas à l'envie de dire que, la paix à laquelle prétendent certains, n'est qu'un leurre, un moyen de gagner du temps.
Je sais que l'on est pas responsable de sa famille, et de ce qu'elle a pu faire, mais j'ai toujours en mémoire que les propos de paix de Madame Leila shahid (ou martyre), sont tenus par la petite nièce du grand mufti de Jérusalem, allié d'Hitler dans sa mise en oeuvre de sa "solution finale." Son grand projet était de faire un moyen orient "Judenrein".
Si j'avais eu à choisir un réprésentant, je l'aurais cherché ailleurs.


Pour finir, et avant de vous remercier de porter autant d'intérêt à ma reflexion, je voudrais dire que la démocratie chez les juifs et vieille de plus de cinq mille ans, elle existe même dans les rapports que ce peuple entretient avec son Dieu.
Elle ne se mesure pas à l'aune de telle ou telle déclaration venant de pays ou cette démocratie constitue des parenthèses à son histoire, hélas trop étroites à mon goût.

Merci encore pour vos billets, ils nous donnent à réfléchir.

Écrit par : Polush | 30/01/2009

Il semblerait que vous n'appréciez pas trop Olmert et je partage votre point de vue, bien que nos motivations ne soient pas toujours identiques.

Je suis ce conflit de façon assez régulière, notamment en lisant les deux journaux israéliens (Haaretz et Ynet) qui disposent d'une version anglaise. Il est possible que j'ai manqué de lire un article où Olmert aurait parlé d'impunité pour des soldats ayant commis des crimes de guerre si les faits étaient avérés. Mais j'ai quelques doutes, d'autant que dans une dizaine de jours, il n'aura plus aucun pouvoir. Il me semble qu'il ait plutôt tenu des propos se rapportant à ce que Polush évoque, à savoir les procès sans fondement permis par les législations belges ou espagnoles (comme l'actualité récente le prouve), et le cas échéant, d'offrir dans ces cas précis une assistance juridique de l'Etat.

Si quant bien même Olmert avait dit cela, croyez vous que les institutions israéliennes telles qu'elles fonctionnent (il suffit de voir le sort tellement enviable de notre ancien président comparé à ce qui attend Olmert) offriraient une telle faveur. Des soldats israéliens sont régulièrement condamnés pour des actes commis contre des palestiniens et jugés illégaux. Il est donc assez peu probable que la justice israélienne laisse à d'autres le soin d'inculper des citoyens ou des soldats qui se seraient vraiment rendus coupables d'exactions ou de crimes de guerre. D'ailleurs, des enquêtes conduites par les autorités israéliennes sont en cours, suite à certaines accusations, notamment d'ONG toujours considérées au dessus de tout soupçon.

Or, je ne considère pas ces ONG comme étant au dessus de tout soupçon. Je les soupçonne d'être au contraire fortement politisées et de n'avoir sur certains sujets qu'un rapport lointain avec la vérité. Elle souffrent des mêmes mots que ceux décrits dans votre billet.

Enfin, vous savez parfaitement que l'accusation de crimes de guerre énoncée par certaines entités ne concerne pas quelques brebis galeuses de l'armée israélienne, ce qui peut arriver dans n'importe quel groupe humain, mais l'ensemble des autorités civiles et militaires israéliennes, et ne visent qu'à un seul objectif : ôter toute légitimité à l'opération et à la réaction israélienne, quoique que l'on pense des modalités de son exécution.

Amicalement,

Écrit par : Kiko | 30/01/2009

Cher ami, merci pour votre commentaire équilibré et soucieux d'objectivité sur cette question délicate, souvent envenimée par les passions, parfois compréhensibles, mais toujours subjectives...
FB

Écrit par : Baudin | 04/02/2009

Le lien vers lequel le dernier post nous invite à nous rendre, accrédite de manière incidieuse la thèse du crime de guerre, avant toute enquête sérieuse.
Cette thèse, chère à tout ceux qui accusent encore les juifs d'être déicistes, est largement reprise par les thuriféraires du Hamas, pour qui le juif est un sacrificateur d'enfants.

J'en ai assez!!! Cessez cette diabolisation, elle ne sert pas l'humanisme que vous prétendez défendre.

Non, moi juif, je ne me lève pas le matin en me demandant quel est le goy que je vais pouvoir tuer, dépouiller de ses biens.
Vous allez me convaincre que je n'ai plus rien à faire parmi vous!!

Plus d’un mois après ce qui a été dénoncé par les médias du monde entier comme « le bombardement d’une école de Jebaliyah » - établissement dirigé par l’URWA (aide aux réfugiés palestiniens) - qui avait provoqué un concert de condamnations internationales, l’organisation de manifestations anti-israéliennes dans de très nombreux coins du globe, et une grave détérioration des relations diplomatiques avec plusieurs pays, l’ONU a officiellement reconnu qu’aucune personne n’était morte dans l’enceinte de cette école, lors d’une opération israélienne.

La semaine passée le journal canadien « Globe and Mail » avait publié l’enquête de ses journalistes sur le terrain, et plusieurs témoignages qui prouvaient qu’aucune bombe n’avait touché l’établissement scolaire.

Dans un communiqué officiel publié mardi par Maxwell Gaylord, le coordinateur des opérations humanitaires de l’ONU à Jérusalem, l’organisation a reconnu « que les bombardements et atteintes en vies humaines ont eu lieu en dehors de l’école, et non à l’intérieur ».

Écrit par : Polush | 04/02/2009

Bonjour Sébastien Fath

Vous vous dîtes dans cet article du 15/01/2009 « Très proche… de la position du mouvement La paix maintenant ». Lecteur assidu du site de cette organisation, et fort surpris, j’ai vérifié à partir de leur article 1898, traduction d’un article du Ha’aretz du 29 décembre 2008. Après cette vérification, j’ai le sentiment que votre analyse est effectivement proche de celle de B.-H. Lévy, et de la LICRA, mais à l’opposée de celle de La paix maintenant (LPM), elle-même très proche de celle de Jean Baubérot, que vous dénoncez.

Je me contenterai de vous citer (SF et LPM) brièvement sur 2 points essentiels, la légitimité de l’attaque d’Israël et le caractère terroriste du Hamas :
SF : « (comme LPM), je considère que cette guerre était hélas devenue inéluctable, à cause des bombardements du Hamas sur Sdérot et le sud d’Israël »
« Mais le premier déclencheur de cette guerre n'est pas Olmert, mais le Hamas. La négation vindicative d'Israël par le Hamas est à la racine du drame, et cette négation ne mène qu'à la mort et la destruction. »
LPM : « Toutes les guerres d’Israël ont eu pour fondement une autre hypothèse encore : nous ne faisons que nous défendre. "Un demi million d’Israéliens sous le feu", hurlait le titre qui barrait la une du Yediot Aharonot de dimanche. Comme si la bande de Gaza n’avait pas été soumise à un siège de longue durée qui a détruit les chances d’une génération tout entière de vivre une vie qui vaille la peine d’être vécue. »
SF : « bien que terroriste, le Hamas dispose d’une vraie légitimité démocratique… »
LPM : « Mais le Hamas n’est pas une organisation terroriste qui retient les Gazaouis en otages. C’est un mouvement religieux nationaliste, et une majorité d’habitants croit en la voie qu’il a choisie… »

Tout est à l’avenant. Votre analyse est à l’opposée de celle de LPM, car vous niez au drame les fondements (« vision manichéenne », 26/01/2009) que LPM admet, même s’il en souffre (un bourreau, Israël, une victime, le peuple palestinien). Cela rend sans intérêt vos rapprochements apparents. Quelle « bonne âme » ne dit pas être favorable à deux Etats ? Même « la droite dure » israélienne, vous dîtes, en proposant aux Palestiniens de suivre son exemple…
Pourtant, Hannah Arendt n’y était pas favorable, ni, plus récemment, Edward Saïd, universitaire américain d’origine palestinienne (décédé en 2004) : voir son article « La solution à un Seul Etat », publié le 10 janvier 1999 dans The New York Times (traduction sur http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=6192).
Le site ( http://www.cclj.be/regards/une.asp ) de la Revue du Centre Communautaire Laïc Juif de Belgique a publié le 03/03/2009 un article du de leur correspondante israélienne, intitulé « Israël - La colonisation, machine infernale ». L’analyse rejoint celles de LPM et d’Edward Saïd, et donc contredit la vôtre. J’en cite un extrait, en précisant que l’interviewé est israélien :
« Deux peuples, deux états » menacés par la colonisation
Professeur de Sciences politiques à Bar Ilan, un des négociateurs lors des discussions de Camp David en 2000, membre du comité des accords de Genève, Menahem Klein dénonce la colonisation qui a perduré en parallèle des négociations menées par le gouvernement Olmert.
La création d’un Etat palestinien serait-elle possible aujourd’hui ?
Si l’idée d’un Etat palestinien est désormais acceptée par la plupart des partis politiques israéliens, sa mise en place semble impossible. Aucun responsable palestinien ne pourrait accepter les frontières proposées par Olmert et Livni. Sans compter que le gouvernement
israélien a continué de construire en Cisjordanie. C’est le double langage des Israéliens, le signe qu’ils ne négocient pas sérieusement. Et puis, nous vivons quasiment dans un seul Etat, l’Autorité palestinienne a été détruite par Israël en 2001-2002. Or, la création d’un Etat palestinien ne peut être que le fruit d’un processus de prise de pouvoir. Israël contrôle tous les territoires palestiniens. Il y a créé un véritable protectorat en Cisjordanie et contrôle la bande de Gaza de l’extérieur. L’occupation est beaucoup plus brutale qu’elle ne l’a jamais été.

Sur un sujet voisin, votre proximité avec BHL (et donc la LICRA) me remet en mémoire votre « condamnation » de Siné pour « ses dérapages » antisémites (votre note du 11/09/2008). Siné était donc poursuivi par la LICRA (avec le soutien de BHL) pour « incitation à la haine raciale ». L’accusation a été rejetée par le procureur, puis, ce 24 février, par le juge : "Il ne creuse pas le préjugé antisémitisme", cite Le Monde. Siné Hebdo du 4 mars précise que le juge a surtout été choqué par les « mots d’une virulence extrême » d’un autre pourfendeur de « l’antisémitisme », Alexandre Adler. Nous en avions débattu à l’époque, aussi j’aimerais savoir ce que vous inspire ce jugement.

Cordialement, Pierre Delmas

Écrit par : Pierre Delmas | 09/03/2009

Réponse à pierre Delmas,

Merci beaucoup pour votre texte, qui a le grand mérite de condenser, avec maestria, toutes les pathologies qui pourrissent le débat intellectuel en France : logique d’inquisition, caricature, citations tronquées et hors contexte, manichéisme.

J’ai beau avoir l’habitude, c’est quand même toujours un peu décevant, d’autant que cela vient de quelqu’un d’intelligent avec lequel, sur d’autres terrains, je pourrais fort bien m’entendre.

Mais c’est un utile rappel : l’intelligence ne préserve aucunement du dérapage, de l’amalgame, de l’aveuglement, comme la longue lune de miel entre bien des intellectuels (mais aussi prêtres, pasteurs...) et des systèmes politiques fascistes ou communistes, au cours du XXe siècle, l’illustre hélas.

Je ne reprendrai pas points par points vos citations tronquées. Libre à vous de ne retenir, dans vos citations de ma blognote, que ce qui vous arrange, c’est-à-dire ce qui passe pour «à charge» contre les Palestiniens. C’est simplement dommage pour vous.

Je me bornerai à vous rappeller que la caricature outrée que vous faites de mon point de vue ne fait aucunement justice à mes convictions, qui n’ont jamais réduit Israël à une victime, et les Palestiniens à des coupables.

Les colonisations sont évidemment scandaleuses et je ne les ai jamais soutenues. Les bombardements de civils par Tsahal (même inférieurs à ce qui a été dit, notamment dans le cas de l’école de Jabaliya gérée par l’ONU) sont évidemment inacceptables et intolérables. L’absence d’un Etat viable, pour la population palestinienne, est une plaie ouverte....

Mais à l’inverse, il est démagogique et faux d’affirmer, comme vous le faites, qu’Israël est le bourreau et les Palestiniens, la victime. Les choses sont bien plus complexes que cela, et tant qu’on ne sortira pas de ces schémas caricaturaux et manichéens, on n’avancera jamais sur le chemin de la paix.

Concernant La Paix Maintenant, dont je suis effectivement proche (sans endosser tous ses textes, qui manifestent d’ailleurs une pluralité de points de vue), vous faites passer ce mouvement pour quasiment pro-Hamas, sur la base d’une citation d’un article d’Haaretz, signé par l’historien contestataire Tom Segev.
Ce dernier affirme que le Hamas n’est pas terroriste.

Fort bien! Mais avec des méthodes comme cela, vous feriez passer Besancenot pour un trader de Wall Street, sur la base d'une citation tronquée d'un compagnon de route!

Car Tom Seguev écrivait en son nom, pas en tant que voix officielle de La Paix maintenant. Cet historien très controversé a compris qu’en défendant des positions ultra-critiques à l’égard d’Israël, il obtiendrait une vaste audience internationale... revanche sur une carrière peu réussie en Israël.

Permettez-moi de prendre ses affirmations avec un gros grain de sel. Pour ma part, je continue à considérer le Hamas comme une organisation qui revêt, en ce moment, un caractère indéniablement terroriste, et l’Europe, tout comme les Etats-Unis, le pensent aussi au plus haut niveau. Faut-il rappeler que ce point de vue est également partagé par bien des tenants du mouvement la Paix Maintenant?

En revanche, je n’ai jamais écrit que le Hamas se résumait au terrorisme, bien au contraire... je l’ai même comparé au mouvement sioniste des origines dans une note du 12 janvier 2007, et j’espère qu’Israël aura le bon sens de négocier avec ses représentants (relisez ma note). Ce qui ne fait pas du tout plaisir, d'ailleurs, à nombre de défenseurs d'Israël, qui me trouvent trop naïf. Vous voyez donc que ma position, déjà explicitée dans ce blog, est bien moins manichéenne que celle que vous me prêtez... Mais pourquoi s’embarrasser avec ces «faits désagréables» quand ils ne vont pas dans votre sens?

C’est tellement plus simple de ramener l’opinion gênante à une caricature, pour mieux la noyer dans sa réprobation.

Un dernier mot sur Siné: je suis vraiment ravi qu’il n’ait pas été condamné, pour la simple raison que je défends une conception large de la liberté d’expression, et je préfère que Siné soit sanctionné pour ses dérapages par un coup de pied bien placé, quitte à ce qu'il fonde un nouveau journal, plutôt que par une décision de justice. La pensée, même rancie ou carrément nauséabonde, devrait le moins possible être baillonnée par les tribunaux.

Cela ne change rien à l’opinion que j’ai des divers propos tenus par Siné, au fil des années, sur les juifs et sur Israël: des propos manifestement partagés par de larges segments de la population française, et qui justifient totalement le courageux effort d’analyse et d’éducation civique entrepris par des intellectuels comme Taguieff ou Trigano: oui, l’antisémitisme ‘vieille France’ se recycle largement, aujourd’hui, dans la critique monomaniaque d’Israël (et l'angélisation corrolaire du Hamas, courageux mouvement de résistance etc etc).

Cette critique dissymétrique et doctrinaire aveugle sur les enjeux réels, fait reculer la paix, et blesse tout le monde, à commencer par les Palestiniens.

Ces derniers méritent tellement mieux qu’un chant des sirènes victimaire, pathologique et démago qui conduit droit au naufrage.

Écrit par : SF | 09/03/2009

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