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14/12/2020

10 ans du CNEF: une inspiration pour la structuration de l'islam français?

protestantisme,évangéliques,islam,france,république,cnef,fpf,laïcité,démocratieDemain 15 décembre 2020, le Conseil National des Evangéliques de France (CNEF) fêtera ses dix ans d'existence.

Par rapport à la Fédération Protestante, l'autre grand réseau fédératif des protestants, c'est un petit nouveau.

Le CNEF n'a pas, pour l'heure, l'armature institutionnelle de son aînée. Et ses bases restent fragiles. Mais la dynamique enclenchée s'est révélée fructueuse au fil de la décennie 2010. Il rassemble aujourd'hui environ 60% du total protestant évangélique français (ce qui représente autour de 600.000 fidèles, sur un total d'environ un million), et a gagné sa crédibilité auprès des pouvoirs publics.

Entre la mise en place de Centres de Formation Régionaux d'Implanteurs (CFRI), la mise à disposition d'outils juridiques très pédagogiques sur le cadre des libertés dans la France laïque, le déploiement progressif d'antennes départementales, l'organisation de pastorales, la création d'un service pastoral CNEF auprès des parlementaires, sans compter des initiatives d'évangélisation marquantes ("Bouge Ta France" en 2017, pour les 500 ans de la Réforme), les indicateurs ne manquent pas pour conclure sur une décennie de lancement prometteuse.


L'ingrédient de la réussite? Une longue maturation "par le bas", sans incitation politique, portée par les églises, les réseaux (FEF d'un côté, pentecôtistes de l'autre). C'est au terme d'un lent parcours de rapprochement, de concertations multiples, d'échanges et de réflexions partagées, que ce projet d'oecuménisme intraprotestant, sur une base évangélique, s'est épanoui.

N'y a-t-il pas là des éléments à retenir dans les sempiternels débats sur la structuration de l'islam en France?

Entre la tentation bonapartiste autoritaire (néocoloniale?), toujours très présente (l'Etat impose le cadre représentatif) et la balkanisation de "l'islam consulaire" (téléguidé par des ambassades étrangères, à commencer par celle de l'Algérie, mais aussi le Maroc, la Turquie, etc), il y a sans doute d'autres options.

Ne serait-ce pas en libérant les musulmans de France des pressions "par le haut" (gouvernement français ou ambassades étrangères), et en faisant davantage confiance à leur propre mode de régulation par le bas, que des perspectives de structuration représentative durable et crédible se dessineront?

Sociologiquement, l'islam en France et le protestantisme évangélique partagent plusieurs traits: il s'agit d'identités religieuses en expansion démographique, portées par une jeunesse créative et volontiers mobilisée; sans magistère; ces deux offres religieuses obéissent aussi à un principe de décentralisation de l'autorité, et reposent sur un rôle majeur des laïcs et des communautés locales.

 

Evangéliques, Musulmans : le rôle crucial de la régulation par les acteurs

Marquées tous deux par une très grande diversité de courants, d'orientations, de sensibilités théologiques, l'islam en France et le protestantisme évangélique obéissent largement à une régulation "bottom-up" (par le bas). Ce qui veut dire que toute solution fédérative viable, durable, efficace, ne saurait être dictée, ni par une ambassade, ni par le Ministère de l'intérieur (gouvernement français).

C'est par les acteurs eux-mêmes, en respectant les parcours et les temporalités, les exigences de rencontre et de réconciliation, que des structures réellement représentatives émergeront. Comme cela s'est produit, il y a quelques années, pour les réseaux protestants évangéliques, aboutissant au CNEF.

Que ces recompositions représentatives "par le bas" plaisent à l'Etat et aux médias (un peu? Beaucoup? Passionnément? Pas du tout?), c'est une autre affaire. Mais le plus important, dans une société démocratique, n'est-il pas que les structures représentatives émanent des fidèles et des assemblées locales?

 

 

 

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