26/02/2010

Méritocratie scolaire, quotas, concours: retour sur un billet d'humeur

3522.jpgIl y a sept semaines, j'écoutais France Info, le matin, lorsque par la bouche péremptoire de Richard Descoings et Luc Chatel, j'entendis un plaidoyer, non seulement pour des quotas de boursiers dans les classes préparatoires (ce qui ne me choque pas), mais aussi des quotas de boursiers à la réussite des concours (solution démagogique qui détruit le principe même du concours, basé sur l'anonymat et la sélection par niveau).

 

 


Selon Luc Chatel, toute allusion à une possible baisse de niveau liée à des quotas de réussite au concours basés en fonction de l'origine des élèves apparaissait comme "profondément choquante".

Sur un coup de tête, je m'étais alors dirigé vers mon ordinateur, pour rédiger à la hâte une satire anticipatoire, que j'avais envoyée illico presto au quotidien Le Monde.

 

 

Le Mensuel février 2010.jpgA ma grande surprise (même si je l'espérais un peu, je l'avoue), Le Monde avait publié ce billet "politiquement incorrect" dans son édition papier du 8 janvier 2010.

 

Autre surprise ce mois-ci (février 2010) : Le numéro 1 du magazine "", qui rassemble "Les meilleurs articles du Monde" (dixit), a sélectionné mon billet d'humeur dans sa rubrique "L'avenir des grandes écoles" (aux pages 95 et 96).

 

 

Suite à cette parution inattendue que j'ai déjà évoquée et expliquée dans ce blog, je voudrais en profiter pour faire le bilan rapide des 18 réactions publiées sur le site du Monde au sujet de ce billet d'humeur.

 

Deux réactions (Thierry B. et Christian T.) ont compris mon billet complètement de travers. Ils ont cru voir une comparaison (boursiers= division d'honneur) là où il n'y en a pas. Le récit était sur le mode de l'hyperbole, de l'outrance satirique, pas sur le mode de la comparaison! Et même s'il y avait eu comparaison, ce n'est pas entre les boursiers et la Division d'honneur, mais entre le principe de quota catégoriel dans les concours et son application dans les compétitions sportives.

 

Trois autres réactions (Thierry B., Bertrand C.,Christian T.)  ont imaginé du mépris de classe, là où mon texte invitait précisément à l'inverse: plaider pour le principe que les milieux modestes n'ont pas besoin de passe-droits méprisants (quotas) mais de bourses et d'égalité des chances.

Je voudrais dire à ces cinq lecteurs que je partage le fond de leur colère: le mépris des catégories sociales reléguées est insupportable. Le tout est de ne pas se tromper de combat (et d'interprétation) afin de porter le fer au bon endroit.

 

Deux réactions n'ont pas compris la métaphore footbalistique (Christophe B. et Phil G.)... Pour tout dire, j'ai employé cette métaphore osée afin de créer un décalage et "faire passer le message" auprès du grand public (qui connait mieux le foot que les ENS).

 

 

11 réactions sur 18 très positives

 

Mais j'ai été frappé, en fin de compte, par le fait que onze réactions sur 18 se sont révélées franchement positives. Je dois avouer que je ne m'y attendais pas, tant la démagogie ambiante (les méchants concours méritocratiques, les vertueux quotas miracles) matraquait dur.

 

Un indice que la culture républicaine ne se porte pas si mal? A condition que la critique des quotas ne conduise pas à l'inaction, mais permette au contraire de faire porter l'effort là où il doit l'être (éducation de qualité pour tous, bourses).

 

 

Là où se trouve le vrai mépris...

 

A ce propos, je me permets pour finir de répondre à la réaction de "F", que je remercie au passage:

 

"Sébastien, vous êtes un homme, jeune, blanc, de confession chrétienne. Quelle est votre solution pour qu'un jour une femme musulmane d'origine maghrébine de 45 ans rédige la même colonne que vous, après être passé par Normale et avoir obtenu un poste au CNRS ? Je sais qu'il y en a déjà, mais peu, admettez-le."

 

Concours est ouvert.jpgMa réponse est la suivante: non seulement j'admets le problème, mais c'est pour contribuer à y remédier que j'ai publié ce billet d'humeur. La "solution" miracle n'existe pas, mais la voie passe par un système ambitieux de bourses et une formation de qualité pour tous (car le nivellement par le bas encourage l'éducation à deux vitesses où les riches compensent tandis que les pauvres coulent).

 

Le vrai mépris des catégories populaires et "issues de migrants" est de faire l'inverse: casser l'outil scolaire (classes surchargées, baisse de l'encadrement périscolaire, niveau d'exigence à la baisse) et compenser symboliquement par des quotas basés sur l'origine.

La dignité d'une femme d'origine populaire et migrante tient dans le fait qu'elle réussit le même concours que les autres. Dans le fait qu'elle est sélectionnée, non pas parce qu'elle fait partie d'un "quota", mais parce que c'est la meilleure! Elle en est parfaitement capable! Et ne demande que ça!

 

Lui offrir un passe-droit lié à son origine est indigne. Ce qu'il faut, c'est lui offrir les moyens de réussir en compensant son handicap social de départ par des aides adaptées et une offre de formation de qualité.

 

 

NB: j'observe avec soulagement que depuis quelques semaines, les plaidoyers en faveur de quotas AUX CONCOURS se sont fait plus discrets. Luc Chatel en est revenu aux quotas à l'entrée des classes préparatoires (ce qui n'est pas du tout la même chose, et qui est davantage justifiable).

 

 

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