09/03/2010

Rapport Lozès-Wieviorka: suggestion pour une 51e proposition

marianne.jpgPatrick Lozès est à l'origine d'un des plus beaux coups médiatiques de ces dernières années.

 

En surfant sur la vague victimaire et communautariste, il avait  fait sortir il y a quelques années de son chapeau un improbable "Conseil Représentatif des Associations Noires" (CRAN), dont la création avait à l'époque été encensée en première page de Libération, avant même que ce CRAN ne s'affirme, ni comme "Conseil", ni (encore moins!) comme "Représentatif".


Ce même Patrick Lozès, ancien militant MODEM, a l'honneur aujourd'hui, une fois de plus, des colonnes du Monde.

 images-2.jpegIl y affirme péremptoirement que "la lutte contre le communautarisme ne peut être une lutte contre les communautés" (ce à quoi je répondrai, conformément à la tradition républicaine qui valorise le choix et le contrat plutôt que les pressions de la communauté naturelle: "cela dépend!")


C'est cet homme avisé, multicarte et fin stratège qui a été chargé il y a quelques mois, par Brice Hortefeux et Bernard Kouchner, d'une réflexion sur les "moyens de combattre efficacement les replis communautaires et toutes les formes de racisme"".


Le souci, en soi, est louable, et sans doute peut on faire crédit à Patrick Lozès d'avoir contribué à faire avancer le débat au travers d'une médiatisation qui, bonne ou mauvaise, malsaine ou non, attire de toute façon toujours l'attention des politiques.

 Racisme et repli communautaire existent et continuent à gangréner certains secteurs de la société, en dépit de progrès considérables, en une génération, dans la prise en compte de la diversité culturelle.

La dynamique républicaine et sociale qui porte la société française se doit de se donner les moyens de mieux lutter contre ces phénomènes intolérables.

Il y a du boulot! Toutes les bonnes idées sont donc les bienvenues.

 

Cinquante propositions

 Le résultat est tombé aujourd'hui, sous la forme d'un rapport téléchargeable, orné de 50 propositions.

A lire! Elles oscillent entre usine à gaz surréaliste, boboïsme multiculturaliste de gauche à la sauce californienne, et salubre bon sens républicain.

images.jpegCe rapport est l'oeuvre de Patrick Lozès et de Michel Wieviorka, poids lourd de la recherche en sciences sociales en France actuellement, qui a cru bon devoir cautionner la démarche du CRAN dès le départ.

Je me garderai de commenter en détail ces propositions.

 

 

Proposition complémentaire

 Je ferai juste une suggestion complémentaire, une 51e proposition, histoire de d'apporter une petite pierre à cet édifice réformateur.

En République, un préalable absolu à tout "catalogue" de propositions de lutte anti-discriminations devrait être le suivant :

Veiller, sur la base d'une certification critériée, à la transparence et à l'efficacité démocratique et contracturelle de toutes les associations qui affirment vouloir défendre telle ou telle "minorité" de "la diversité" (sic). (1)

Ce souci de représentativité, de désintéressement et d'efficacité démocratique des interlocuteurs de l'Etat n'est-il pas, en effet, la condition sine qua non d'une régulation républicaine, protégée des surenchères opportunistes du premier entrepreneur communautariste venu?



Espérons que l'absence de cette proposition essentielle n'est qu'un oubli fortuit, qui n'a rien à voir avec le fait que le Tribunal de Grande Instance a annulé l'élection de Patrick Lozès à la tête du CRAN, le 26 janvier 2010, en raison de d'irrégularités qui ont conduit à de nouvelles élections (avec reconduction "à l'unanimité" de P.L.)...

(1) Sur l'enjeu de la certification des associations, voir notamment le site http://www.gouvernance1901.com/, reflet d'un travail collectif marqué par l'impulsion de Pierre Patrick kaltenbach

Commentaires

Bonjour,
Patrick Lozès a été réélu Président du Cran samedi dernier, en application de la décision du TGI Paris.
Voici le communiqué du CRAN :
http://lecran.org/?p=1095
L'info a été reprise largement par la presse.
Bien à vous,
Elysée

Écrit par : Elysee | 09/03/2010

Merci Elysée pour votre commentaire et cette info, dont j'ai tenu compte en modifiant très légèrement cette blognote (voir la fin).

Écrit par : SF | 09/03/2010

Oui, cela dit, vous mettez des guillemets à "unanimité", mais c'est bien le résultat. L'ensemble des personnes morales présentes au CA du CRAN ont voté sa reconduction.
C'est la réalité. Et pourquoi imposer aux associations de la diversité des exigences qu'on impose pas à toutes les associations ? Sur quelles bases ?

Écrit par : Elysee | 09/03/2010

Réponse2 à Elysée2

Quand on cite un extrait de titre (cf. le lien vers le blog du Cran), on met des guillemets non?

Sur la question des exigences, je vous réponds qu'il faut EVIDEMMENT imposer à TOUTES les associations des règles de transparence et de bon fonctionnement sur la base d'une certification.
On s'en approche! Un mouvement de réforme est en cours. Si cela vous intéresse, je vous renvoie aux travaux de Pierre Patrick Kaltenbach, qui oeuvre depuis longtemps dans ce sens.

Mais je voudrais préciser une chose, cher Elysée: les associations qui prétendent représenter une vaste catégorie de citoyens (lesquels n'ont souvent pas été consultés) sont DOUBLEMENT redevables d'une bonne déontologie démocratique, car le risque est très grand qu'elles dérapent dans le clientélisme et l'opportunisme politicien.

Le filon victimaire et communautariste est énorme. Il y a beaucoup d'argent à gagner ici, de postes en vue aussi (au futur observatoire du racisme par exemple?) car les gouvernements sont tous prêts à lâcher du lest et des subventions, beaucoup de subventions.

Il est donc plus important, pour une association "de la diversité" (sic) d'être déontologiquement clean, que pour l'amicale des boulistes de mon quartier, car les enjeux financiers et politiques sont loin, très loin d'être les mêmes!!!!

Écrit par : SF | 09/03/2010

Oui, donc vous proposez bien un régime juridique spécial pour les associations "de la diversité". Et vous le faites par... refus du communautarisme. Un régime spécial pour les Noirs, pour être bien sûr qu'ils ne deviendront pas communautaristes ? Vous voyez la contradiction ?

"Doublement redevables", les associations noires ? Au nom de quelles valeurs ? Sur quels critères ?

De l'argent à gagner, dans le secteur associatif ? Mais par qui ? Toutes ces associations sont chroniquement déficitaires, vous le savez bien. Le jour où le président du CRAN ou du MRAP ou du GISTI ou de la Fédération protestante de France pourra être soupçonné ne serait-ce que d'avoir fait du bénéfice pour son association, on pourra en reparler.

Mais en attendant, parler d'un gain politique, oui, certainement, quand on voit les carrières de Malek Boutih et Harlem Désir après Sos Racisme. Encore que, tout est relatif, ce ne sont pas des carrières extraordinaires - Malek Boutih est tellement marginal au PS qu'il est ouvertement candidat à un débauchage par Sarkozy. Mais un gain financier ? C'est une contrevérité, ou une méconnaissance du terrain.

Écrit par : Elysee | 10/03/2010

Réponse3 à Elysée3

Essayez SVP de me lire, au lieu de me faire dire des choses que je n'ai pas écrites. C'est fatiguant...

Je ne demande aucun régime juridique spécial. Ce que je dis et écris, c'est qu'en raison des dérapages clientélistes possibles, il est nécessaire d'être particulièrement vigilant avec les associations à vocation de défense d'une "communauté". Je le maintiens.

Je ne demande pas non plus de régime spécial pour les "associations noires". C'est ridicule, ce que vous me faites dire!! D'ailleurs, je n'ai pas parlé d'associations noires. L'expression, du reste, me choque, car personnellement, je n'évalue jamais les gens sur la couleur de leur peau, et j'ai la faiblesse de penser qu'en République, dans une association, la couleur de peau ne devrait pas être le critère dominant. Pour ma part, je parle de toutes les associations de type "défense d'une communauté.

Concernant l'argent à gagner.... Ce serait trop long de détailler, mais sachez qu'il existe une abondante bibliographie spécialisée sur les dérives des comptes associatifs, voire sur les "associations lucratives sans but". Des régulations accrues sont en cours, mais on est loin du compte encore.

Vous parlez de méconnaissance du terrain, cela me fait vraiment sourire.... Allez-y, sur le terrain renseignez vous d'un peu plus près, lisez les études (nombreuses, y compris de la Cour des Comptes) sur les innombrables dérives financières de nos chères associations, et on en reparlera, du terrain!!!!

Juste trois liens internet pour éclairer votre lanterne associative:
http://www.ppkaltenbach.org/news/associations-lucratives-sans-but
http://association1901.fr/blog/management/vie-associative-un-enfer-pave-de-bonnes-intentions
http://www.observatoiredessubventions.com/tag/detournement-de-fonds-publics/

Écrit par : SF | 10/03/2010

Cher monsieur, je profites de cette blognote pour vous poser une question : Des eglises dites "ethniques" de la mouvance du protestantisme évangéliques font-elles parti du CRAN en tant qu'association ?
merci par avance pour votre réponse.

Écrit par : phileas | 10/03/2010

@ phileas Non, il n'y en a pas. Celles qui ont adhéré ont été exclues.

@ SF Les comptes du CRAN sont certifiés par un commissaire aux comptes. C'est le cas de très nombreuses associations. Si vous accusez le CRAN de détournement de fonds, dites-le carrément, et montrez vos preuves. Dans le cas contraire, à quoi servent vos insinuations ? A discréditer un mouvement entier, sur la base d'une supposition ? Les associations n'ont pas d'argent en ce moment, Sarkozy a coupé tous les crédits, y compris aux associations de terrain. Tout le monde galère. Et on ne peut pas dire que le CRAN soit particulièrement sympa avec le pouvoir, donc...
Même Doc Gynéco est aux Assedic en ce moment ! Entre parenthèses, voilà un vrai scandale, dont vous devriez vous indigner, sachant que le même Doc Gynéco fustigeait les demandeurs d'emploi dans son livre, en les accusant d'être des "assistés".

Vous écrivez :
"Je ne demande aucun régime juridique spécial. Ce que je dis et écris, c'est qu'en raison des dérapages clientélistes possibles, il est nécessaire d'être particulièrement vigilant avec les associations à vocation de défense d'une "communauté". Je le maintiens."

Particulièrement vigilante, la police l'est déjà avec les Noirs et les Arabes. ça s'appelle le contrôle au faciès. Vous voulez un contrôle au faciès pour les associations ?
"Particulièrement vigilant", en droit, ça n'existe pas. Soit on a un régime séparé, soit on est discriminatoire de manière illégale comme avec les contrôles au faciès, soit on traite tout le monde de la même façon.

Écrit par : Elysee | 11/03/2010

Réponse4 à Elysée4

Ce que j'aime chez vous Elysée, c'est que vous défendez vos opinions bec et ongle. Vous paraissez vraiment sincère dans votre défense du CRAN (qui, dans sa forme actuelle, ne mérite probablement pas le service que vous lui rendez). Alors ça vaut la peine d'aller plus loin dans la discussion.

Tout d'abord, que ce soit bien clair: je n'ai aucun compte à régler personnel avec le CRAN et son chef. Même si nombre de rumeurs ou infos non vérifiées circulent sur internet, je n'ai aucunement l'intention de me laisser entraîner dans une logique de dénonciation particulière. Mon propos est général: il vise à questionner un "politiquement correct" qui banalise un risque de surenchère communautariste et clientéliste, dont le CRAN constitue un cas d'école.

Je voudrais ensuite préciser une chose une fois pour toute: je partage votre dégoût des discriminations en tous genres, des contrôles au faciès et des expulsions des sans-papier.
A partir de là, toute la question est de savoir comment faire pression, faire "rapport de force", pour que ça s'arrange.

Je reste convaincu que le chemin vers les solutions passe par le refus de la démagogie victimaire et du clientélisme, ce qui veut dire a contrario qu'il faut favoriser les réformes de structure, dans la tradition républicaine, et au plus près des besoins de tous les citoyens (la HALDE est sur la bonne voie, de ce point de vue, en s'intéressant à TOUTES les discriminations).

Fédérer, et convoquer les médias sur la base de la couleur de peau, comme prétend le faire le CRAN, est aux antipodes d'une approche républicaine. Imaginons que Le Pen, demain, crée un CRAB (pour les blancs!). Un CRAN est aussi choquant qu'un CRAB: une honte pour la République.

Autre point: vous évoquez la pauvreté financière actuelle des associations.... Cette pauvreté tient au fait que beaucoup d'associations dépendent bien trop des subventions publiques. Ce qui est un aveu de faiblesse. Si le CRAN, par exemple, était véritablement un CRAN (c'est à dire un vrai "conseil", et un conseil réellement "représentatif"), il drainerait suffisamment de cotisations de sa base pour être costaud financièrement, sans besoin de dépendre des subventions.

La même remarque vaut pour beaucoup d'associations du même genre, qui font le paon dans les médias, en surfant sur l'air du temps, pour gagner leur chèque d'argent public, au lieu de faire du terrain et de rassembler une force sociétale réelle. D'où un théâtre d'ombre, un jeu de dupe, où la quantité d'associations et de "conseils soi-disant représentatifs" cache une société civile atone, peu motivée et peu généreuse, gangrénée par ce clientélisme qui veut qu'en France, une association n'est adoublée que lorsqu'elle reçoit sa subvention (et sa manchette dans Libé?), quand bien même elle ne représenterait rien, ou presque rien, dans la population.

Citez-moi trois ou quatre manifestations de masse organisées par le CRAN? R-A-S. Une seule megachurch évangélique afro-antillaise parisienne (portée, elle, par ses membres de base) rassemblera et mobilisera beaucoup plus de monde, en un jour donné, que le CRAN. Et pourtant, une megachurch évangélique, ce n'est vraiment pas grand chose en comparaison des millions de citoyennes et citoyens qui seraient prêts à se mobiliser dans un cadre associatif authentique qui les consulte, qui les respecte, qui porte leurs voeux au lieu de parler en leur nom à tous (cf. ce malheureux "Nous les noirs de France", sic...) sans même aller vraiment à leur rencontre.

Dernière chose: vous avez marqué un point au sujet de la question du statut juridique. Ma formulation était un peu imprécise et équivoque, je le reconnais (je ne suis pas juriste). Je maintiens cependant que les associations communautaires nécessitent, dans un cadre juridique égal, une vérification particulière, critériée, en raison des enjeux qu'elles représentent. Cela n'a rien à voir avec la couleur de peau. Mais tout à voir avec les risques de dérives particularistes et clientélistes. Un dossier à suivre.... Nous y reviendrons dans ce blog.

Écrit par : SF | 11/03/2010

Bonjour,

Il est vrai que dans le cas d'associations comme le CRAN, on ne peut pas demander un régime spécial de vérification et de déontologie sans se voir prêter de mauvaises intentions, surtout si on est "blanc". Le sujet est sensible. Mais le CRAN se grandirait à prendre en compte les critiques à son endroit au lieu de se braquer. D'accord, il faudrait la même rigueur pour toutes les associations de ce genre. Il n'empêche cependant que le CRAN ne fait pas unanimité auprès de ceux qu'il prétend représenter. il doit l'admettre; sauf à valider l'idée raciste et simpliste, les deux vont toujours ensemble, que tous les noirs sont à mettre dans le même panier communautaire, qu'ils le veuillent ou non. Dans lequel cas, cela s'appelle aussi de l'autoritarisme. Et c'est également faire du faciès, tout comme le font certains policiers.

(Soit dit au passage, j'ai été contrôlé pour le première fois de ma vie il y a deux semaines. Ils ont tout fait pour que cela ne soit pas pris pour un délit de faciès mais je n'étais pas dupe. Ils s'y étaient pris comme des pieds: filature dans la gare, font semblant de contrôler deux jeunes blancs, puis me demandent mes papiers. Sauf qu'ils n'ont contrôlé personne avant ou après. C'était ponctuel. J'étais gêné pour eux!)

Tout le monde fait à un moment ou à un autre du faciès, tout comme tout le monde discrimine. Le délit se trouve dans les motivations.

Tout n'est pas mauvais dans le combat du CRAN. Mais il faut bien reconnaître qu'il surfe sur une vague revendications identitaires alimentée par tous les courants politiques aussi bien dans les propos et dans les actions; choses qui ne manquent pas en ce moment.

Il a légitimité sur la question de la représentativité des minorités ethniques dans le pays, les noirs en l'occurrence, mais le CRAN n'est pas forcément "représentatif" des noirs, du moins pas sur tous les points. Il ne suffit pas d'être noir pour représenter les noirs. Il y a des blancs et des associations de "blancs" qui défendent et peuvent défendre les minorités. Ce serait un échec si la représentativité des minorités devait se limiter à la couleur de la peau. Ce serait du communautarisme dans sa forme primaire. Car on exclurait tous les blancs qui militent pour une république plus juste. Beaucoup de noirs font souvent l'impasse sur les associations constituées de blancs, les "Amis des noirs" par exemple, qui ont milité pour la cause des noirs.

Le CRAN est une institution qui fédère des associations de noirs et qui "se veut" représentatif. Il y a un décalage entre ce que l'on "veut" et la démarche pour y parvenir.

Quant à Doc Gynéco, je reconnais que la république a le devoir de s'occuper de tous ces enfants, y compris ceux qui la critique et qui n'ont pas toujours vu l'intérêt de ses obligations vis-à-vis des démunis. Mais quand même, pourquoi SF devrait s'intéresser davantage à lui qu'au CRAN? En quoi est que Doc Gynéco est-il représentatif des chômeurs de ce pays pour que son cas fasse école? Y a-t-il quelque chose à apprendre dans son cas? Ou, est-ce du simple fait de son ethnicité?

Écrit par : CCharles | 12/03/2010

@CCharles
Doc Gynéco a bien le droit de toucher les Assedic. Mais il n'avait pas, de mon point de vue, à critiquer les Assedic et à qualifier les chômeurs qui touchent leurs allocations d'"assistés", dans son livre. Il faut être cohérent. Il démontre tout seul l'absurdité des thèses qu'on lui a fait défendre - il a reconnu lui-même ne pas avoir écrit son livre.

@SF
Le CRAN est la seule association qui défende les droits des minorités visibles en ce moment. Je ne dis pas qu'elle est la meilleure, je ne dis pas qu'elle est parfaite. Mais elle est la seule à, comme le dit très bien Rama Yade "appeler un chat un chat" et à ne pas utiliser des circonvolutions pour dire que les Noirs et les Arabes sont discriminés dans ce pays, parce qu'ils sont Noirs ou Arabes. Ils sont aussi les seuls à proposer un programme complet, avec lequel on peut ne pas être d'accord, mais qui existe. Vous avez tout un article sur leur rapport, sans mentionner une seule fois le détail des propositions, qui sont le fruit d'un travail sérieux - Michel Wieviorka est un sociologue d'une renommée internationale -, et étayé - moi, j'ai lu le rapport.
Je trouve juste que critiquer le CRAN sur des bases aussi légères que vous le faites : des rumeurs, que vous relayez sans les relayer, des accusations que vous dites sans les dire tout en les disant... sans se pencher sur le fond, c'est faire bien peu de cas du vrai problème : les discriminations, le racisme.
Comme quelqu'un l'a très bien dans un forum consacré au CRAN : quand le CRAN pointe du doigt les discriminations, certains regardent... le doigt. Arrêtons de regarder le doigt. Et regardons les discriminations. Agissons, surtout.

Écrit par : Elysee | 12/03/2010

OK pour l'approche pragmatique. Je pense d'ailleurs que Michel Wieviorka, que j'estime beaucoup par ailleurs, a cédé à cette approche, en suivant le raisonnement que vous élaborez, à savoir: "avançons, quitte à faire des erreurs, car il faut cibler le problème des discriminations au faciès".

Je ne serais pas très éloigné de partager cet angle, d'autant que je suis totalement solidaire -et concrètement- des discriminés, si le CRAN et Lozès n'avaient pas commis, au démarrage de leur action, au moins deux erreurs à mon sens gravissimes (en plus d'une floppées d'autres erreurs moins lourdes), que j'ai déjà évoquées dans un précédent post :

1/ Rassembler sur le critère de la couleur de peau (au risque de la "prophétie autoréalisatrice": conduire peu à peu TOUS les citoyens -et non pas seulement une minorité raciste, comme actuellement- à juger un groupe sur sa couleur de peau parce que ce groupe lui-même décide de s'identifier d'abord sur ce critère)

2/ Jouer la carte du trompe-l'oeil médiatique et de l'esbrouffe, au lieu de commencer par un VRAI TRAVAIL DE TERRAIN à la manière de ce que fit, jadis, MLK aux Etats-Unis

Ces erreurs "plombent" l'action menée, et risquent d'illustrer l'histoire du pompier pyromane: au prétexte d'être efficace contre les discriminations, créer une structure qui va nourrir le morcèlement de la société française (groupes revendicatifs basés sur le taux de mélanine). Il y a d'autres manières de faire, et d'autres structures (un peu vite méprisées par le CRAN!!) l'illustrent, comme la HALDE et SOS Racisme, entre autres. Des structures qui reconnaissent les diverses discriminations et jouent le jeu républicain tout en refusant l'enfermement dans une vision "noir et blanc" des rapports sociaux.

Écrit par : SF | 13/03/2010

Bonjour Elysee,

Si vous m'aviez bien lu, vous auriez convenu que je n'ai pas dit que Doc Gynéco n'a pas droit aux assédics. La république a un devoir envers tous ses enfants, quand bien même ils l'ont critiquée. Je vous invite à relire mes questions sur l'intérêt de se pencher sur son cas.

Wievorka est bien mentionné dans la note.

C'est super que le CRAN soit là pour montrer du doigt les problèmes de racisme dans le pays. Avant le CRAN personne ne le faisait; maintenant, il n'y a qu'il y a le CRAN, on se permet de dire des choses de travers. On a l'impression que vous venez d'ouvrir les yeux. Les autres n'ont rien fait avant et ne font rien maintenant; cela fait d'eux des inactifs et des racistes par omission. Wow.

Ah oui, je crois que c'est aussi comme cela que l'on construit la légitimité d'une institution: on rejette les critiques, on se présente comme pionnier et on comprend ce que l'on veut. J'ai bien fait de parler d'autoritarisme dans ma précédente contribution.

Votre agressivité rappel la démarche paradoxale et réactionnaire des nouveaux prophètes de la "créolité" (opposé de "négritude") qui demandent à être dans la république et qui crient au racisme dès lors qu'on leur adresse une parole qui ne soit pas une caresse dans le sens du poil et une validation totale de leur démarche. Cette façon de faire tue les occasions d'échanger de manière constructive.

Tchenbe rèd (bon vent)

Écrit par : CCharles | 13/03/2010

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