Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

29/03/2018

Vers la fin de la discrimination concordataire: le débat continue

christian albecker, réforme, protestantisme, alsace, moselle, concordat, discrimination, laïcité, égalité, guyane, guyane et laïcité, mgr lafontSuite à une chronique publiée dans Réforme au sujet de la discrimination concordataire encore en vigueur en Alsace-Moselle, Christian Albecker, président de l'UEPAL, m'a répondu sur le site de Réforme (lien).

Voici (ci-dessous) ma réaction à son texte, pour nourrir un débat constructif dans la direction d'une meilleure égalité des droits.

Je remercie Christian Albecker pour ces remarques. Je voudrais préciser un point: le titre choisi par Réforme pour ma chronique n'est pas le titre d'origine. Il peut laisser croire, si l'on ne lit pas le texte, que l'objectif serait d'élargir le financement public à tous les cultes. Il n'en est rien!

Le cap est au contraire de supprimer ce financement discriminatoire, ce qui permettra aussi des économies que l'Etat emploierait mieux ailleurs, par exemple dans la promotion de la laïcité. Musulmans, bouddhistes et évangéliques refusent le financement public? Christian Albecker ne me l'apprend pas. Leur attitude est logique. Ils sont cohérents avec un principe de séparation qu'il est urgent d'étendre à tous les cultes, afin de les remettre sur un pied d'égalité laïque. Les cultes sont appelés à se financer eux-mêmes. L'impôt a d'autres fins.

Pour le reste, je comprends que la mise en application de l'égalité républicaine au sujet des cultes d'Alsace et Moselle soit douloureuse pour ceux qui bénéficient des privilèges.

C'est le cas aussi en Guyane. Dans ce département d'outre mer, Monseigneur Lafont, évêque catholique de Cayenne, déclarait pourtant, au sujet de l'abus de position dominante dont bénéficie son église en Guyane :

"Cette situation est le fruit de l’histoire mais elle ne correspond plus à la société multiculturelle et multireligieuse dans laquelle nous vivons. (..) Il serait bon que l'Église renonce d'elle-même à un privilège plutôt que d'attendre qu'il lui soit enlevé"

(La Croix, 7 octobre 2014).

Souhaitons qu'un jour, les responsables religieux d'Alsace et Moselle qui sont nourris par les impôts des citoyens aient le courage de faire cette même observation.

Commentaires

Bonjour,
Débat très intéressant, via Réforme et votre site, je ne sais pas si il va continuer, mais votre réponse est très pertinente, courte mais pertinente, et le cas de la Guyane est assez incroyable !

Oui à la séparation de l’État et des religions, je comprends, sans approuver, les amis Réformés d'Alsace qui vivent des subventions de l’État, donc de mes impôts, et qui veulent continuer à bénéficier de ces privilèges, mais c'est il me semble une entorse grave au principe de laïcité, et donc d'égalité devant la loi, et là un chrétien devrait choisir entre Dieu et mamon.
Mais ce n'est que mon avis.
Amitié

Écrit par : PhilippeF | 29/03/2018

Entorse à la laïcité ? Et comment est financé l'islam à Mayotte ?
Par ailleurs, les musulmans en France bénéficient de baux emphytéotiques qui leurs sont largement favorables et bien des "centres culturels" qui sont des mosquées déguisées bénéficient des largesses publiques pour acheter la paix sociale.
Alors s'il faut mettre à plat, allons-y, mais en mettant TOUT sur la table.
Au passage, je signale que la grande mosquée de Strasbourg a été financée par les collectivités publiques à hauteur de 16 %. Et pourtant, l'islam n'est pas concordataire ! Et ce sera pareil pour la grande mosquée turque en construction.

Écrit par : Patrick B | 29/03/2018

Ces propos ont un peu un relent de jalousie.
L'herbe du pré voisin est trop verte, alors privons-en ceux qui en profitent.

Les arguments de monsieur Fath sont de deux ordres
- ce serait un privilège. Supprimons donc tous les privilèges. Dans toutes les catégories professionnelles. Rasons tout ce qui dépasse. Egalisons radicalement : les privilèges corses, on a déjà évoqué Mayotte, certainement tous les territoires outre-marins. Pour ne conserver qu'une seule tête. Pour ma part, cela me perturbe pas que certains aient des privilèges. Qu'il y ait des particularismes, des héritages culturels.
- il faudrait réorienter les impôts ailleurs . L'argument c'est "payé avec mes impôts" me semble particulièrement triste. Il y a plein de choses que "mes impôts" financent qui n'ont pas d'intérêt pour moi (citons rapidement les coupes du monde de football, les clubs de foot locaux, les jeux olympiques et certainement plein d'autres choses encore) mais je ne m'autoriserais pas à considérer que ce qui ne me plaît pas ne puisse pas plaire à d'autres et n'aurait pas droit à un financement avec "mes impôts".
La démocratie je crois peut supporter la variété comme les individualismes.

Enfin l'expérience alsacienne me semble avoir un intérêt pour un mode de relation apaisé entre état et religion, sans tomber dans le césaropapisme à la russe.
Les cultes bénéficiant de ces "privilèges" je crois, pour en connaître la réalité, n'en abusent pas, et ont une particularité dont peut-être les autres cultes évoqués ne pourraient se targuer : leur approche non-prosélyte. Les droits conférés par le système des cultes alsaciens et mosellans confères aux cultes concernés aussi des devoirs, dont en particularité celui de promouvoir une approche apaisée et raisonnable du religieux. Mais peut-être est-ce là la vraie question non-dite problématisée par la proposition de monsieur Fath ?

Écrit par : Michel Muller | 03/04/2018

Monsieur Michel Muller, Si vos commentaires comportent des pistes intéressantes, vos deux premières lignes ne sont pas loin de l'atttaque "ad hominem", quasi farfelue, et d'autant plus "triste" que, précisément, les confessions et religions non bénéficiaires du Concordat ne réclament pas de l'être.

L'idée intéressante que, peut-être, le Concordat pourrait/devrait conférer des "devoirs" à l'Etat pour qu'il œuvre en faveur de "relations apaisées" (mais apaisées au sens démagogique ou au sens du débat critique respectueux?), me semble relever, hélas, de l'illusion. J'ai connu de près e Concordat et j'ai rencontré nombre de pasteurs plus que mal à l'aise dans leur costume de "professeurs" de religion devant des classes qui les chahutaient. J'ai connu aussi des pasteurs concordataires exemplaires de dévouement et de sollicitude, mais ce dans des villages, et je les salue encore aujourd'hui. "Français de l'intérieur" aujourd'hui, je constate que les paradoxes et les limites du Concordat sont bien plus importants que ses supposés avantages.
Bien entendu, l'"herbe verte" que vous évoquez n'a, selon vous, aucune consistance financière, je pense. Les avantages sont donc "moraux"?
Pour ce qui est de l'"approche non prosélyte" que vous stipulez propre aux cultes concordataires, l'"argument" se retourne contre vous: une fois confortablement rémunéré, plus besoin de faire connaître la Bonne Nouvelle, mais juste d'officier cultuellement? Nombre de pasteurs ne se satisferont pas de ce rôle liturgique exclusif.
Cela dit, tout ce dossier mérite beaucoup de pondération et de respect mutuel, sans disqualifications hasardeuses et "proçés d'intentions", arbitraires de plus. Et puis, il faut du temps..., pas de polémiques vaines et acerbes, qui seraient plutôt signe que le "bât blesse" et que le "privilège", quoique dénié, reste bien conscient. Cordialement, AncheK6

Écrit par : AncheK6 | 04/04/2018

merci pour la poursuite de ce débat et de me titiller.
La jalousie évoquée est peut-être proche de l'attaque "ad hominem", si tel est le cas, j'en serai désolé cependant si elle quelque peu indélicate ou provocatrice c'est qu'il est toujours quelque peu surprenant d'entendre depuis des "milieux laïcistes parisiens" (je regrette cette formulation dont je suis conscient qu'elle est un raccourci et qu'elle est probablement injuste, mais elle se veut plus une interrogation et provocation qu'une affirmation) des prises de positions peu informées de la réalité alsacienne. Réalité qui ne me semble pas particulièrement poser difficulté vue depuis la région concernée. Je m'interrogeais sur les intentions de cette préoccupation et sollicitude de l'auteur à l'égard de la population alsacienne.
Tiens, je viens de lire à l'instant que le projet de réforme constitutionnelle il serait envisagé "le droit à la différenciation territoriale dans le cadre d’un « pacte girondin » avec les collectivités locales".

La question du "prosélytisme" ne se retourne peut-être pas tant que cela contre moi (ma réponse ne se veut pas polémique, seulement participant d'un débat fort intéressant qui dessine deux options dans la manière d'envisager la proclamation de l'évangile).
En effet je considère que le rôle du pasteur, est bien d'officier cultuellement dans des espaces privés - mais ouverts à tous-, d'assurer un service de consolation et d'accompagnement des personnes qui le souhaiteraient, mais absolument pas de proclamer la Bonne Nouvelle en l'exposant sur la place publique, publicitairement et en concurrence aux côtés des propositions d'autres cultes et des offres de salut par le bien être, par les loisirs, ou des produits commerciaux de tous ordres.
Peut-être que ce modèle - une reconnaissance par l'Etat d'un culte qui s'auto-laïciserait en contre-partie - est finalement bien plus laïque que celui que vous suggérez.
La question de la relation à l'état me semblerait d'ailleurs pouvoir être analysée théologiquement. Entre la version iranienne ou les gardiens de la Loi (plus exactement le Conseil des gardiens) contrôlent l'état et la version Témoins de Jehovah d'objection de conscience qui ne reconnaissent pas l'autorité publique mondaine (je fais toujours des raccourcis j'en conviens), la formule alsacienne me semblerait une option assez équilibrée.

Écrit par : Michel Muller | 05/04/2018

J'ajouterais encore une dernière remarque quant à la dernière phrase de la réponse à la réponse à la tribune initiale.
La phrase "les responsables religieux d'Alsace et Moselle qui sont nourris par les impôts des citoyens" n'est-elle pas "pas loin d'une attaque ad hominem" ou plutôt d'une attaque portée envers l'ensemble du corps pastoral alsacien et mosellan ?
Qu'est-ce à dire ?

N'est-ce pas le cas de l'ensemble des salariés de la fonction publique, des responsables politiques, mais aussi de dizaines voire de centaines de milliers de professionnels du secteur social et associatif financés par des ressources publiques ? Le financement public devrait-il susciter chez eux un complexe, un sentiment d'être redevable, de se sentir gênés et redevables d'être nourris par mes impôts.
Emploierait-on cette formule soupçonneuse à leur égard : "nourris par les impôts des citoyens ?".

Écrit par : Michel Muller | 05/04/2018

100% d'accord avec S. Fath. Il n'est pas question de continuer d'accepter que des cultes soient reconnus tandis que d'autres comme les témoins de Jéhovah doivent faire appel a la justice européenne pour pouvoir se constituer en association 1905.

Le problème pour supprimer toute forme de subvention déguisée est qu'il faudrait remettre en cause non seulement le concordat de nos amis de l'Est et les arrangements outre mer, mais aussi les subventions à l'enseignement supérieur confessionnel, la mise a disposition gratuits de lieux de cultes appartenant aux communes et a l'Etat ... ce qui reviendrait à allumer un baril de poudre.

S'agissant de l'islam, les maires ont fait preuve d'un clientélisme et d'abus de pouvoir éhontés, domaines sur lequels les réformés que nous sommes n'avons guère de leçons à donner.

Dans la même veine, la création du CFCM puis de la fondation pour l'islam de France est une honte néocoloniale et paternaliste.

Aucune religion n'a besoin de financement public par contre elles peuvent s'entre-aider.

Écrit par : Daniel Alexandre | 06/04/2018

Cher Monsieur Muller,
Votre réponse porte sur le "post" initial autant que sur ma modeste remarque. N'empêche, il serait temps de cesser d'abonder dans le stéréotype du "parisien" incapable de comprendre l'Alsace, dont je suis issu, et dont le noble "patois" a été ma nourrice affective. De plus je ne suis pas parisien, mais si je l'étais je ne vois pas au nom de quoi on m'interdirait de penser.
Pour ce qui est de l'argument "ad hominem" je crois que cette désignation ne concerne que l'attaque directe de l'énonciateur, jamais la position collective d'un corps social ou d'une profession.
je suis étonné que vous assimiliez les travailleurs sociaux aux pasteurs, tout en les confinant dans l'"espace privé" (alors même que le Concordat les associe à toutes les manifestation publiques – ce qui ne me gêne pas).
Je suis d'accord avec vous pour le côté éventuellement blessant de la formule "nourris par vos impôts", mais "rémunérés" serait neutre et juste.

j'ajoute un éclairage: un ami allemand (et français) m'apprend qu'en Allemagne ceux qui se déclarent agnostiques ne paient pas la "Kirchensteuer"? Intéressant.

Un point à réfléchir plus avant: quand le regretté pasteur EPUF Oberkamp de Dabrun a posé sa chaire sur le trottoir parisien pour prêcher en public, il nous a interpellé tous, en tant que "passant", sur le cloisonnement privé/public, et il n'est pas, cet excellentissimme pasteur, ni concordataire ni frénétiquement "charismatique". La cloison public privé, en notre temps médiatique, où les réseaux nous exposent tous au-deehors, est à repenser (sans disparaître pour autant). Vous le savez.
Je suggère que la question du Concordat soit examinée paisiblement, dans ses avantages et ses inconvénients réels, dont nombre sont tenus confidentiels, et que la question du "ministère" en sa spécificité, sa complexité, sa difficulté soit creusée. Elle déborde la polémique du Concordat.
Merci, pour ma part, M. Muller, de permettre le débat que je clos définitivement ici en souhaitant qu'il ne réapparaisse qu'en des termes apaisés et dépassionnés de part et d'autre. Je connais nombre de pasteurs concordataires qui le souhaitent. Anche K6

Écrit par : AncheK6 | 06/04/2018

Pour étendre le débat : https://www.riposte-catholique.fr/perepiscopus/non-a-un-enseignement-interreligieux-en-alsace-moselle
Il y a aussi un article dans les DNA, mais il faut être abonné pour pouvoir le lire : https://c.dna.fr/religions/2018/04/04/la-moselle-dit-non

Écrit par : Patrick B | 06/04/2018

Comme suite à mon commentaire d'hier : Les protestants répondent à l’évêque de Metz qui est contre le projet EDII (Éducation au dialogue interreligieux et interculturel) : https://c.dna.fr/religions/2018/04/07/les-protestants-repondent-a-l-eveque-de-metz-qui-est-contre-le-projet-edii

Écrit par : Patrick B | 07/04/2018

Moi aussi je suis pour la suppression du concordat, non seulement parce qu'il s'agit d'une disposition qui crée des "inégalités" entre les cultes présents en Alsace et en Moselle, et aussi parce que ce système me semble contraire à la laïcité, mais surtout parce que j'estime que c'est aux croyants de s'assumer financièrement .... si on est vraiment croyant, on acceptera de financer son propre culte ...
De plus, il est exact que certains cultes ( dont les musulmans ), comme le signale M. Fath, ne demandent pas à bénéficier du régime concordataire : l'ironie de l'histoire est que certains représentants des cultes concordataires voudraient y inclure ... l'islam , alors que,justement, les musulmans ne le demandent pas ... j'ai lu des articles là-dessus dans la presse locale, et aussi dans un livre, écrit par un protestant "concordataire", mais j'ai malheureusement oublié le titre du livre et le nom de l'auteur ....
Certains pensent aussi qu'il faudrait, au nom de la laïcité, étendre le système alsacien-mosellan à toute la France, car il est en avance ......

Écrit par : Françoise | 10/04/2018

Bonjour,

Je me demande quelles implications pour l'EPUdF, et la FPF, la suppression du financement des cultes, (protestants nous concernant) ? A-t-on une idée ?
D'après mes amis à l'EPUdF, et la FPF, plutôt catastrophique. Des études déjà faites ?

Amitiés

Écrit par : PhilippeF | 13/04/2018

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.