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24/10/2019

Marianne, Julien, Fatima et son enfant

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Le dégré d'hystérie collective ambiante en France autour du foulard dit "islamique" ne permet pas d'être audible. Près de deux semaines après l'incident qui a perturbé une séance du conseil régional de Bourgogne / Franche-Comté, le 11 octobre 2019 dernier, la fièvre n'est pas retombée.

Rappelons les faits : en séance, Julien Odoul, un conseiller général du Rassemblement National (parti d'extrême droite) a publiquement humilié une mère, Fatima E., et fait pleurer un enfant, en demandant à ce que le foulard couvrant la tête de cette mère en visite civique au conseil régional soit enlevé. Soit-disant au nom de la laïcité (sic).


 Cet incident surréaliste s'est produit dans un contexte marqué, neuf jours avant, par la sidération provoquée, à juste titre, par l'assassinat à l'arme blanche de quatre policiers à la Préfecture de police par Mickaël Harpon, devenu adepte de l'islamisme radical. L'enchaînement des séquences a nourri un emballement de vindicte, de dénonciation, et parfois de haine, qui fait froid dans le dos. Dans ce chaudron, toute réflexion posée, toute nuance se dissout.

Il est cependant de mon devoir, à titre personnel, d'apporter mon soutien laïque et civique à Fatima E., maman humiliée au conseil régional de Bourgogne / Franche-Comté. Victime d'un sinistre trublion identitaire, Julien Odoul, dont TOUTE notre classe politique et médiatique aurait dû se désolidariser, cette femme est plus proche de la Marianne républicaine que l'élu qui l'a humiliée en public. Voici pourquoi, en six points.

 

1/ Cette mère de famille ne viole pas la loi. L'élu de la République, si.

Aucune police vestimentaire ne réglemente la tenue de femmes adultes à visage découvert, en visite dans un lieu de vie démocratique. La demande d'enlever le foulard viole la loi.

2/ Cette mère de famille ne perturbe pas la vie démocratique. L'élu de la République, si.

En admonestant publiquement en pleine séance publique une citoyenne pour faire demander qu'on lui enlève un attribut vestimentaire, Mr Odoul a provoqué un incident qui a entravé la sérénité des échanges et entaché la démocratie.

3/ Cette mère de famille ne fait pas pleurer d'enfant. L'élu de la République, si.

En humiliant une maman, l'élu frontiste a manqué d'humanité. Il a par ricochet provoqué la stupeur, la sidération, puis les pleurs d'un enfant venu découvrir.... La République à l'oeuvre en région. D'autres enfants présents aussi ont été affectés. Une honte.  

4/ Cette mère de famille n'infantilise personne. L'élu de la République, si.

Rousseau voulait des citoyens éduqués, dès l'enfance. En accompagnant des enfants venus se sensibiliser à la vie démocratique régionale, Fatima E. est plus proche de cet idéal républicain que l'élu qui l'a humiliée. Il y a de la morgue néocoloniale et du patriarcat dans cette demande qu'on "fasse enlever" le voile en public, sans même s'adresser courtoisement, directement et discrètement à la maman. La traitant de fait en mineure.

5/ Fatima E. n'était pas dans une démarche manipulatoire. L'élu de la République, si.

Les enquêtes qui ont suivi l'événement disent deux choses. D'abord, que la mère de famille outragée n'avait même pas prémédité de venir. Elle a voulu rendre service auprès des enfants. Ensuite, on sait aujourd'hui que Julien Odoul a concocté soigneusement sa provocation. C'est lui qui l'a faite filmer par son assistant de communication, l'identitaire Pierre-Louis Mériguet, lequel a monté très rapidement la vidéo pour la diffuser sur les réseaux sociaux, nationalisant un incident local. Contrairement à ce que beaucoup ont dit sans s'être renseigné, il n'y a pas de manipulation victimaire sur le coup de la part de la maman, qui se serait bien passée de cette humiliation traumatisante, mais manipulation haineuse du côté de l'élu RN. Odoul savait pertinemment que les manipulateurs de tous bord (du RN à l'islam politique) vont ensuite jeter de l'huile sur le feu : c'était d'ailleurs l'objectif de ce provocateur identitaire RN.

6/ Cette mère de famille ne transgresse pas la laïcité. L'élu de la République, si.

La laïcité, ce n'est pas l'aseptisation sélective de l'espace public, laissé éventuellement au seul règne des marques. Contrairement à la République islamique d'Iran ou l'Arabie Saoudite, la loi française n'impose pas aux femmes une tenue précise. Se raser la tête, porter un foulard, une kippa ou que sais-je, c'est permis pour les adultes, que ce soit dans un conseil général, une université ou dans la rue. Julien Odoul, a outrepassé la loi sur la base d'un intégrisme identitaire de très mauvais aloi, qui transgresse le pacte laïque et piétine à la fois ce que les pères fondateurs du processus de laïcisation 1885-1905 (Ferry, Briand...) souhaitaient, ce que la loi actuelle dit, et ce que l'Observatoire de la laïcité nous rappelle à très juste titre semaine après semaine. 

 

Qu'on ne s'y trompe pas, Julien Odoul n'a fait que renforcer le segment le plus sectaire de l'islamisme radical, ce danger mortel, en prétendant le combattre. Il en est, à certains égards, le miroir inversé, moins explicitement violent, mais tout aussi haineux. Que la France et l'Europe soient confrontées au défi islamiste (y compris via certains usages du voile), c'est l'évidence. Cette évidence, nourrie de pétrodollars sur lesquels on ferme facilement les yeux, a longtemps été sous-estimée, ou utilisée à des fins électoralistes, comme nous le rappelle la synthèse islamogauchiste. Pour répondre à cette menace, la pire des options est de trahir ce qui fonde la République.

Si la France devient l'équivalent, pour les fanatiques identitaires (pseudos laïcards), de ce qu'est l'Arabie saoudite pour les islamistes, on aura tout perdu. Un communautarisme de réaction menace dans certains quartiers ? On ne luttera pas efficacement contre lui en proposant un communautarisme identitaire XXL obligatoire pour toute la nation, à base de crèches, de saucisson-pinard et d'altérophobie maquillée.

La réponse, c'est une République fidèle à ses valeurs. La loi en France est claire, au service d'une laïcité sans adjectif, qui ouvre un large espace de liberté qui ne discrimine, ni le non-religieux, ni le religieux, et un idéal éducatif et civique. Liberté, Egalité, Fraternité. Dans ce cadre, il n'existe aucune "ambiguité" de l'Etat sur les signes religieux (dont le foulard/voile), contrairement à ce que véhiculent les éléments de langage de l'extrême droite appelant à "trancher" (sic). Des discours du soupçon modulés ad nauseam jusque dans certains cercles intellectuels (cf. le récent interview de JF. Colosimo dans Réforme).

Pour conclure par une allégorie autour de l'événement du 11 octobre 2019, s'il fallait imaginer où se tient Marianne outragée, parions que c'est aux côtés de l'enfant en pleurs et de sa maman Fatima E. qu'elle se dresse. A distance du malotru vindicatif qui l'a humiliée au mépris les valeurs de notre République laïque.

Commentaires

Quand on traite mal des musulmanes, c'est important que des non-musulmans réagissent à leur côté.
Car l'injustice, c'est l'injustice, non?
Dieu demande qu'on se lève pour la JUSTICE. Merci à vous pour ce bel exemple

Écrit par : Chrétien | 10/10/2019

Merci Sébastien pour votre analyse claire et argumentée, qui dit ce que j'ai tenté d'exprimer sur Facebook ou autre ces dernières semaines. C'est là que la singularité du regard protestant prend une pertinence particulière. Je relaye votre article.
Très cordialement,
Florence Lusetti
Pasteure Epudf

Écrit par : LUSETTI Florence | 25/10/2019

En un mot comme en cent, Merci XXL Sébastien Fath pour la clarté et justesse de votre propos. Ayant vécu au Royaume Uni, aux Pays-Bas et en Suisse, je suis atterrée par cette hystérie et cette obsession françaises !

Écrit par : Leila Hamrat | 25/10/2019

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