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08/10/2011

Steve Jobs, la mort d'un messie ?

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Cette formule, qu'on pourrait proposer comme sujet au Bac de Philo, résume l'exceptionnalité de la marque d'Apple et de son fondateur, Steve Jobs (1955-2011), décédé d'un cancer du pancréas le 5 octobre 2011.

Du point de vue des sciences sociales des religions, il y a fort à parier que l'itinéraire de cet entrepreneur charismatique qu'était Steve Jobs suscitera bien des analyses.


La presse internationale a abondé, et pas seulement depuis sa mort, en métaphores religieuses. Le quotidien L'Alsace titre ainsi sur "le pape de l'ère numérique". L'Humanité, plus critique, ironise sur le gourou Jobs.

Sur le site d'Apple, on souligne que "son esprit restera à jamais l'esprit d'Apple".La Radio Suisse Romande s'est par ailleurs interrogée, lors d'une émission passionnante, sur la "mort du messie" Jobs (le titre de ma note reprend le titre de l'émission, je remercieNicolas Friedli pour son commentaire ci-dessous!).

messianisme,apple,steve jobs,steve jobs: un berger,un gourou,un messie? [beck diefenbach - reuters] comment expliquer l'immen,après la mort de steve jobs,cofondateur et icône de la marque? de telles effusions sont en e,un berger pour nombre de ses clients de toujours... et même un m,n'hésitent pas à dire certains. débat entre jean-christophe emer,isabelle graesslé,andreas dettwilerradio suisse romande,henri desroche,xerox,société de consommation,religion et internet,branding,religiosités séculières,etats-unis,the economist,the new yorkerLa RSR a fait débattre pour l'occasion Jean-Christophe Emery, journaliste aux émissions religieuses de la RSR, Isabelle Graesslé, théologienne et directrice du Musée international de la Réforme à Genève, et Andreas Dettwiler doyen de la faculté de théologie de l'Université de Genève.

Un exemple parmi bien d'autres des enjeux sociaux, culturels et religieux posés par la mort de Jobs. Y aurait-il quelque chose de religieux dans cette "tristesse collective étonnante" analysée par le quotidien Le Monde, dans un article du 7 octobre 2011?

Force est de constater que le registre religieux est largement convoqué au chevet des foules endeuillées par la mort de Steve Jobs, fondateur d'Apple. Le New Yorker présente ainsi Jobs qui rencontre Saint Pierre.... lequel vérifie le Livre de Vie du Paradis sur un iPad (ci-dessous).

steve-jobs-ipad-st-peter-gates-heaven.jpg

En juin 2007, le magazine New York avait carrément présenté Jobs comme un "iGod" (ci-dessous):

New_York_June_2007.jpg

Plus modestement, The Economist assimilait quant à lui Jobs à Moïse (ci-dessous):

steve-jobs-bible-ipad.jpg

Quant à la BD humoristique ci-dessous, elle suggère la supériorité technologique de Jobs sur Jésus...

bd-steve-jobs-2.jpg

La réalité, évidemment, est plus prosaïque.

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Mais ses produits, loin d'être parfaits (c'est un usager Mac qui parle), n'ont pas bouleversé le monde, ni tout inventé (Jobs s'est beaucoup inspiré de Xerox, dont il a racheté un brevet qui lui a permis de concevoir le premier Mac).

 

apple,steve jobs,xerox,société de consommation,religion et internet,branding,religiosités séculières,etats-unis,the economist,the new yorkerEn revanche, Steve Jobs restera comme une figure messianique emblématique des nouvelles religiosités séculières qui se déclinent autour des marques et surfent sur la Révoloution numérique, poussant à l'extrême la "fidélité à la marque" (brand loyalty).

 

NB: sur la notion de messianisme, on rappellera l'oeuvre majeure d'Henri Desroche, Dieux d'hommes. Dictionnaire des messianismes de l'ère chrétienne (1969), dont on attend la réédition.

Commentaires

Amusant, le titre de ce billet est excactement celui du passage de Forum de la Radio suisse romande (RSR): http://www.rsr.ch/#/la-1ere/programmes/forum/?date=06-10-2011

L'équipe de Forum a eu la bonne idée d'inviter trois théologiens, en direct, à heure de grande écoute, pour parler de cette thématique. Un angle originale pour une radio publique généraliste. Bravo!

Écrit par : Nicolas Friedli | 08/10/2011

Merci beaucoup pour ce commentaire!
Cette émission m'avait échappé, et j'ai "plaggié" malgré moi on bon titre... Mais je me rattrape illico: je viens en effet d'étoffer ma note en renvoyant à l'émission RSR, avec lien et info. Merci encore et bravo les Suisses pour leur réactivité au débat de fond!

Écrit par : SF | 08/10/2011

Étrange et révélateur des pulsions de nos consciences, toutes ces tendances médiatiques spontanément et intentionnellement exagérées à user d'un langage et d'images religieuses pour parler d'un homme à titre posthume, fût-il remarquable dans ses qualités et son potentiel dynamique de concepteur et d'entraîneur d'entreprises (et c'était le cas).
L'information et la communication seraient-elles devenues le nouveau veau d'or, à l'instar du foot Baal ? Ces emballements médiatiques sont troublants et me rappellent inévitablement par association d'idées le film Matrix avec son langage et ses situations archétypales (Néo, l'élu, etc). Éloges du Gilgamesh moderne et de son épopée e-populaire. Une sorte d'épiphanie électronique sur les réseaux sociaux... Et ces références à la pomme : la grosse pomme (New York City), la pomme d'Adam (le nom de ce fruit n'apparaît jamais dans la Genèse, comme pour le mot roi jamais mentionné au sujet des mages dont il est fait allusion dans les quatre Évangiles) et celle d'Isaac Newton. Bientôt on va nous parler de l'attraction du fruit défendu à croquer à propos d'informatique ! La vision de l'arbre de la science du bien et du mal appliquée à la Toile... En tous cas, c'est plutôt l'image de la langue d’Ésope qu'elle évoque souvent en moi, cette fameuse Toile.
Notre époque, qui se veut rationnelle car technologique (relation de cause à effet) éprouve une inclination de plus en plus avérée et irrationnelle à créer une mythologie moderne, peuplée de ses merveilles, de ses nouveaux dieux et héros des temps présents. Après Jason et les Argonautes, voici Bill, Steve, et les internautes. Paradoxe et ironie de l'histoire, on a tout fait pour démythifier notre patrimoine antique judéo-chrétien et on le projette à nouveau sur les initiateurs de nos grands projets contemporains, sous une forme revisitée, reprogrammée j'allais dire... On rivalise d'hyperboles célébrant un paroxysme des activités humaines ; une sorte de narcissisme collectif explosant en volutes dans l'espace du village planétaire. Un échange entre un passé démythifié et une époque actuelle mystificatrice à bien des égards. Cependant, la vérité est souvent là où on ne regarde jamais, donc elle a encore de quoi nous surprendre. Le mythe est plutôt attractif, il aime bien se donner en spectacle, puisqu'il tend à meubler l'écran de notre imaginaire par ses symboles. Il est plus "vendeur". Mais comme le mensonge, il vit de la part de vérité qu'il contient. Son rêve prométhéen est de devenir lui-même immortel par ses propres moyens.
La réalité, c'est ce qui continue à exister quand on cesse d'y croire, comme l'a dit Philip K. Dick.
Bienvenue dans la noosphère, comme aurait dit Marshall Mac Luhan.
Bonjour chez vous.
En direct du Village.

Écrit par : Eric LISBONNE | 08/10/2011

Re bonjour,
j' ai pas la verve d' Eric Lisbonne (excellent commentaire au demeurant), alors je me contenterai seulement de vous renvoyer à l 'excellent magazine tv "mon oeil" qui rejoint les points de vues de Sébastien et d' Eric L et qui démystifie sérieusement, notamment au travers des impacts sociaux.
Le lien : http://13h15-le-samedi.france2.fr/?page=accueil&rubrique=monoeil&video=manuel_13h15_oeil_20111008_218_08102011140912_F2

Écrit par : Alfred | 08/10/2011

Oui, il me semble bien que l'information et la communication vont devenir le nouveau veau d'or, la religion mondiale, VAV VAV VAV 666 WWW World Wide Web, lettres inscrits sur tout ce qu'on voit, tout ce qu'on fait, sans quoi rien ne s'achete ni se vend, et un jour le monde uni autour de ces lettres, adorera l'ANTI DIEU et son image digital animé par celui qui déteste l'amour, le pardon, la vérité, cela me parait evident, et quand cela arrivera, ca va etre difficile pour les croyants soudaiment separes du monde technologique contre leur gre. Malheur a celles qui auront des enfants en ces jours la. Mais celle ou celui qui persevera jusqu'a la fin, sera sauvé.

Écrit par : richard | 09/10/2011

Et encore cette chronique de Jean-Christophe Emery pour ProtestInfo: http://www.protestinfo.ch/201110125819/jobs-nest-pas-mort-il-est-avec-nous

Écrit par : Nicolas Friedli | 12/10/2011

bonjour,
Qu'à propos de cette disparition d'un grand communicateur une réflexion critique sur l' idolâtrie de la "communication" propre à notre temps – et ce dans tous les milieux, y compris "religieux" – est bon signe. Il n'est pas nécessaire pour cela de se livrer à l'analyse, qui s'impose en arrière-plan, des prouesses technologiques qui nous émerveillent, ou nous horripilent – avant de nous domestiquer par leur usage soumis et ravi. Il suffit d'examiner la manière dont se construisent les images sociales des gens autour de nous.
Invariablement c'est le grand Causeur qui agglutine, dans les réunions de tous ordre. Si quelque sombre et revêche personnage hante la salle, le forum, ou le parvis, son sort en est jeté: pas attractif, à laisser pour compte, sauf si la rumeur crédite ce ténébreux non communicant d'un mystère dense à souhait.
Lucien Sfez a, depuis longtemps, excellemment analysé les présupposés de ces mythes et dérives communicationnelles (Points Seuil, 1992, réed.) Pour lire ce genre d'ouvrage il faut de la persévérance, de l'humour et être épris d'authenticité, chose non donnée d'emblée. Mais surtout, il faut privilégier une philosophie de la "relation", dimension infiniment plus profonde, sur la "com".
Celle-ci est dévastatrice en ce qu'elle dissimule derrière sa surface technique rendue accessible, voire excitante pour l'usager, l'abîme de ses présupposés et injonctions, qui touche à une sorte de défi ontologique/théologique.
Je me demande si dans les Tentations du Christ la "com" n'est pas, déjà, présente. Pour tout homme, croyant ou non, la tâche critique consiste à accorder autant d'importance aux mille et une manières dont se construisent et évoluent les "relations" (avec leur part de silences, de malentendus, de fascinations, d'usure, d'entropie communicationnelle aussi, d'attitudes et de comportements gestuelles, etc...) et ce au plan du quotidien.
L'ethnométhodologie, la pragmatique indiquent ces orientations, au plan théorique. Mais une simple lecture de l'Evangile avec une attention fine portée aux dialogues et aux situations de rencontre (comme le "silence doux et subtil" qui signale la Présence de Dieu à Elie), s'offre à tout le monde. Cela aide, aussi à savoir parler du temps qu'il fait avec un vieux paysan qui sait qu'on n'arrive à l'essentiel qu'indirectement, lentement, patiemment, et sans gadgets électroniques en main ou sur les oreilles. Si cela se trouve il en dispose chez lui. Mais l'exigence est celle-ci: si l'Etre est "relation", qu'en découle-t-il? La "com" répond: il faut la restructurer sans cesse, la bousculer, la moderniser.
La relation n'est pas "injonction", "interjection", mais interpellation, à travers, aussi, silences, retour sur soi, cheminement. ce que la Pomme n'a pas compris, c'est que, mangée, elle révèle la nudité de l'homme.
gef

Écrit par : gef | 13/10/2011

Vous devriez écrire un article costaud (long) sur ce sujet, vous avez des birscuits

Écrit par : Indigo33 | 28/01/2013

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