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01/08/2015

Eglise méthodiste de Charleston, 6 weeks after: retour sur un carnage

états-unis,racisme,droits civiques,civil rights movement,suprémacisme blanc,dylan roof,charleston,caroline du sud,bible belt,méthodisme,méthodistes,john newton,amazing grace,grâce,pardon,barack obama,capitalismeDylan Roof (ci-contre) est l'auteur de l'épouvantable carnage de Charleston (17 juin 2015): neuf chrétiens afro-américains tués alors qu'ils étaient en train de lire la Bible et prier dans un temple méthodiste de Caroline du Sud. Il est réapparu hier (vendredi 31 juillet 2015) devant la Cour fédérale, pour fait de "crime de haine".

Six femmes et trois hommes, dont un pasteur méthodiste, sont morts alors qu'ils partageaient la Bible et priaient. De mémoire d'historien, il s'agit du pire massacre jamais commis dans une église aux Etats-Unis contre des fidèles réunis pour méditer la Bible

A rebours des donneurs de leçons nord-américains qui regardent trop facilement de haut la société française en matière d'ouverture multiculturelle, Roof incarne et actualise un impensé qu'on rejette trop souvent sous le tapis.

Il est au carrefour de tous les échecs de la société américaine.


Services sociaux déficients pour les plus faibles (Roof vient de milieu dévaforisé et désocialisé, ado laissé à l'abandon), militarisation ambiante (armes en vente libre, culte du gun), communautarisme (beaucoup moins de mixité qu'en France, y compris dans les églises), racisme culturel anti-noirs, hérité d'un passé esclavagiste, et niveau affligeant de l'éducation populaire (que ce soit par l'école de quartier, les télévisions locales noyées dans la pub, etc.), incapable de désamorcer les stéréotypes haineux qui poussent au crime.

 

Gangrénée par ces maux, qui puisent une part de leur racine dans un consumérisme gaspilleur et une logique du profit à court terme qui se sont emballés depuis longtemps (avec des conséquences intérieures et extérieures redoutables et multiples) la  société américaine, naturellement, est capable aussi du meilleur, y compris de propulser un Barack Obama au pouvoir.

Mais ce dernier sait lui-même fort bien que le mal est à la porte. D'où cette invocation chantée le 26 juin 2015 par le président américain: un Amazing Grace poignant, qui renvoie aux racines du christianisme évangélique américain: l'hymne a en effet été composé en 1779 par un ancien marchand d'esclaves noirs born again, John Newton

Barack Obama chante Amazing Grace (26 juin 2015)

 

 51lILnrBZ3L._SX329_BO1,204,203,200_.jpgSix semaines après cette tragédie, bien des leçons sont à tirer.

D'une part, que la "bête immonde" peut être tapie n'importe où.

D'autre part, qu'on n'a pas fini d'analyser les causes profondes du niveau de violence raciste, aux Etats-Unis, pays qui incarcère aujourd'hui davantage de noirs qu'il n'y avait d'esclaves en 1860 (cf. The new Jim Crow de Michelle Alexander).

Enfin, comment ne pas être frappé, que l'on soit croyant ou pas, devant la réaction des fidèles afro-américains de l'église méthodiste foudroyée: au lieu d'appeler à la haine, au recours à la peine de mort, ils ont offert leur pardon à Dylan Roof, rappelant l'attitude de pardon des Amish de Lancaster, en octobre 2006, vis-à-vis d'un tueur qui exécuta cinq fillettes (lien).

Geste fou, geste révolutionnaire. 

 

Commentaires

15 septembre 1963 : une bombe explose à l'intérieur de l'église baptiste de la 16e rue à Birmingham, Alabama. Quatre fillettes noires perdent la vie.

Les auteurs de cet odieux attentat : des membres du sinistre Ku Klux Klan (ça rime avec Satan). L'un d'entre eux, Frank Cherry, 71 ans lors du procès, un ancien membre de cette hideuse organisation, a été condamné en mai 2002 (soit presque 40 ans après) à la réclusion criminelle à perpétuité aux États-Unis d'Amérique, dans la ville même de Birmingham, Alabama. Le jury était composé de neuf blancs et trois noirs.

Cet homme et ses trois complices n'avaient pas été arrêtés par la police de l'Alabama à l'époque des faits. LE DOSSIER N'AVAIT ÉTÉ ROUVERT QU'EN 1996, A LA SUITE DE PRESSIONS DE PLUSIEURS PASTEURS AFRO-AMÉRICAINS.

"Alabama" a alors été composé et joué par le John Coltrane Quartet en hommage à ces quatre enfants victimes de la barbarie et de la monstruosité du racisme :

https://www.youtube.com/watch?v=saN1BwlxJxA&list=RDsaN1BwlxJxA&index=1

L'Amérique est, toujours et encore, et plus que jamais, malade du racisme, du culte des armes, et j'en passe.

Mais comme l'a si bien dit Martin Luther King et si bien chanté Mahalia Jackson :

We shall overcome...
Everything gonna be all right...

One day.

Écrit par : Eric Lisbonne | 11/08/2015

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