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Dans le cadre d'une série de vidéos très courtes (déjà au nombre de 47), se déroule petit à petit un "Lexique de la recherche en sciences sociales des religions. Un mot, une phrase, une définition".
Avec une définition vidéo en 15 secondes, et dans la présentation écrite sous la vidéo, une référence bibliographique.
Ne laissons pas les notions détournées et instrumentalisées par le débat politique/populiste.
Au-delà des détours polémiques, les notions sont des outils d'analyse intéressants, ni plus, ni moins. Les trois dernières entrées (ci-dessous) sont "intersectionnalité", "racisation" et "charge raciale".
A l'heure de l'histoire globale et de l'histoire connectée, qui dévoile les pièges des mémoires identitaires qui enfument l'horizon et sélectionnent uniquement ce qui les arrange, les médias numériques nous proposent aujourd'hui de beaux outils d'éducation permanente.
Coup de chapeau, aujourd'hui, pour la chaîne "Histoires crépues", chaîne active depuis le 21 mars 2020. Née en plein confinement, cette chaîne nous a déjà proposé près de 220 vidéos de grande qualité pédagogique, spécialisées sur la vulgarisation de l’histoire coloniale française et ses héritages... mais pas que.
Elle donne aussi à déconstruire une certaine mémoire occidentale édulcorée (parfois confondue avec de l'Histoire) pour mieux éclairer des sujets douloureux en lien avec les situations coloniales et postcoloniales. D'un point de vue historiographique, on dirait qu'il s'agit d'un propos éclairé par l'histoire globale et l'histoire connectée.
L'auteur, du pseudonyme Seumboy, est hyper talentueux. Bravo à lui !
Comme personne n'est parfait, il n'est certes pas historien, et parfois cela se ressent un tout petit peu.... Mais il vise le plus souvent très juste, il documente fort bien son propos, et mobilise avec à propos la littérature scientifique et, de plus en plus, des chercheurs, interviewés à distance.
Chapeau ! Ajoutons que l'auteur témoigne d'une aisance pédagogique largement supérieure à celle de beaucoup d'historiens.
Ce média nous aide à réfléchir, et déconstruire bien des impensés coloniaux et racistes qui nous empêchent de construire une société plus fraternelle.
Big up à lui et à son équipe, et "tout de bon" à cette belle chaîne d'utilité publique.
Ci-dessous, l'histoire de Frantz Fanon, superbement retracée.
Dans une série de cinq vidéos passionnantes postées sur la chaîne YouTube à la suite de ces interventions, elle nous convie à une réflexion salutaire sur l'enjeu concret et éthique posé par le racisme dans les Eglises. Une question qui reste encore trop souvent mise sous le tapis.
Vous trouverez cinq articles introduisant les vidéos de Josiane Ngongang au lien suivant :
Le nom de Georges Mabille n’est pas célèbre pour celles et ceux qui ne connaissent que les grandes lignes de l’apartheid. Et pourtant, il s’est battu toute sa vie pour faire reconnaître que « Blancs et Noirs sont égaux devant Dieu ». Son histoire a toute sa place dans la collection de l’éditeur Ampelos des figures protestantes qui ont fait de leur vie une résistance. On pourrait dire que sa vie est un roman.
Suite de cette recension du dernier beau livre de Gilles Teulié ici (merci Olivier Guivarch).
En Afrique contemporaine, une des nombreuses logiques sociales à l'oeuvre aujourd'hui dans la version postcoloniale de ce qu'il est convenu d'appeler "l'Evangile de la prospérité" (combinant offre de salut évangélique et appel à la prospérité physique et matérielle), c'est de faire oublier un stigmate.
Celui du temps des missions européennes où les bons sentiments (et les nobles intentions) cohabitaient avec le stéréotype du "pauvre Africain", dont les tirelires missionnaires étudiées par la chercheuse Anne Ruolt (GSRL) fournissent un exemple saisissant. Elle a présenté le fruit de ses recherches à la journée AFHRC du 30 septembre dernier.
D'un point de vue purement quantitatif, le djihadisme islamiste reste le premier vecteur de terrorisme des dix dernières années en Europe et en Amérique du Nord. Mais le suprémacisme blanc, alimenté de haines identitaires et de l'idéologie mortifère du "Grand remplacement", occupe sans conteste la seconde place de ce macabre podium.
Il a encore frappé samedi 14 mai 2022 à Buffalo (Etat de New Yord, USA). Un suprémaciste blanc de 18 ans, qui laisse derrière lui un Manifesto en PDF "expliquant" son geste, a tué 10 personnes. Parce qu'elles étaient noires.
Elle avait choisi, pour titre de son autobiographie publiée en ce début d'année 2021, le refrain d'un hymne chrétien célèbre, "Just As I am" (Tel que je suis).
Le même titre que celui choisi, jadis, par l'évangéliste Billy Graham dans son autobiographie publiée en 1997.
Cicely Tyson, actrice africaine-américaine de grand talent, s'en est allée dans sa 97e année, laissant derrière elle un héritage considérable.
Les évolutions de la société française face aux enjeux de diversité font couler beaucoup d'encre, et attirent les caméras.
Nous en avons vu un nouvel exemple hier soir, avec la cérémonie des Césars 2020, distribuant des récompenses pour le Cinéma français.
On notera, d'une part, la propension continue du milieu culturel subventionnné à protéger les siens à tout prix, même lorsque les accusations s'accumulent (cf. Polanski, mis à cause pour viol par douze femmes et récompensé du César 2020 de meilleur réalisateur).
Ce qui vient en écho à l'affaire Matzneff, écrivain pédophile militant très longtemps surprotégé bec et ongle par le milieu littéraire français (mais finalement lâché depuis quelques mois grâce au courageux livre-témoignage de Vanessa Springora).
On notera, d'autre part, le panache prophétique et clairvoyant d'Aïssa Maïga, actrice de talent et de conviction qui place le milieu du cinéma français face à ses responsabilités, dans un contexte marqué par des décennies de sous-représentation objective des noirs (et autres) sur les écrans.
Cet ouvrage n'est pas du prêchi-prêcha, mais un recueil éclairant et précis de seize témoignages vécus, de la part d'actrices noires confrontées, en France, à de multiples obstacles liées aux filtres racisés au travers desquels elles ont été regardées.
Loin de défendre une vision différentialiste de la société, ces actrices plaident au contraire pour que leur couleur de peau ne les range plus dans une catégorie stéréotypée (être noire n'est pas un métier!) ,et ne les marginalise plus par rapport à la diversité des rôles et des opportunités.
Un très grand livre pour en finir avec les mensonges de celles et ceux qui osent parler confortablement au nom de "l'universalisme", préemptant la République, tout en confisquant à leur seul profit les allées du pouvoir et des privilèges, que ce soit dans les domaines culturels, mais aussi religieux ou politiques.
Solidarité et compassion avec les victimes et leurs familles!
En-dehors de cette réaction immédiate, les deux effroyables attentats racistes et islamophobes qui ont endeuillé, hier, la Nouvelle Zélande,inspirent quatre réflexions.
-1/ D'abord, le culte mortifère des "racines" est un terreau de violence à ne pas sous-estimer. Il oppose en permanence les installés aux "envahisseurs" (invaders, cf. terminologie du tueur)
Or, en France, n'a-t-on pas trop tendance à folkloriser ce culte des racines, quand on ne l'encourage pas sous des alibis divers? Glorification parfois orientée du patrimoine, discriminations concordataires maintenues au nom des traditions (sic), etc.
-2/ Ensuite, la France semble nourrir l'inspiration raciste meurtrière à un degré qu'on ne soupçonnait pas tout à fait. Le tueur, Brenton Tarrant, raconte en détail son voyage en France (remplie d'après lui d'"envahisseurs"), et emprunte même à Renaud Camus le concept délirant de Grand Remplacement).
Une éclairante controverse traverse actuellement le champ des sciences sociales (et de l'intelligentsia) en France. Tout est parti d'une charge violente et argumentée, au ton alarmiste, contre le "décolonialisme" (sic). Elle a été signée par 80 intellectuels, et non des moindres (lien). L'idée vise à alerter sur la nocivité supposée des rhétoriques post- ou décoloniales, dont on estime que les stratégies "attaquent frontalement l'universalisme républicain" (sic).
La mouvance ainsi attaquée n'a pas répondu sur le même mode.
Mais une historienne, Ludivine Bantigny, a apporté une réponse vigoureuse, argumentée (elle aussi).... et nettement plus convaincante à mes yeux (lien). En-dehors de quelques nuances, je souscris au texte de Ludivine et je la remercie.
A partir de mon long parcours intellectuel d'historien du contemporain, mais aussi éclairé par mon itinéraire personnel, je suis profondément convaincu, comme cette collègue, qu'on ne pourra mieux réaliser les promesses de la République, si souvent trahies, qu'en passant par le décentrage décolonial et postcolonial. Et il y a encore du boulot!
Cet exercice provoque certes des dérives, parfois graves, dont il convient de combattre le sectarisme. Mais le décentrage lui-même est salutaire, nécessaire, et porteur d'espoir.
Professeur à l'Université d'Aix-Marseille, du laboratoire LERMA, Gilles Teulié a notamment étudié le système de l'Apartheid qui a longtemps prévalu en Afrique du Sud, y compris dans ses problématiques religieuses (et plus spécifiquement protestantes). Mais par ses nombreux travaux (lien), il apporte aussi des éclairages irremplaçables sur la construction de l'altérité africaine à l'époque coloniale, notamment dans son beau livre paru en 2015, Aux origines de l’Apartheid. La racialisation de l’Afrique du Sud dans l’imaginaire colonial (lien).
Un de ses recenseurs signale ainsi qu'"en dépit du titre, les recherches de l’auteur dépassent largement le cadre de l’Afrique du sud et de l’apartheid, invitant à une réflexion sur la production littéraire populaire de la période coloniale, sur ses influences par les découvertes contemporaines et sur sa réception" (lien).
En cette année de commémoration de la mort du pasteur Martin Luther King, prix Nobel de la paix en 1963 et artisan de la conquête des Droits Civiques aux Etats-Unis, de nombreux supports pédagogiques et ludiques ont été proposés, dont une très belle expo (MLK 50 ans après).
Au rayon BD, on a déjà signalé dans ce blog l'excellent volume de de Kumar et Teitelbaum (lien), qui a d'ailleurs été réédité spécialement pour 2018.
Notons aussi, sous un angle plus ciblé, le "I Have a Dream" de Kadir Nelson, paru en 2013 (Steinkis ed), qui illustre avec une grande force d'évocation les passages les plus puissants du discours de Martin Luther King sur les marches du Mémorial Lincoln...
Au détour de Gospel et francophonie (lien), on peut lire, page 194, que "les Noirs restent très largement sous-représentés sur les écrans du cinéma français dans les deux premières décennies des années 2000".
Un talentueux collectif de seize actrices vient de signer un livre salutaire (aux éditions du Seuil) pour bousculer les stéréotypes et favoriser une plus grande diversité dans le cinéma français. Un milieu du 7e art qui s'auto-congratule pour son ouverture supposée, mais qui se révèle souvent bien plus conservateur que les milieux universitaires ou médiatiques, par exemple... Ces derniers ont pourtant aussi des progrès à faire en matière de mixité et d'émancipation postcoloniale des consciences et des pratiques.
Total soutien à Aïssa Maïga et ses consoeurs.... et n'oublions pas les hommes noirs, qui sont AUSSI concernés par une mise à l'écart trop fréquente des bons rôles dans le cinéma français.
Père de la Black Liberation Theology, longtemps professeur au Union Theological Seminary de New York, près de Harlem (Etats-Unis), le théologien américain James H. Cone s’est éteint le 28 avril 2018 à l’âge de 81 ans.
Son influence intellectuelle a largement dépassé la sphère nord-américaine. Il est notamment étudié dans de nombreuses facultés de théologie francophones.
Pour sourcer les atteintes antisémites, islamophobes, racistes et christianophobes, le Ministère de l'Intérieur, en France, a affiné ses outils et propose des statistiques annuelles fort utiles pour évaluer l'évolution du phénomène.
On s'aperçoit notamment, au vu des derniers chiffres rendus publics fin janvier 2018, que les juifs de France sont toujours comparativement bien plus ciblés que les musulmans ou les chrétiens (au prorata de leur population).
En France, un juif a une probabilité bien plus importante de se faire agresser en tant que tel, qu'un musulman ou un chrétien.
"Je ne voudrais pas être noire, mais je suis obligée!"
C'est l'histoire d'une fillette de onze ans qui pleure à cause de la couleur de sa peau. La scène se passe dans une colonie de vacances (...). Toute peau a une couleur, et c'est une illusion de faire comme si cela n'avait aucune importance".
Pour lire la suite de cet édito de Jean-François Dortier, et tout le dossier qui suit, il faut consulter le beau dossier "Qu'est-ce que le racisme?" du mensuel Sciences Humaines, numéro de mai 2017.
Il s'appelle Théodore. Inconnu des services de police. Apprécié de tous. Mais il était là, au mauvais endroit, au mauvais moment, à Aulnay-sous-Bois. Il a été battu, violé par quatre policiers armés. Il est à l'hôpital, pour longtemps, meurtri, le moral en berne. Qu'il soit "involontaire" (sic) ou pas, un viol est un viol. Pénalement répréhensible, jusqu'à 16 ans de prison.
Le mouvement #JusticepourThéo demande la justice. Je m'y associe totalement. Avec un regard très très circonspect sur l'opération "récupération" de François Hollande, qui a cru bon se faire photographier en train de visiter Théo (ce qu'il n'a pas fait pour les CRS brûlés vifs, en octobre 2016, à Viry Châtillon).
Opération com' sympa mais hypocrite, alors même que le Parlement discute de renforcer encore les prérogatives de l'appareil répressif, et que l'état d'urgence prolongé continue à rogner les libertés des citoyens. Faut-il rappeler aussi que ni Hollande, ni Valls n'ont réprimandé Laurence Rossignol, leur ministre, pour des propos immondes tenus en mars dernier sur les "nègres africains" "pour l'esclavage"?
Pour mettre en perspective, lire François Durpaire, France blanche, colère noire (lien).
Le 17 juin 2015, un suprémaciste blanc tirait dans une Église afro-américaine. Bilan 9 morts (tuerie de Charleston). Le terroriste qui vient de massacrer au Québec six fidèles musulmans en train de prier vient du même arrière-plan identitaire. Mes lecteurs savent combien je refuse l'indignation sélective. Quelle que soit leur origine confessionnelle, les fidèles tués en prière et leurs familles méritent la même compassion.
Et le même effort de décryptage afin de ne pas se limiter aux discours du type "la faute à pas de chance".
Pour élucider ce qui a rendu possible le carnage monstrueux de la mosquée de St-Foy (Québec), il faut, sans relâche, poursuivre l'étude en profondeur des milieux suprémacistes. Et, à un autre niveau, faire de la pédagogie en direction de tous ceux qui sont tentés de minimiser les dérives démagogiques d'un Trump ou d'une Marine Le Pen. Alexandre Bissonnette (auteur de la tuerie au Québec) était fan de ces deux derniers. Cela n'explique pas tout et ne justifie rien. Mais sous-estimer les foyers idéologiques de la haine de l'autre est une erreur. Vigilance.
Je fais partie des chercheurs qui utilisent le concept d'islamophobie, car l'évidence du terrain montre tous les jours, hélas, que la haine antimusulmane est une réalité poisseuse qu'on peut rencontrer, de même que la judéophobie, l'anticatholicisme ou l'antiprotestantisme. Cette islamophobie revêt de multiples formes. La plus subtile est un discours officiel bisounours, qui cache une absence d'interrelation concrète et une peur du contact (partage, convivialité, rencontres). La plus évidente est le discours de haine, et parfois, le passage à l'acte.
Je crois pour ma part, en tant que chercheur et en tant que citoyen, que la clef réside dans le dialogue honnête, fait de bienveillance, d'humanité partagée et de franchise sur ce qui rapproche et ce qui distingue.
Saviez-vous que Joséphine Baker (1906-1975), immense artiste franco-américaine, avait créé autour d'elle et sous sa protection, après la Seconde Guerre Mondiale une "tribu arc-en-ciel" d'enfants adoptés de toutes origines, éduqués dans des religions différentes? Saviez-vous que Joséphine Baker est la seule femme à avoir pris la parole à Washington, le fameux jour de 1963 où Martin Luther King prononça son fameux "I Have A Dream"?
Ces événements à la croisée de la religion et du combat pour la tolérance scandent une vie hors norme, retracée de manière admirable par Catel et Boquet (Casterman) dans un roman graphique exceptionnel, d'une acuité historique et d'une fraîcheur sans pareilles.
Mon livre coup de coeur de toute l'année 2016. Et c'est une BD (de 568p)!
La population française regorge de talents issus des horizons afro-caribéens. Mais disons le tout net: la sous-utilisation et la sous-valorisation de ces talents dans le cinéma et le théâtre est une honte nationale (lire notamment l'analyse de Régis Dubois).
Raison de plus pour signaler l'ovni cinématographique que représente Bienvenue à Marly-Gomont, film franco-belge de Julien Raimbaldi, Marc Zinga et Aïssa Maïga.
Ce film roboratif, basé sur l'histoire vraie de la famille du rappeur Kamini, raconte comment une famille congolaise (père médecin) et une population villageoise picarde reléguée apprennent à vivre ensemble dans les années 1970, malgré racisme et décalages culturels. Tout sonne juste, c'est drôle, d'une très grande humanité, pas caricatural (ou si peu), et magnifiquement interprété. A ne pas rater, notamment, la messe interculturelle improvisée...
Un vrai chef d'oeuvre, pionnier dans son genre, à voir absolument!
Si l’esprit des grandes religions monothéistes rejette en théorie les distinctions autres que confessionnelles, dans la pratique, les réactions des autorités religieuses face à l’irruption de l’idée de «race» sont mal connues que ce soit dans le détail des lectures, des discours ou des pratiques.
Comment les religions en occident s’accommodent-elles de la construction d’altérités fondées sur la biologisation de l’identité individuelle et collective parfois incompatibles avec les identités religieuses ? Quelle part la religion prend-elle à la construction des identités raciales? Quelle influence la "race" exerce-t-elle ensuite hors Europe dans les religions les plus diverses?
Tel est l'objet du Colloque international Univ du Maine / GSRL"Les religions face aux théories et aux politiques de la « race » (XVe-XXIe siècle)" organisé des 1er au 3 juin 2016 par Vincent Vilmain, maître de conférences en histoire contemporaine à l'université du Maine.
En attaquant Didier Deschamps, sélectionneur de l'équipe de France de football, avec des soupçons de racisme, Eric Cantona a raté une occasion de se taire (lien). Pas seulement parce qu'il joue à l'arroseur arrosé et jette de l'huile sur le feu dans une société française qui n'en a vraiment pas besoin en ce moment. Mais aussi parce qu'il a pris les mormons, aux Etats-Unis, comme exemple de communauté qui ne se mélange pas. Or, c'est faux.
Le couple interculturel mormon de la photo ci-dessus (les Américains disent "interracial") devrait rappeler à Eric Cantona que les mormons aux Etats-Unis ont changé. Ils ont longtemps déconseillé les mariages "interraciaux". Mais depuis 25 ans, les fidèles de cette religion issue du protestantisme connaissent de plus en plus de mariages mixtes, certains ayant même lieu au grand Temple de Salt Lake City.
Il n'est pas du tout dans mes habitudes d'appeler un(e) ministre à la démission. Mais le scandale Laurence Rossignol est si lamentable qu'en tant que chercheur et citoyen, je me sentirais sali et lâche si je restais silencieux.
Sali, et complice d'un des dérapages ministériels les plus honteux des 30 dernières années. Mélange de bonne conscience, de révisionnisme, de vocabulaire raciste et de pseudo-féminisme néocolonial, l'interview de Laurence Rossignol, le 30 mars dernier, aurait dû entraîner sa démission, surtout au vu des excuses dilatoires présentées après coup par l'intéressée.
Cela fait longtemps que je voulais signaler tout l'intérêt de consulter Saphirnews, un portail de qualité qui propose un regard musulman francophone très diversifié sur l'actualité. Avec de l'analyse, de l'humour, du conseil psy, de la religion, du débat politique, du coup de gueule (notamment contre les faux-semblants démocratiques en France aujourd'hui, par Sofiane Meziani, lien)...
On apprendra aussi, dans les nouvelles de la semaine, que le controversé CCIF accompagne plus de 400 plaintes contre Laurence Rossignol, très étrangement restée ministre du gouvernement français (même pas recadrée!!!) en dépit du révisionnisme historique, du mépris, du vocabulaire raciste et de la morgue néocoloniale (les "Franco-musulmans") qu'elle a exprimés dernièrement sur les ondes. Propos qui lui auraient valu, dans d'autres démocraties moins gangrénées par l'impunité de la parole d'autorité, une démission immédiate.
Sur ce dossier comme sur bien d'autres, on en apprend beaucoup sur Saphirnews. Des contenus riches qui méritent le coup d'oeil. Un regret? Trop peu de choses, pour l'instant, sur les protestantismes. Mais les protestants font-ils mieux sur l'islam? Ce serait à regarder de plus près.
Même Marine Le Pen n'y avait pas pensé. Comparer, sur une grande antenne française, les femmes musulmanes qui défendent le foulard aux «nègres afric… nègres américains qui étaient pour l’esclavage!», c'est une très grave faute politique de la part d'une ministre, susceptible de provoquer une réprobation immédiate du Premier Ministre, et une démission dans la foulée. Or, rien de tel.
Laurence Rossignol, toujours ministre, ce soir, de la République française, s'en est tirée avec de vagues excuses sur une "faute de langage". Alors qu'elle insulte, déraille et nourrit les pires raccourcis racistes et suprémacistes.
Face à une incontestable montée de l'antisémitisme en France depuis dix ans, on comprend très bien la vigilance du CRIF, qui représente une large part des organisations juives de France. Dieudonné en fait toujours les frais. Ce dernier est certes connu pour de nombreuses provocations passées qui ont été jugées comme présentant un caractère antisémite. Il ne s'agit pas de cautionner ces provocations. Mais en s'acharnant à faire, encore aujourd'hui, interdire systématiquement les nouveaux spectacles de l'humoriste, que cherche le CRIF exactement? A se demander si ses appels à la censure ne finissent pas par contribuer, involontairement, à nourrir ce qu'il entend combattre!
Certes, le dernier spectacle de Dieudonné, intitulé DIEUDONNE EN PAIX comporte parfois un humour qu'on pourrait, vu de loin, soupçonner de raciste, mais la seule population visée par cet humour outré (et drôlatique), ce sont les Noirs. Je peux l'affirmer, car j'ai vu en live ce spectacle de Dieudonné.
Oui, Dieudo n'y va pas vraiment de main morte sur les Noirs (sans que le CRIF s'en émeuve, ni la République), mais son show (très abouti et intense) ne comporte cette fois-ci pas l'ombre du début d'un propos soupçonnable d'antisémitisme.
La liturgie des droits de l'homme a ses héros et ses images saintes. Mais il ne faut jamais oublier d'exercer son esprit critique. Le podium du 200m, aux Jeux Olympiques de 1968, est entré dans l'Histoire pour le fameux poing levé des deux champions noirs (John Carlos et Tommie Smith), dénonçant le racisme.
Quant au 3e homme, le coureur blanc, on n'y fait pas attention. Voire on le ramène à l'ordre raciste conservateur (d'autant qu'il ne lève pas le poing). Enorme erreur!
Dylan Roof (ci-contre) est l'auteur de l'épouvantable carnage de Charleston (17 juin 2015): neuf chrétiens afro-américains tués alors qu'ils étaient en train de lire la Bible et prier dans un temple méthodiste de Caroline du Sud. Il est réapparu hier (vendredi 31 juillet 2015) devant la Cour fédérale, pour fait de "crime de haine".
Six femmes et trois hommes, dont un pasteur méthodiste, sont morts alors qu'ils partageaient la Bible et priaient. De mémoire d'historien, il s'agit du pire massacre jamais commis dans une église aux Etats-Unis contre des fidèles réunis pour méditer la Bible.
A rebours des donneurs de leçons nord-américains qui regardent trop facilement de haut la société française en matière d'ouverture multiculturelle, Roof incarne et actualise un impensé qu'on rejette trop souvent sous le tapis.
Il est au carrefour de tous les échecs de la société américaine.
Sous toutes les latitudes, le terrorisme exprime, par la violence extrême, des idéologies délétères. Dans le contexte américain, c'est le suprémacisme blanc qui est sans aucun doute à l'origine, depuis un siècle, du plus grand nombre de victimes dues au terrorisme.
Pour revenir sur ce ferment de haine qui jalonne l'histoire contemporaine états-unienne, il n'est pas trop tard pour écouter l'excellente analyse faite par mon collègue Stéphane François, sur France Info, à l'occasion de la tragique tuerie de Charleston qui coûta la vie à neuf méthodistes afro-américains (lien).